TRAITÉ DE LYON AVEC LA SAVOIE
rien réclamer et, le ternie écoulé, éluder encore ses promesses. C’est alors que Henri IV, fatigué de ses lenteurs et de ses subterfuges, se mit en campagne et, conquérant en quelques mois toute la Savoie, dicta au duc Charles-Emmanuel la paix de Lyon. Par ce traité, signé le 7 janvier 1601, le duc conserva le marquisat de Saluces et, conformément au traité précédemment conclu à Paris, céda au roi la Bresse, le Bugey, le pays de Gex et le Valromey, c’est-à-dire la portion des états savoyards qui, située sur la rive droite du Rhône, à l’ouest du lac de Genève, forme aujourd’hui la meilleure partie du département de l’Ain.
Ainsi la France rentrait, et au delà, par un échange, dans l’intégrité de ses possessions. Elle incorporait à son territoire la Bresse et le Bugey, étendant sa frontière d’une trentaine de lieues et obtenant ainsi une partie de sa frontière naturelle du Jura. Déplus, elle couvrait de la sorte ses frontières de Bourgogne et du Lyonnais contre l'Espagne, maîtresse de la Franche- Comté, et contre la Savoie, par l’occupation de la place forte de Bourget de deux provinces nouvelles de langue française. « Il était raisonnable, disait le roi aux habitants de la Bresse et du Bugey, il était raisonnable que, puisque vous parlez naturellement le françois, vous fussiez sujets au roi de France. Je veux bien que la langue espagnole demeure à l’Espagne, l’allemande à l’Allemagne, mais la françoise doit estre à moy. » C’est, je crois, la première fois que la doctrine des nationalités a été posée avec cette netteté ; on constatait bien, d’ailleurs, depuis quelque temps déjà, une tendance en ce sens, et c’est pourquoi, un demi-siècle auparavant, les princes protestants de l’Empire avaient trouvé bon que Henri II, pour prix de ses secours, s’impatronisât dans les villes qui, appartenant d’ancienneté à l’Empire, n’étaient pas de la langue germanique, c’est-à-dire Metz, Toul et Verdun ; mais il appartenait à Henri IV delà formuler avec cette clarté.
Le programme que je remplis ici et, plus encore, le temps dont je dispose ne me permettent pas de vous parler de la politique extérieure de ce premier des Bourbons à la fois si sage et si français, des vastes desseins que ce grand roi nourrit pendant les dix dernières années, si calmes, de son règne. Pour en revenir à la formation territoriale de la France, il me reste à vous énumérer les annexions qui résultèrent de son accession au trône de France.
Le fils d'Antoine de Bourbon et de Jeanne d’Albret joignait à l’héritage de la maison de Foix-Albret celui de la branche de
LES DERNIERS VALOIS ET LES GUERRES RELIGIEUSES
Bourbon-Vendôme. Il possédait, avant 1589, de nombreuses et belles terres dans les limites du royaume de France ; au nord, entre le duché d'Alençon que Henri III lui avait donné, en 1584, après la mort du duc François, le duché de Vendôme (ancien comté), le duché de Beaumont-le-Vicomte (ancienne vicomté), et les trois comtés de Marie, de la Fèreet de Soissons, héritage de la maison de Vendôme ; dans la France du sud-ouest, le duché d’Albret, naguère encore simple seigneurie, les comtés de Foix, de Bigorre, d’Armagnac, de Rodez, de Périgord et de Gaure, ainsi que les vicomtés de Limoges, de Lomagne, de Marsan, de Gabardan, de Tursan, de Fézensaguet, des Quatre- Vallées, etc., héritage delà maison d'Albret : toutefois, dans ces vastes possessions territoriales, Henri de Navarre n'était, avant 1581, que le sujet du roi de France et n’y jouissait pas de privilèges supérieurs à ceux d’autres grands seigneurs d’alors, comme le duc de Nevers, par exemple. Mais, outre ces fiefs, il possé" daiten toute souveraineté le Béarn et la Basse-Navarre, débris de l’ancien royaume de Navarre situé en deçà des Pyrénées qui avait échappé à la convoitise espagnole et qui comprenait les trois quarts environ de notre département des Basses-Pyrénées, sans compter quelques autres terres souveraines de moindre importance situées au sud-est du comté de Foix, comme le Donnezan mesurant quelque neuf lieues carrées et provenant de l'héritage de l’ancienne maison de Foix, lequel venait ainsi compléter heureusement notre frontière naturelle du sud-ouest. Lors de son avènement à la couronne française, Henri IV, contrevenant au principe suivant lequel le roi ne possédait aucun domaine personnel, avait refusé de réunir son domaine particulier à celui de ses prédécesseurs : il en établit la séparation par ses lettres-patentes du 13 avril 1590 et par ses lettres de jussion des 18 avril et 28 mai 1591. Rien n’était plus juste, alors, que cette séparation et cette désunion ; la moitié de la France étant armée contre le nouveau roi, l’issue de la lutte incertaine, Henri ne pouvait, sans une générosité folle, doter de ses» domaines propres cette couronne qu’il risquait de ne posséder jamais. La justice voulait encore qu’il conservât ces biens à cause des droits de sa sœur Catherine qui fut mariée seulement en 1599 au duc de Bar. L’intérêt même de la France, autant que l’intérêt privé du roi et celui de sa famille, plaidait contre cette réunion: pour défendre la cause ationale contre les efforts conjurés de la Ligue et du roi d’Es-