FRANÇOIS II EX MARIE STUART
dernières semaines du règne de Henri II et la mort de ce roi précipita l’explosion de la lutte politique entre catholiques et dissidents; mais je n’ai à m’occuper de cette lutte qu’autant qu’elle put avoir quelque influence sur les destinées territoriales de notre pays.
Le règne du premier successeur de Henri II ne nous arrêtera pas longtemps, car il ne dura que quinze mois. François II, mort avant d’avoir accompli sa dix-septième année, était marié, depuis le 24 avril 1558, à une enfant de quinze ans, Marie Stuart, qui, en plus de la couronne d’Ecosse, lui avait apporté des droits éventuels, mais incontestables, à la couronne d’Angleterre. Marie était, en effet, la plus proche héritière du trône des Tudor, après Elisabeth, proclamée le 17 novembre 1558. Déjà la légitimité d’Elisabeth, fille du roi Henri VIII et d’Anne de Boleyn, était contestée par la cour de Rome, et cette circonstance qui poussa la nouvelle reine vers le protestantisme et à l’oppression de la religion catholique, contribua, dès les derniers jours du règne de Henri II, à poser Marie Stuart en compétitrice de la reine Elisabeth. Par ordre du roi, François II, encore Dauphin, et Marie prirent le titre de roi et reine d’Ecosse, d’Angleterre et d’Irlande et firent graver les armes d’Angleterre sur leur sceau et sur leur vaisselle. Allait-on, par suite du singulier jeu de bascule qu’on observe fréquemment dans les choses humaines, assister bientôt à une tentative d’absorption de la Grande-Bretagne par la France un siècle après que notre pays eût échappé à l’absorption par l’Angleterre? On fut bientôt fixé à ce sujet, car Elisabeth répondit aux prétentions de ses adversaires en ruinant, même en Ecosse, l’influence française complètement prépondérante depuis 1542, et l’évêque de Valence, Montluc, chargé d’y négocier avec les Anglais, dut, pour en conserver la couronne à Marie Stuart, signer, le 6 juillet 1560, un traité stipulant, entre autres choses, que les troupes françaises évacueraient le royaume écossais et que Marie renoncerait au titre de reine d’Angleterre. Ainsi furent étouffées dans l’œuf ces ambitieuses visées que la mort sans enfants du roi François II, cinq mois plus tard, aurait en tout cas rendues vaines.
A un roi de seize ans succédait un roi de onze ans, Charles IX, le second des quatre fils que Henri II avait eus de Catherine de
3 1 a LES DERNIERS VALOIS ET LES GUERRES RELIGIEUSES
Médicis à qui le gouvernement échut comme tutrice du roi mineur. Les difficultés causées par cette minorité étaient augmentées, d’une part, par les troubles religieux, de l’autre, par la rivalité des deux plus puissantes maisons féodales qui se disputaient alors l’influence à la cour : la maison de Bourbon-Vendôme et celle de Lorraine-Guise. La première avait pour chef Antoine de Bourbon qui, par son mariage avec l’héritière d’Albret, avait acquis d’immenses possessions dans le sud-ouest du royaume et le titre de roi de Navarre. Les princes de Lorraine-Guise, dont les vastes domaines se trouvaient presque tous hors des limites du royaume de France, étaient issus du fameux René II, duc de Lorraine, par son second fils Claude, comte, puis duc de Guise. Ces difficultés, en affaiblissant la puissance royale, accroissaient l’ardeur des adversaires de la royauté française et amenèrent celle-ci à transiger avec eux sur divers points et à consentir l’abandon de plusieurs territoires situés hors des limites traditionnelles du royaume.
Une des transactions auxquelles je fais allusion régla définitivement le grand procès des biens de la maison de Bourbon pendant depuis bientôt quarante ans. La mort du connétable de Bourbon, en 1527, n’avait pas complètement garanti la couronne contre les revendications de sa maison. Le 17 mai 1530, en conséquence du traité conclu l’année précédente à Cambrai, le roi François Ier consentait à un accord par lequel, à la prière de l’empereur Charles-Quint et en attendant le jugement des procès pendants devant le Parlement, il cédait à Louise de Bourbon- Montpensier, sœur du connétable et à Louis de Bourbon, prince de la Roche-sur-Yon, fils de cette princesse, le duché de Châtellerault, en Poitou, le comté de Forez, la seigneurie de Beaujolais et le pays de Dombes. Peu de temps après cependant, par lettres du mois de janvier 1531, François Ier cassa ce contrat comme lui ayant été extorqué pour tirer de captivité ses deux fils aînés et il réunit au Domaine, sans aucune exception, toutes les terres confisquées surle connétable. Enfin, sept ans plus tard, en août 1538, il transportait le comté de Montpensier, le Dauphiné d’Auvergne, et la seigneurie de la Tour, en Auvergne, au prince de la Roche-sur-Yon et à sa mère qui, à cette occasion, abandonnaient tout ce qu’ils pouvaient prétendre sur les biens de la maison de Bourbon. Enfin une nouvelle transaction, conclue à Orléans dans les derniers jours que vécut