OCCUPATION DES ÉTATS DE SAVOIE
sur la frontière milanaise ; mais, sur la nouvelle que l’empereur venait au secours du duc Charles, le roi abandonna une partie du Piémont, ne gardant que Turin, Fossano et Coni. Cependant le duc de Savoie mourut dix-sept ans plus tard, sans avoir pu recouvrer ses états, occupés en grande partie par les Français, tandis que les Suisses avaient pris le comté de Vaud et quelques parties du territoire savoyard avoisinant le Léman. En 1543, par suite d’un retour offensif des Français en Piémont, il n’avait plus guère en son pouvoir que la place de Nice vainement assiégée par une escadre franco-turque.
La Savoie avait été jusque-là complètement étrangère à notre pays : cependant elle accepta sans répugnance la domination française, montrant dès lors cette sympathie instinctive qu’on put constater encore en 1792 et, plus tard, dans les temps qui précédèrent l’annexion définitive de 1860. Un très petit nombre d’amis voulut suivre la fortune du prince dépossédé en restant fidèle à la dynastie à laquelle la Savoie obéissait depuis déjà cinq siècles. On conserve le rôle de « ceux des Etats [de Savoie] qui tiennent le party de Monseigneur Charles de Savoye » ; ils sont, paraît-il, au nombre de vingt sept dont treize gentilshommes. Les regrets de certaines familles se traduisirent par cette opposition innocente qu’on a toujours permise aux favoris de la veille. A part de rares exceptions, les Savoyards avaient peu de motifs de se plaindre et beaucoup, au contraire, d’être satisfaits. Les factieux eux-mêmes furent ménagés, tant l’administration française se fit accommodante et généreuse.
Dès le début de l’occupation, François Ier avait réorganisé la justice en créant le Parlement de Chambéry qui, en dehors de la question purement judiciaire, exerça sur les habitudes et les moeurs savoyardes une influence considérable, réprimant les excès des seigneurs féodaux et les concussions des trésoriers, disciplinant l’opinion publique, la formant au respect de la loi et à l’horreur de l’arbitraire. Bref la conduite de François Ier et, plus tard, celle de Henri II furent telles qu’il semblait que la Savoie fût rattachée pour toujours à l’ancienne France : cette acquisition paraissait devoir compenser en quelque sorte la perte de Tournai et celle de la suzeraineté de la couronne sur la Flandre et sur l’Artois.
Les guerres qui signalèrent les dix dernières années de François Ier n’apportèrent aucune modification à la constitution terri-
FRANÇOIS Ier ET HENRI U
toriale du pays, en dehors de la prise de Boulogne par l’Angleterre le 14 septembre 1544. Pour s’assurer la possession de la ville conquise qu’il considérait comme l’une des clefs de la France, Henri VIII imita la conduite tenue, deux siècles auparavant, par Edouard III vis-à-vis de Calais. Il remplaça la population de Boulogne par une colonie anglaise ; mais, pendant six années qu’il conserva cette ville, les nouveaux habitants furent dévorés par des maladies contagieuses qui enlevèrent jusqu’à 10.000 personnes en l’espace de cinq semaines. Boulogne passa alors pour le tombeau des Anglais et il fallut enchaîner comme des captifs les soldats qu’on y transportait. De si grandes calamités, dans lesquelles le peuple voyait l’effet de la vengeance divine, déterminèrent Henri VIII à traiter de la reddition de la place. En 1546, des conférences furent ouvertes à Ardres et il fut convenu que la France la paierait deux millions d’écus d’or. Mais, dès l’année suivante, la mort simultanée des deux signataires du traité en arrêta l’exécution.
Ainsi, après trente deux ans de règne, François Ier laissait le royaume en proie à deux ennemis redoutables, l’empereur et l’Angleterre. Cette dernière puissance, depuis deux siècles, était établie à Calais et, depuis 1544, à Boulogne, dont elle n'avait pas encore conclu la restitution. De ce côté, bien que le connétable . de Bourbon eût songé à reconnaître Henri VIII comme roi de France, le pays demeurait à peu près dans la même situation que depuis les dernières victoires de Charles VII ; mais l’empereur, souverain des Pays-Bas, lui avait arraché la suzeraineté de ! l’Artois et de la Flandre, — et, par le nom de Flandre, il faut entendre non seulement la province française de ce nom, mais encore la partie du royaume de Belgique comprise entre l’Escaut et la mer; -- et il lui avait encore enlevé la fidèle cité de Tournai et ses alentours.
Le royaume s’était en revanche agrandi dans les pays qui avoisinent le cours supérieur du Rhône et des Alpes : le pays de Dombes, situé au delà de la Saône, et appartenant, depuis 1400, à la maison ducale de Bourbon avait été occupé en 1523, à la suite delà défection du connétable, et bien qu’il n’eût jamais dépendu