COMPÉTITION A L’EMPIRE
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Henri VIII, son ennemi couvert, mais opiniâtre. Par le traité de Londres en 1518 ce prince restituait à François Ier cet éternel brandon de discorde, le Tournésis, c’est-à-dire les trois châtellenies de Tournai, Mortagne et Saint-Amand, dont il fallut payer la cession au roi d’Angleterre en lui comptant, à diverses échéances, la somme de 600.000 écus d’or.
François Ier avait ainsi mené à bien toutes ses premières entreprises. Il avait été constamment heureux parce qu’il avait été non moins habile qu’appliqué. Ces quatre années de juste félicité semblaient être les débuts éclatants d’un grand règne. Couvert de gloire et parvenu à un degré déjà haut de puissance, il avait montré une égale entente de la guerre et de la politique. Aussi avait-il attiré les regards du monde et les espérances d’une partie de l’Allemagne. Menacée d’être envahie par les Turcs, elle sembla prête à le prendre, à la mort de Maximilien, pour chef du Saint-Empire. De là vint à notre roi la dangereuse ambition qui fit de lui le compétiteur de Charles à la couronne impériale et commença entre les deux princes, jusque-là en bon accord, la longue rivalité qui, durant plus d’un quart de siècle, devait les transformer en ennemis.
Grâce à l’appui que, de son vivant, il avait trouvé chez Maximilien, le plus jeune et le moins expérimenté des deux candidats l’emporta en 1519. Une puissance moins redoutable en apparence contribua à lui rendre l’opinion propice, en même temps que la fortune favorisait, comme il arrive souvent, les débuts de son ambition et de ses entreprises. L’élection du roi d’Espagne à l’Empire où il fut le cinquième Charles — d’où le nom de Charles-Quint que nous lui donnons en français — devait avoir des suites considérables ; elle changeait la proportion des forces de part et d’autre ; elle était le signal d’un conflit acharné qui eut surtout, pour théâtre, l’Italie et, pour principal objet, la défense ou le recouvrement du Milanais.
Les causes de conflit ne manquaient point du reste. Vers le nord, François Ier entretenait ou avait remis dans son alliance le belliqueux duc de Gueldre, le politique duc de Lorraine et Robert de la Marck, prince souverain de Sedan et de Bouillon ; à l’est, l arrière-petit-fils de Charles le Téméraire, héritier de la plus grande partie de sa puissance, comptait revendiquer le duché de Bourgogne, sur lequel cependant il n’avait aucun
FRANÇOIS Ie*' ET HENRI II
droit ; en Italie, il détenait la partie de l’état napolitain que Louis XII avait possédée de 1501 à 1503 en vertu d’un traité de partage avec cet astucieux Ferdinand le Catholique dont lui, Charles, avait hérité ; enfin vers la frontière des Pyrénées François I0' demandait la restitution à Henri d’Albret, le plus puissant de ses vassaux du midi, du royaume de Navarre qu’avait envahi, sept années auparavant, Ferdinand le Catholique, afin de l’incorporer à la monarchie espagnole dont il avait ainsi achevé la grandeur.
En 1521, François Ier, croyant Charles-Quint affaibli par l’insurrection des Comuneros, en Castille, et arrêté par des difficultés graves en Allemagne, le fit attaquer vers les Pays- Bas où Robert de la Marck se jeta en armes dans le duché de Luxembourg, et au delà des Pyrénées où André de Foix, seigneur de Lesparre, envahit la Navarre. L’empereur ne se méprit pas sur l’instigateur de ces deux agressions et, après que ses généraux les eurent vigoureusement repoussées, ses troupes pénétrèrent en France et y commencèrent les hostilités. Le roi d’Angleterre proposa alors sa médiation, mais, tandis que le cardinal Wolsey semblait négocier une trêve, Henry VIII se liait plus étroitement avec l’empereur par le traité de Bruges. La guerre, se poursuivant, s’étendit en Espagne et en Italie ; mais, assez heureuse pour François Ier vers les Pays-Bas et l’Espagne, elle fut désastreuse en Italie où la tyrannie et l’incapacité de Lautrec firent perdre le Milanais, après une possession de six années.
Cinq jours après la perte de Milan, une ligue offensive se formait, le 24 novembre 1521, entre le pape, l’empereur et le roi d’Angleterre. Ce dernier déclara solennellement la guerre au roi de France le 22 mai 1522, de sorte que, sans renoncer à l’action en Italie contre l’empereur, François Ier se vit réduit à défendre d’abord son propre royaume.
La situation devint particulièrement périlleuse par suite de l’appui qu’apportait à l’empereur un prince du sang' royal, le connétable de Bourbon, le plus fameux des capitaines du royaume, qui s’engageait à faire révolter cinq provinces françaises dont il était le maître ; mais il importe d’indiquer les motifs de sa trahison.
Ce prince n’était autre que ce Charles de Montpensier dont je vous ai raconté le mariage avec Suzanne de Bourbon, sa