TRAITÉ DE CAMBRAI
le 3 août 1529, au traité de Cambrai qui apporta quelque adoucissement au traité — non exécuté — de Madrid. Par cette nouvelle convention, François Ier renonçait absolument à l’Italie : il ne gardait pas un pouce de terre dans la péninsule et, en plus de ce pénible abandon, il cédait, vers la frontière nord du royaume, les villes, château et bailliage de Hesdin, ancienne dépendance de l’Artois, et son fidèle Tournésis ; puis il dégageait du lien féodal la Flandre et l’Artois, territoires qui, depuis le ixe siècle, relevaient de la France. La grandeur du royaume était arrêtée et même restreinte de ce côté où le roi perdait aussi deux alliés, les ducs de Gueldre et de Bouillon vaincus ou dépossédés dans la dernière guerre. Il est vrai qu’il conservait le duché de Bourgogne, le comté d’Auxerre et la châtellenie de Bar-sur-Seine, trois possessions dont le dépouillait le traité de Madrid. Il devait aussi tenir à jamais réunies les provinces du centre, Bourbonnais, Marche, Auvergne, Forez et Beaujolais, ainsi que le pays des Dombes, prolongation du Beaujolais au delà de la rivière de Saône, dans le département actuel de l’Ain, confisquées après la trahison du duc de Bourbon, lequel avait trouvé la mort à Rome, en montant à l’assaut du Château Saint-Ange, le 6 mai 1527, deux ans avant le traité de Cambrai. François ne rendit pas davantage la principauté d’Orange, mouvante du comté de Provence, enlevée à Philibert de Châlon, lieutenant général de Charles- Quint en Italie.
Le royaume, hélas ! subissait la plus grave mutilation — je veux parler de mutilation durable — qui l’eût encore frappé depuis qu’il avait confié ses destinées à la postérité de Robert le Fort le glorieux combattant de Brissarthe. Abandonner la suzeraineté sur le comté de Flandre et sur l’Artois ! c’était arracher au royaume tout le pays s’étendant à l’est du Boulenois jusque vers l’embouchure de l’Escaut, sur une longueur de quarante lieues environ contre vingt en mojœnne de largeur ; pays dont la moitié nord-est n'a encore été rendue à la France que quelques années, de 1795 à 1814 ; et il avait fallu abandonner, en même temps que ces deux comtés. Tournai et la petite province du Tournésis, si français de cœur, lesquels suivirent dès lors le sort des Pays-Bas autrichiens. Il n’est pas inutile d’ajouter que, par contre, les parties du duché de Bourgogne situées au delà de la Saône, comme le petit comté d’Auxonne comptant 85 paroisses, et ce qu’on appelait le ressort de Saint-Laurent, c’est-à-dire la
FRANÇOIS 1er ET HENRI II
Bresse-Cliâlonnaise, comprenant 114 paroisses, furent dès lors reconnues comme parties intégrantes du territoire français qui engloba en outre, au delà de la Saône, le pays de Dombes formé alors de 225 paroisses appartenant actuellement au département de l’Ain et qui, confinant aux états du duc de Savoie, provenaient du patrimoine des anciens seigneurs de Beaujeu.
La France jouit, six années durant, d’une paix profonde après le traité de Cambrai ; mais, en dépit de ses renonciations, François Ier pensait toujours à recouvrer le duché de Milan ; pour asseoir d’une manière plus durable sa domination éventuelle sur ce beau pays, il jugea bon de s’emparer de la plus grande partie de la Savoie qui occupait une situation intermédiaire entre la France et la Lombardie. Le duc de Savoie, Charles III, son oncle maternel étendait alors sa domination en dehors de la Savoie actuelle, sur la Bresse, le Bugey et le pays de Gex, soit la moitié environ du département de l’Ain, puis sur le pays deVaud, au nord du Léman, sur le Piémont, la vallée de Barcelonnette et le comté de Nice ; ces deux derniers territoires, démembrements du comté de Provence. Devenu beau-frère de Charles-Quint par son mariage avec Béatrix de Portugal, sœur de l’impératrice, Charles III montrait depuis lors un entier dévouement à la politique autrichienne. Depuis plusieurs années en mauvaise intelligence avec lui, son neveu de France lui reprochait plusieurs actes contraires aux intérêts français et craignait surtout de le voir, pour des échanges avantageux, livrer à son rival les places fortes du Piémont et de la Savoie que celui-ci convoitait en raison de leur voisinage de notre frontière.
Le roi de France éleva, surquelques-unes des places en question qu’il disait être allodiales, des prétentions personnelles du chef de sa mère, Louise de Savoie, de qui la succession n’avait pas été réglée définitivement. Il envoya le chancelier Poyet à Turin exposer ses prétentions et demander le libre passage pour ses troupes dans le cas où elles auraient à intervenir dans le Milanais. Le duc répondit par un double refus.
Le 11 février 1536, François Ier donna à l’amiral de Brion, l’ordre d’occuperla Bresse, le Bugey etla Savoie. Une armée de30, 000 hommes se mit en marche aussitôt et, sans coup férir, occupa ces deux provinces. Le 6 mars, 1 amiral entrait en Piémont où il ne trouva pas de résistance : les places s’ouvrirent, Turin capitula le 27, avec l’autorisation du duc qui s’était retiré à Verceil,