Raoul Glaber, éd. Maurice Prou, p
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LE ROYAUME DE HUGUES CAPET
L’antagonisme entre les populations romanes du nord et celles du midi fut certainement plus vif que l’opposition qui existait entre les Français proprement dits et les groupes ethniques d’une dissemblance plus caractérisée. En effet, on ne trouve, pour ainsi dire, aucune trace d’hostilité entre les Français, d’une part, et les Flamands et les autres populations germaniques des rivages de la mer du Nord, d’autre part. Les Flamands — Flamingi en latin - devaient leur origine au mélange d’un fond de population gallo-romaine avec une population germanique appartenant peut-être à la grande tribu des Suèves. 11 est du moins permis de supposer que les Flamands, dont le nom germanique Fleming doit être pris au sens d’exilés, de vagabonds, de fugitifs, ne sont pas différents des Suevi erronei, c’est-à-dire des Suèves vagabonds, dont la vie de saint Eloi, écrite au vue siècle et attribuée à saint Ouen, signale déjà la présence dans les parages de la Flandre1. Au temps de Hugues Capet, l’élément germanique n’était pas seulement dominant,- comme aujourd’hui dans la Flandre flamingante de laquelle sont exclues, depuis longtemps, les châtellenies de Lille, de Douai et d’Orchies, il dominait aussi à l’ouest de l’Aa — qui sépare le département du Nord de celui du Pas-de-Calais — jusqu’à la côte occidentale du Boulenois et, dans ce dernier pays, l’élément germanique avait été fourni — l’examen des noms de lieux de l’arrondissement de Boulogne le prouve surabondamment — par une colonie saxonne, analogue à celles qui, dans la Grande-Bretagne, donnèrent naissance — de 455 environ à 584 — * à sept royaumes angles ou saxons. L’élément germanique prédomina, semble-t-il, dans la région située à l’ouest de l'Aa jusque vers l’an 1200 ; c’est seulement à cette époque qu’il fut submergé par l’élément roman.
On comprend facilement que les Flamands et les Français du xe et du xie siècle aient eu quelque estime les uns pour les autres. Les Flamands constituaient, comme les populations romanes du nord, une x'ace rude, active, cherchant volontiers aventure hors de son pays d’origine. Au surplus, de puissants motifs contraignaient, de temps à autre, un certain nombre de familles à émigrer. En effet, malgré la fertilité du. sol, la Flandre avait peine à nourrir sa population, dont Lambert d’Aschaffenbourg, chroniqueur franconien du xie siècle, et Suger, historien français du
1. Historiens des Gaules et ce la France, tome III, p. 557 c.