‹ La Formation de L'unité FrançaiseChapitre 13 sur 188 · ANTAGONISME DES POPULATIONS ROMANES · texte numérisé non relu

ANTAGONISME DES POPULATIONS ROMANES

costume étranger de ceux parmi lesquels il demeurait '. Aussi l’historien Raoul-sans-Barbe — c’est ainsi, je crois, qu’il faut traduire le nom latin de Badulphus Glaber, — accuse-t-il la reine Constance, femme du roi Robert, d’avoir, au commencement du xie siècle, ouvert la France et la Bourgogne proprement dite (c’est-à-dire les pays situés à droite de la Loire) aux Auvergnats et aux Aquitains. « Ces hommes vains et légers, dit-il, étaient « aussi affectés dans leurs mœurs que dans leurs costumes ; ils « négligeaient leurs armes et les harnais de leurs chevaux. Ils se « faisaient couper la chevelure à mi-tête et se rasaient la barbe « comme des histrions ; ils portaient des bottes et des chaus- « sures indécentes. » Enfin — et c’est là le trait caractéristique qui, du ixe au xme siècle, semble frapper le plus les historiens francs ou français — il n’en fallait attendre ni foi ni sûreté dans les alliances. Et ce qui fait le désespoir de Raoul-sans- Barbe, c’est que « le peuple des Français jadis vertueux entre tous « et les Bourguignons eux-mêmes, dit-il, suivirent avidement « ces exemples criminels et bientôt ne retracèrent que trop fidèle- « ment toute la perversité et l’infamie de leurs modèles ». Cet engouement pour les mœurs des populations transligérines fut vivement blâmé par le pieux abbé de Saint-Bénigne de Dijon, Guillaume, qui reprocha vivement au roi et à la reine de tolérer de telles indignités dans leur royaume si longtemps renommé entre tous les autres pour son attachement à l’honneur et à la religion, et ces remontrances à la fois sévères et menaçantes firent renoncer un grand nombre de seigneurs aux modes frivoles des Aquitains que le saint abbé leur signalait comme la livrée du démon 1 2 .

Cette profonde antipathie de la France du nord pour les modes frivoles du midi, qui étaient l’une des manifestations extérieures les plus sensibles d’une civilisation plus raffinée que celle des populations cisligérines, eut, hélas ! pour triste épilogue la lutte terrible entre les croisés français et l’hérésie albigeoise, lutte qui eut pour premier résultat tangible un recul momentané de la civilisation dans les provinces méridionales du royaume, mais dont la conséquence finale fut, grâce à la politique de nos rois, l’union du Languedoc aux domaines de la couronne.

Page 1