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MORTS DE RICHELIEU ET DE LOUIS XIII

bre 1642, qu’au prix de la cession de la principauté souveraine de Sedan et de Raucourt, composée de trente-deux communautés, qui vint renforcer sur les rives de la Meuse la frontière septentrionale du royaume. L’acquisition de Sedan et de Raucourt au nom du roi fut en quelque sorte le dernier acte politique de Richelieu qui mourut le 4 décembre 1642, trente-cinq jours seulement après la prise de possession de Sedan ; mais il léguait à la France Mazarin, le dépositaire de ses pensées et le continuateur de son oeuvre politique si largement conçue, et d’importantes conquêtes que des traités ultérieurs devaient pour la plupart ratifier.

Leroi Louis XIII s’éteignit lui-même quelques mois plus tard, le 14 mai 1643. Cet homme dequarante-trois ans, exact, religieux, plein de dignité, doué d’un sens juste, instruit des choses de la guerre, avait toujours su agir en roi ; mais une santé faible le disposait à la tristesse, à 1 indifférence et à l’ennui; et il s’effaçait derrière Richelieu bien plus en apparence qu’en réalité. Il laissait deux fils de son mariage avec Anne d’Autriche, fille de Philippe III. L’aîné, Louis XIV, lui succéda sous la régence nominale de sa mère et sous la tutelle effective de Mazarin. Si le successeur de Richelieu ne sut pas, connue cet éminent homme d'état, contenir et dominer ses ennemis à l’intérieur, il continua néanmoins au dehors sa politique triomphante sur les champs de bataille et dans les congrès. Déjà en effet la diplomatie européenne pesait, en mainte séance, les prétentions de chacun, et plus d’une fois les Condé comme les Turenne avaient jeté dans la balance leur épée victorieuse. Ce long concours de négociations et de batailles aboutit enfin, en 1648, aux deux traités de Westphalie. L’empereur Ferdinand III, qui signait la paix avec les protestants à Osnabrück, régla ses différends avec la France à Munster, le 24 octobre. Il lui confirmait la souveraineté des Trois-Evèchés conquis par Henri II quatre-vingt-seize ans auparavant et la possession de Pignerol et de Perosa cédés par le duc de Savoie au traité de Cherasco en 1631 ; en outre, il lui abandonnait le landgraviat de la Haute et de la Basse-Alsace et la préfecture de dix villes impériales situées en Alsace, savoir Haguenau, Landau, Wissembourg, Rosheim, Obernai, Schlestadt, Keisersberg, Turkheim, Colmar et Munster. La ville impériale ou république de Strasbourg n’était pas comprise dans la cession de l’Alsace, mais cette exception se trouvait en partie compensée par la possession de Brisach, située sur la rive droite du Rhin et

par le droit concédé au roi très chrétien d’avoir une garnison dans Philipsbourg, forteresse également assise sur la rive droite du fleuve, à quelques kilomètres en amont de Spire et qui nous do nnait une seconde entrée en Allemagne. De son côté, la France restituait à l’Empire quelques territoires du pays d’outre-Rhin qu elle avait pris dans la dernière guerre, comme le Brisgau et les villes forestières de Rheinfeld, Secking'en, Lauffenbourg et Waldshut, situées en amont de Bâle et dont les ponts ouvraient des passages au nord dans la Souabe, au midi vers la Suisse. Mais l’article 54 du traité de Munster interdisait de construire aucun fort sur le Rhin au delà de la rivière, c’est-à-dire du côté de l’Allemagne, depuis Bâle jusqu'à Philipsbourg, de sorte que la France, touchant enfin le Rhin dont elle était séparée depuis huit siècles, n’avait rien en face d’elle qui pût servir à lui en disputer la possession.

La conquête de l’Alsace, province toute germanique de langue et de mœurs, mais géographiquement toute gauloise, fut la conquête la plus hardie et la plus heureuse de la maison de Bourbon. Elle ne dotait pas seulement la France d'un riche territoire, de positions militaires et d’une belle frontière ; elle lui donnait aussi une population vigoureuse, brave, industrieuse qui devait se discipliner avec une merveilleuse facilité : moins d’un demi-siècle plus tard, il n’était point de province plus jalouse de son existence française, mieux disposée à la lutte et aux sacrifices : elle mettait déjà sa gloire à être le principal boulevard du royaume.

Cependant le traité de Munster ne réglait qu’une partie des questions dans lesquelles Richelieu avait engagé la France : conclu seulement avec la branche impériale de la maison d’Autriche, il réservait la question du duché de Lorraine, que nous occupions depuis quatorze ans (1634), ainsi que le sort des conquêtes faites sur l’Espagne aux Pays-Bas comme dans la région des Pyrénées, Philippe III, menacé jusque dans la Catalogne, ne pouvait accepter les limites que lui eussent alors imposées l’insurrection de ses provinces et les succès des armes ennemies. Il continua les hostilités, comptant sur la minorité de Louis XIV et sur les troubles de la régence qui, en effet, lui envoj'èrent successivement Turenne et Condé et chassèrent Mazarin. Mais celui-ci ne chercha pas un refuge chez un ennemi de la France et, maître, jusqu’en son exil, des conseils de la reine, il sut donner dès son retour à Paris, une activité plus grande à la guerre, recon-

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