XXI* LEÇON
RICHELIEU ET LOUIS XIII, MAZARIN ET LOUIS XIV, CONTINUATEURS DES GRANDS DESSEINS DE HENRI IV
Richelieu cherche à rompre la jonction des puissances des deux branches de la maison d'Autriche sur le Rhin et dans les Alpes. — Guerre de la Valteline. — Action directrice de Richelieu dans la Guerre de Trente ans en Allemagne, en Italie et dans la péninsule Ibérique. — Conjuration de Cinq-Mars. — Le duc de Bouillon paie sa trahison de sa principauté de Sedan et de Raucourt. — Morts de Richelieu et de Louis XIII. — Mazarin. — Traité de Munster avec l’Empire : la France parvient au Rhin par la possession de l’Alsace, de la préfecture des dix villes impériales, de Brisach au delà du Rhin et reçoit le droit de garnison à Philipsbourg. — Traité des Pyrénées avec l’Espagne, qui avance les frontières de la France vers les Pays-Bas jusqu’à une ligne allant de Calais à Thionville. — La Lorraine à notre merci. — Réunion définitive du Roussillon et de la Cerdagne.
Mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse d’Autriche en vue de l’annexion des Pays-Bas. — A la mort de Mazarin, le roi prend la direction de toute sa politique. — Guerre de dévolution. — Traité d’Aix-la-Chapelle assurant à la France Charleroi, Binche, Ath, Tournai, Audenarde, Douai, le fort de Scarpe, Courtrai, Lille, Armentières, Bergues et Fûmes. — Traité de Nimègue arrachant à l’Espagne la Franche-Comté, et au nord, Cambrai, Bouchain, Valenciennes, Condé-sur-l’Escaut, Maubeuge, sur la Sambre ; Aire et Saint-Omer complétant la reprise de l’Artois ; Ypres, Werwicq, Warneton, Poperinghe, Bailleul, Cassel en Flandre, et de l’autre côté du Rhin, Fribouig-en-Brisgau en échange de Philipsbourg. — Sachant renoncer à de plus vastes ambitions, Louis XIV se borne à consolider ses acquisitions. — Le Règlement des places de la frontière. — Les chambres de réunion. — Ligue d’Augsbourg. — Révolution d Angleterre — Dévastation du Palatinat — Traité de Ryswick. — Persistant à ne plus vouloir s’augmenter, Louis XIV, en dépit de ses victoires, abandonne toutes les places d’outre-Rhin et ne garde, de ses dernières acquisitions, que Sarrelouis et Longwy en Lorraine, Strasbourg, Huningue et Fort- Louis en Alsace. — La Succession d’Espagne. — Traités d’Utrecht et de Rastadt qui rendent, à peu de choses près, ses frontières de Ryswick à la France qui abandonne Menin, Ypres, Dixmude, Tournai et Wervicq, mais garde Landau ; elle cède à la Savoie les possessions dauphinoises au delà des Alpes, mais reçoit la vallée de Barcelonnette; le roi de Prusse lui cède la principauté d’Orange. — A la Lorraine près, la France a atteint les frontières qu’elle gardera jusqu’à la Révolution.
Lorsque Henri IV fut ravi par un assassinat à l’amour de ses sujets, il se préparait à lutter, avec de grandes chances de succès,
RICHELIEU ET LA MAISON D AUTRfCHE
contre la maison d’Autriche, à la fois en Allemagne et en Italie oùceprince s’était habilement ménagé desallianeespropresàassurer l’exécution de ses grands desseins. La minorité de Louis XIII et les difficultés intérieures auxquelles la régence se trouva en proie la forcèrent de se recueillir durant quelques années. L’entrée du cardinal de Richelieu aux affaires en 1624 marque la fin de ces quatorze ans d’effacement de la France. Richelieu reprit dès lors les grands projets de Henri IV : unification de la France à l’intérieur par la résistance aux prétentions de la réaction féodale et abaissement de la maison d’Autriche.
