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TRAHISON DU CONNÉTABLE DE BOURBON

cousine, petite-fille du roi Louis XI par sa uière, Anne de Beaujeu, mariage q.ui, en 1505, reconstitua la puissance territoriale de la maison issue de Robert de Clermont, un moment menacée par la brouille des deux branches, la branche ducale et celle de Montpensier, brouille provoquée par une déclaration royale de 1498 assurant à Suzanne la succession au duché de Bourbon. Grâce à son mariage, Charles de Montpensier devint sous le nom de Charles III, duc de Bourbonnais et d’Auvergne, comte de Clermont-en-Beauvaisis, de la Marche et de Forez et seigneur de Beaujolais ; il unissait ainsi sous son autorité cinq à six de nos départements actuels, et, qui plus est, des pays qui, à l’exception de Clermont-en-Beauvaisis, formaient un tout compact. Il était alors de beaucoup le plus puissant vassal de la couronne dont ses talents militaires non moins que sa naissance paraissaient le destiner à être le meilleur défenseur.

L’avidité de la duchesse d’Angoulême, Louise de Savoie, mère du roi, devait malheureusement détacher du pays ce précieux serviteur. La duchesse Suzanne mourut au printemps de 1521, sans laisser d’enfant, mais ayant confirmé, en 1519, la donation qu’elle avait déjà faite à son mari, en 1505, de ses biens et de ses droits : les nombreuses possessions de la maison de Bourbon revenaient donc au connétable, soit de son chef, soit du chef de sa femme. Ce qui pouvait être considéré comme transmissible aux femmes lui était dévolu par la donation et le testament de la duchesse Suzanne et il tenait du droit féodal et de la constitution monarchique des apanages ce qui était réservé aux mâles.

Le double droit du connétable ne paraissait donc pas douteux quand Louise de Savoie, cousine germaine par sa mère, Marguerite de Bourbon, de la feue duchesse Suzanne, réclama les possessions féminines, tandis que le roi François Ier voulut reprendre les possessions masculines comprises dans cet immense héritage, ouvert, selon eux, par la mort de Suzanne. De là un procès dans lequel notre roi tint une conduite plus digne de l’astucieux Louis XI que du chevaleresque vainqueur de Marignan.

La mauvaise volonté et la puissance de ces deux adversaires firent craindre au connétable une spoliation complète. La ruine s’ajoutait à la disgrâce : cette imminente iniquité réveilla en lui le souvenir de griefs déjà oubliés. Près de tomber

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dans l’abaissement le plus insupportable, il n’y put tenir et, tout en soutenant ses droits, il prépara ses vengeances.

Un an durant, il négocia avec les ennemis de son roi, Charles- Quint, Henri VIII, et signa avec eux, le 18 juillet 1523, un traité d’alliance offensive et défensive. Il y fut stipulé qu’aussitôt que François Ier aurait quitté Lyon pour une nouvelle expédition en Italie, le roi d’Angleterre ferait entrer des troupes en France par la Picardie et l’empereur par la Champagne et les Pyrénées ; en même temps, le connétable armerait ses vassaux et ses sujets. Ainsi une triple invasion se combinerait avec un soulèvement intérieur qui était l’unique moyen d’en assurer le succès.

La conjuration fut connue à temps. Le roi, modifiant ses plans, ajourna son départ et prit ses mesures contre le connétable qui se hâtait de fuir auprès de Charles-Quint. Cependant la triple invasion concertée s’exécutait avec beaucoup d’entente et de simultanéité. Partout elle causa un moment d’effroi, mais, grâce à l’énergie de la défense, partout elle fut repoussée. Aucun vassal de Bourbon ne se souleva ; mais l’armée française d’Italie fut battue par les troupes impériales commandées par le connétable qui pénétra ensuite, par les Alpes-Maritimes, sur le territoire provençal, assiégea vainement Marseille et, -"réduit à son tour à la retraite, retourna en Italie.

Bourbon avait à peine évacué la Provence que François Ier, entrant en Italie avec une nouvelle armée, reprenait possession de Milan le 28 octobre 1524 ; la supériorité de ses forces était si grande qu’on le crut prêt à redevenir le maître, et le vice-roi de Naples, Lannoy, allait jusqu’à conseiller à Charles- Quint de lui céder le Milanais pour conserver le royaume méridional .

L’événement ne justifia malheureusement pas les prévisions du plus grand nombre : quatre mois après son entrée en Lombardie, le 24 février 1525, François Ier était pris, devant Pavie.

