‹ La Formation de L'unité FrançaiseChapitre 141 sur 188 · TRAITÉ DE CATEAU-CAMBRÉSIS · texte numérisé non relu

TRAITÉ DE CATEAU-CAMBRÉSIS

3og

Par le traité de paix de Cateau-Cambrésis signé, le 2 avril 1559, avec l’Angleterre et le lendemain avec l’Espagne, la reine Elisabeth Tudor cédait « pour huit ans » Calais à la France qui l’a toujours gardée ; les rois Henri et Philippe II se rendaient réciproquement les villes prises de part et d’autre : le premier abandonnait pour toujours, et de la manière la plus expresse, les droits de la maison de Valois sur le royaume de Naples comme sur le Milanais; il restituait aux Florentins, au duc de Mantoue et à Venise les terres et les places qui leur avaient été ravies ; la principauté d’Orange était rendue à Guillaume de Nassau, héritier de la maison de Châlon éteinte en 1530 ; enfin le vainqueur de Saint-Quentin, le duc Emmanuel-Philibert, recouvrait la Savoie, le Piémont, la Bresse et le Bugey à la faveur de son mariage avec Marguerite de France, sœur de Henri II, qui fut célébré à Paris au mois de juin 1559, en même temps que Philippe II épousait la fille aînée du roi de France. Henri II, blessé grièvement dans un tournoi qui faisait partie des fêtes données à cette occasion, mourut le 10 juillet suivant, après un règne de douze ans.

Ce traité de Cateau-Cambrésis mettait fin à soixante-cinq années deguerre européenne, mais il coûtait trop cher à la France pour être bien accueilli par elle. Sans doute, Calais et le Pays Reconquis, Metz et les Trois-Evêchés nous restaient ; mais nous perdions ces états savoyards que vingt-trois ans d’une administration réformatrice avaient étroitement rattachés à notre pays. La France, à la vérité, conservait enPiémont les placesdeTurin, Chieri, Pignerol, Chivasso et Villanova d’Asti, c’est-à-dire les clefs de l’Italie, mais c’était seulement à titre de gage, jusqu’au règlement de la part qui aurait dû revenir à Louise de Savoie, mère de François Ier, dans l’héritage paternel.

Si le roi avait dû renoncer aux dernières annexions du sud-est, il s’était grandement fortifié vers le nord, avait recouvré Boulogne et le Boulenois en 1549, Calais et le Pays Reconquis en 1550; enfin il avait conquis Metz, Toul et Verdun en 1552. Le traité de Cateau- Cambrésis fermait l’ère des guerres d’Italie, qui n’avait que trop duré mais, grâce à la reprise de Calais, le royaume n’était plus à la merci d’une tentative anglaise ; et, vers le nord-est, la possession des Trois-Evêchés lui assurait une base d’opération solide.

XXe LEÇON

LES DERNIERS VALOIS ET LES GUERRES RELI¬ GIEUSES. — HENRI IV ET LE PRINCIPE DES NATIO¬ NALITÉS.

François II, mari de la reine d’Ecosse, héritière éventuelle du trône d’Angleterre.

Charles IX. — Rivalité des maisons de Bourbon-Vendôme et de Lorraine- Guise. — Une partie de l’héritage du connétable de Bourbon est rendue au prince de la Roche-sur-Yon. — Achèvement des restitutions au duc de Savoie. — Annexion du marquisat de Saluces. — Agression anglaise qui se trouve assurer définitivement à la France la possession de Calais.

Henri III rend à la Savoie les dernières places piémontaises. — Tentative de conquête d’une souveraineté des Pays-Bas pour le duc d’Anjou. — Henri de Navarre, héritier éventuel du trône. — Traité de Joinville conclu par les Guises avec l’Espagne. — Les Pays-Bas offrent de se jeter dans les bras de la France. — La Ligue. — Perte de Saluces. — L’œuvre centralisatrice des Val-ois menacée par l’anarchie qui désole le royaume au moment de leur extinction.

Henri IV. — Les chefs ligueurs tendent à la création d'une nouvelle grande féodalité et à la ruine de l’unité territoriale de la France. — L’abjuration du roi, le traité de Vervins et l'Edit de Nantes rendent an royaume la paix et l’unité. — Traité de Lyon par lequel le duc de Savoie garde le marquisat de Saluces, mais cède à nouveau la Bresse et le Bugey. — Henri IV proclame le principe des nationalités. — Son avènement avait réuni à la couronne, outre les fiefs des maisons de Bourbon- Vendôme et d'Albret, les souverainetés de Béarn et de Basse-Navarre.

La mort inopinée de Henri II en juillet 1559, trois mois après la conclusion du traité de Cateau-Cambrésis, fut en quelque sorte le signal des guerres religieuses qui, absorbant et désolant la France pendant près de quarante ans, entravèrent alors l’œuvre nationale, objet de nos études, et compromirent même, jusqu’à un certain point, les résultats obtenus par les efforts de plusieurs siècles.

Les progrès du Calvinisme en France avaient inquiété les

Page 1