Les deux branches que formait alors la maison d’Autriche avaient réussi à opérer leur jonction territoriale, vers le Rhin, après la ruine de l’électeur palatin et, dans les Alpes, aux dépens des Ligues Grises ou des Grisons, comme on nommait la république fédérative qui unissait alors une partie des peuples de l’ancienne Rhétie. La fraction orientale du territoire des Grisons interceptait les communications entre le duché de Milan, appartenant à la branche espagnole de la maison de Habsbourg, et le comté de Tyrol, possédé par la branche allemande ou impériale. L’Espagne, après avoir semé les dissensions parmi les Grisons, s’était fait adjuger la Valteline et Bormio qu’elle fit occuper par le Pape pendant que le Prættigau et l’Engadine, situés au nord de la Valteline, étaient annexés aux possessions de la branche allemande.
Richelieu voulut d’abord isoler ces deuxbranches autrichiennes en Italie. Autorisé parla Sorbonne, dès 1624, il battit les troupes pontificales et força les Espagnols à renoncer à la Valteline. Isolés, l’Empire et l’Espagne pouvaient être attaqués avec plus d’avantage en Italie et en Allemagne. Ce fut le but de Richelieu quand laprisede la Rochelle, en 1628, et la soumission du duc de Rohan, en 1629, eurent marqué à l’intérieur la défaite des protestants et celle de la noblesse. L’Italie fermée à l'Empire fut ouverte à la France par l’établissement d’un prince français, le duc de Nevers, à Mantoue, par la conquête de Pignerol en 1630 sur le vieux duc de Savoie, Charles-Emmanuel, qui mourut de chagrin en voyant ses états presque complètement envahis. En Allemagne, où sévissait, depuis 1619, la guerre connue dans l’histoire sous le nom de Guerre de Trente ans, les mesures du cardinal ne furent pas moins adroitement combinées. L’empereur avait déjà triomphé deux fois, et de l’électeur palatin Frédéric V que
les révoltés de Bohème avaient appelé au trône, et du roi de Danemark Christian IV ; mais ledit de restitution qui annulait toute usurpation de terres ecclésiastiques contraire à la paix d’Augsbourg, tenait en éveil partout l’Empire les intérêts menacés des protestants. Tous étaient prêts à suivre le chef qui les ramènerait à la lutte. Richelieu leur fournit ce chef: il envoya au roi de Suède, Gustave-Adolphe, un agent qui, en 1629, fit suspendre, par une trêve de sept ans, la guerre qui le retenait sans gloire au fond de la Pologne. Il fut libre alors d’intervenir en Allemagne et Richelieu lui en fournit les moyens par le traité de Benvald (13 janvier 1631), qui lui assura des subsides français, et lui ménagea l’alliance des Provinces Unies, vulgairementdésignées dès lors sous le nom de Hollande, et enfin celle de Louis XIII. Or, tandis qu’il armait la Suède contre l'empereur, il désarmait celuici en employant l’opposition de la Ligue catholique et l’habileté de ses négociateurs au renvoi de Waldstein.
Gustave-Adolphe répondit par la rapidité de ses victoires au génie qui lui en avait frayé le chemin ; mais, comme il songeait à user pour lui-même de ses conquêtes, il périt à Lutzenle 16 novembre 1632. La France, en continuant de soudoyer les généraux suédois, prit alors ouvertement la direction de la guerre, et le nom de « période française » reste à la quatrième période de la Guerre de Trente ans qui se prolonge de 1635 à 1648.
Cette guerre qui n’était pas seulement française, mais aussi européenne, se fit sur tous les points du continent, partout où la maison d’Autriche pouvait être attaquée ; contre la branche impériale, en Allemagne où les généraux suédois et les princes allemands, encore armés, n’étaient plus que les alliés delà France; contre la branche espagnole, en Italie où Richelieu entraîna dans son alliance les ducs de Mantoue, de Parme et de Savoie; dans les Pays-Bas où il fit rentrer dans lalutteles Provinces Unies de Hollande ; enfin dans la péninsule ibérique où il soutint l’insurrection de la Catalogne et la révolution portugaise. Malgré l’invasion passagère de la Picardie par les Espagnols et de la Bourgogne par les Impériaux, la guerre réussit sur tous les points et une conjuration qui, afin de perdre Richelieu, allait ouvrir la France aux Espagnols, déjouée par le grand ministre, tourna au profit de la couronne : le duc de Bouillon, Frédéric- Maurice de la Tour d’Auvergne, frère aîné de notre fameux Turenne et complice de Cinq-Mars, ne racheta sa vie, en septern-