La funeste journée du 24 février ne vit pas seulement un immense revers, tel que la France n’en avait pas éprouvé depuis Azincourt ; la défaite qui décidait du sort de l’Italie exposait l’indépendance du royaume de France en rendant certaine la perte de l’une et possible l’invasion de l’autre.

l’attitude DE LA FRANCE APRÈS PAVIE 299

Dans cette terrible épreuve, notre pays ne s’abandonna pas. Gouvernant le royaume en qualité de régente, la mère du roi qui, jusque-là, avait surtout montré de la cupidité, fit preuve d’une capacité hors ligne et d’un grand souci de l’honneur déjà, quelques jours avant le désastre de Pavie, elle avait repoussé des propositions d’alliance du roi d’Angleterre plutôt que d’abandonner la moindre parcelle du territoire français. Elle prit toutes les mesures commandées par le danger public pour mettre le pays en garde contre les menaces de l’ennemi, et surtout pour l’empêcher de tomber dans le ruineux désordre des pillages militaires et des soulèvements intérieurs. Le peuple la seconda avec un accord tout à fait inusité et, par un patriotisme inconnu jusqu’alors, ému sans être découragé, il subit l’anxiété sans tomber dans la désobéissance.

Dans son beau livre sur la rivalité de François Ier et de Charles-Quint, Mignet dit très justement : « Pour la première « fois, la royauté affaiblie obtint la fidélité qui ne s’accordait « auparavant qu’à la royauté puissante. La France unie et sou- « mise ressemblait à une vraie nation qui sent, pense, agit « avec ensemble et que la vue de 1 intérêt public conduit à des « résolutions communes. On se serra autour de ceux qui, soit au « centre, soit aux extrémités du pays, étaient investis de l’autorité « royale. Les fragments réunis du territoire avaient formé un état et « ses habitants rapprochés étaient devenus un peuple. »

Aussi, après avoir pourvu avec intelligence à la sécurité générale, forte des généreux sentiments de la nation, Louise de Savoie rejeta sans hésiter et avec des paroles altières, les exigences de l’empereur qui tendaient à un véritable démembrement. Elle dit que si l’empereur voulait traiter de la rançon de son fils, elle écouterait ses propositions ; mais quant à céder un seul pied de terre, la France n’était pas assez bas pour s’y résoudre et, quoique le roi fût captif, le royaume était prêt à se défendre.

Les prétentions de Charles-Quint ne paraissaient pas moins exorbitantes au prisonnier. L’empereur ne voulait rien moins que reprendre tout ce que Philippe le Bon et Charles le Téméraire avaient possédé en France : duché de Bourgogne, comtés d’Auxerre et de Mâcon, la châtellenie de Bar-sur- Seine et les villes de la Somme ; il demandait encore la ville de Thé-

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rouanne, enclavée dans l’Artois, et il exigeait que François Ier renonçât à la suzeraineté de la Flandre aussi bien que de l’Artois et à toutes ses prétentions sur Naples, Milan, le comté d’Asti et Gènes. Enfin il eût fallu céder au duc de Bourbon la Provence qui, réunie aux autres états du transfuge, formerait un royaume indépendant et, pour achever la ruine de la France, le roi d’Angleterre aurait repris possession de tout ce qui lui revenait sur le continent.

Ces conditions étaient sensiblement plus exagérées que celles du traité de 1359, auquel le roi Jean, à Londres, avait consenti, mais qui, les Etats généraux ayant refusé de le ratifier, avait fait place, en 1360, aux conditions beaucoup moins dures, mais encore singulièrement pénibles, du traité de Brétigny.

Je n’ai pas à raconter les douloureuses péripéties d’une captivité qui se prolongea toute une année. François ne fut libre qn’après avoir signé le traité de Madrid, contre lequel il protesta secrètement la veille même du jour — 14 janvier 1526 — où il le jura solennellement comme roi et comme chevalier. Il renonçait au duché de Milan, au comté d’Asti, à la seigneurie de Gênes, au royaume de Naples, ainsi qu’à toutes les revendications de ses prédécesseurs sur l’Aragon, la Catalogne et le Roussillon ; non seulement il abandonnait la suzeraineté de la Flandre et de l’Artois, mais il cédait Tournai et le Tournésis, le duché de Bourgogne et ses annexes exemptés du droit de ressort à la couronne ; l’empereur ne put cependant pas obtenir que le Bourbonnais, l’Auvergne, la Marche, le Forez, le Beaujolais et les autres pays qui seraient restitués à Charles de Bourbon fussent transformés pour lui en souveraineté.

Le 21 février, le roi de France quittait le château de Madrid ; le 17 mars, il touchait le territoire français à la frontière duquel il fut échangé contre ses deux fils aînés, donnés en otages pour assurer l’exécution du traité. Le 22 mai suivant, il conclut à Cognac avec le pape, la république de Venise, celle de Florence, les Suisses et le duc de Milan, Francesco Sforza, une ligue dont le roi d’Angleterre se déclara le protecteur. C’était annoncer, plus clairement qu’il ne l’avait encore fait, son dessein de ne point exécuter les mesures auxquelles une captivité prolongée l’avait contraint de souscrire.

La guerre reprit bientôt en Italie et, malheureusement pour la France, ne tint pas toutes les promesses du début ; elle aboutit,

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