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TRAITÉ DES PYRÉNÉES

naissant en Angleterre le gouvernement de Cromwell pour se l’adjoindre, en 1655, contre les Espagnols.

Cette alliance put contribuer doublement à déterminer la paix : elle menaçait l'Espagne dans ses possessions d’outremer, comme dans ses dépendances continentales, où, en 1658, nos armées lui reprirent Dunkerque au profit de nos anciens adversaires les Anglais. Français et Espagnols se rapprochèrent au point de signer, le 7 septembre 1659, un traité qui peut être considéré comme le règlement définitif des entreprises du grand ministre de Louis XIII. Par ce traité des Pyrénées, la France conservait, au nord, le comté d’Artois dont elle avait fait la conquête en diverses fois, à savoir Hesdin, Thérouanne, .Lillers, Béthune, Saint-Pol, Arras, en 1640 ; Bapaume et Lens en 1641 (on n'exceptait qu’Aire et Saint-Omer); au delà de l’Artois et dans les provinces limitrophes, une suite de villes qui avançaient sa frontière dans les Pays-Bas d’une ligne allant de Calais à Thionville, à savoir, en Flandre, Gravelines, Bourbourg, Saint-Venant et ses dépendances qu’on appelait alors le quartier de Terre Franche; dans le Hainaut, Landrecies et le Quesnoy conquis en 1654 ; dans le pays d’entre Sambre et Meuse, les trois places isolées d’Avesnes, de Mariembourg et de Philippeville, sentinelles avancées de la France dans les Pays-Bas espagnols ; dans le Luxembourg, Ivo}' (aujourd’hui Carignan, au département des Ardennes), Chauvancy, Montmédy, Manille, Damvillers et Thionville, qui formaient une nouvelle ligne de défense autour des Trois-Evêchés. Rappelons, pour en finir avec la frontière septentrionale, que Sedan et Raucourt avaient été abandonnés en 1642 par Maurice de Bouillon, complice imprudent de la conjuration de Cinq-Mars, qui reçut en échange, en 1651, d’importants domaines dans l’intérieur du royaume.

Quant au duché de Lorraine, qui séparait fâcheusement les Trois-Evêchés et la Champagne de l’Alsace donnée à la France parle traité de Munster, il revint au duc Charles IV, qui l’avait perdu vingt-cinq ans auparavant, mais sous les conditions suivantes : le duché de Bar, le comté de Clermont-en-Argonne, les prévôtés de Stenay, Dun et Jametz actuellement au département de la Meuse, avec leurs dépendances, appartenances et annexes seraient à jamais réunis à la couronne de France ; les fortifications de Nancy seraient détruites et ne pourraient être rétablies ; enfin

.une route militaire serait ouverte à travers la Lorraine pour les troupes que notre roi voudrait envoyer en Alsace ou à Philipsbourg, etc., toutes conditions qui, en conservant l’autonomie de la Lorraine, la mettaient néanmoins sous notre entière dépendance et que vint adoucir, en 1661, la restitution au duc Charles IV du Barrois, fief mouvant des Bourbons.

Par ces positions, la France s’assurait la Meuse pour barrière. A l’est, il lui manquait encore la Franche-Comté, le comté de Montbéliard, le duché de Savoie et, enclavés dans la Provence, la petite principauté d’Orange, le Comtat d’Avignon et le Comtat Venaissin, possessions pontificales. Mais si quelques parties des pays situés en deçà du Jura et des Alpes appartenaient encore à des potentats étrangers, au sud, la France n’avait plus d’autres limites que les P3U'énées. Des trois provinces qui, en 1640, avaient secoué le joug de Philippe IV et appelé les Français, Catalogne, Roussillon et Cerdagne, la première, trop espagnole par ses habitudes comme par sa position, était rentrée sous ses lois ; mais les deux autres, Roussillon et Cerdagne, restaient pour toujours associées à la France. A l’ouest, l’Océan baignait partout des provinces françaises, depuis la Bidassoa jusqu’à Dunkerque, ville que Louis XIV, en 1662, racheta au roi Charles II d’Angleterre, moyennant une somme de quatre millions.

Tels étaient, pour notre pays, les brillants résultats de la politique suivie par Richelieu et que Louis XIV, en son long règne, se donna pour mission de maintenir et de développer.

Mazarin mourut au mois de mars 1661; neuf mois auparavant, il avait marié Louis XIV avec Marie-Thérèse d’Autriche, infante d’Espagne, afin de lui ménager dans l’avenir la possession des Pays-Bas, provinces qui continuaient à être l’objectif principal de nos rois, encore resseri'és en deçà des limites où, jusqu’à 1526, s’était étendu leur droit de suzeraineté. La mort de Philippe IV, père de Marie-Thérèse, le 17 septembre 1665, donna le signal d’une nouvelle guerre avec l’Espagne.

Philippe IV avait été marié deux fois et la reine de France était issue de son premier mariage, tandis que le roi Charles II, son successeur, était né de sa seconde femme. Or à la mort

TRAITÉ d’aIX-LA-CHAPELLE

d'un père marié plusieurs fois, une vieille coutume flamande, connue sous le nom de droit de dévolution, déclarait son patrimoine dévolu aux enfants du premier lit. Depuis son mariage, Louis dirigeait toute sa politique sur ce moyen d’agrandissement : il avait entamé de longues négociations avec l’Espagne pour obtenir d’abord la révocation de l’acte de renonciation de Marie-Thérèse au royaume d’Espagne, ensuite la reconnaissance du droit de dévolution ; il avait agi en Hollande pour faire admettre ses prétentions générales à la succession espagnole et ses projets particuliers dans les Pays-Bas, quoique cette puissance fût la plus exposée par ses projets d’agrandissement; il avait aussi négocié avec la diète de Ratisbonne pour l’empêcher de prendre sous sa garantie le cercle de Bourgogne, c’est-à-dire les Pays-Bas espagnols et la Franche-Comté, avec plusieurs princes de l'Empire pour qu’ils fermassent à l’empereur la route des Pays-Bas, si celui-ci voulait y marcher au secours de l’Espagne, enfin avec le Portugal pour qu’il attaquât l’Espagne tandis que la France s’emparerait des Pays-Bas, etc.

Ainsi tout ce qui devait remplir le règne de Louis XIV, les conquêtes qu’il réalisa comme celles qu’il projeta, tout cela était contenu en germe dans ces pourparlers. Pour faire valoir son droit, il n’attendit pas la décision delà diplomatie. Dès la mort de PhilippelV, il regarde les Pays-Bas comme dévolus à Marie-Thérèse; en 1667, il y dirige une armée d’occupation et, pour lui donner un nouveau gage, Condé, en février 1668, surprend la Franche- Comté pendant les quartiers d’hiver. Alors la Hollande et l’Angleterre, oubliant leur hostilité, et la Suède, malgré les liens qui l’avaient unie à la France pendant la guerre de Trente ans, se liguent pour arrêter cette ambition dans son premier essor; mais le traité d’Aix-la-Chapelle, signé le 2 mai 1668, en rendant la Franche-Comté à l’Espagne, conserve à Louis XIV douze des places fortes conquises dans les Pays-Bas : Charleroi, Binche et Ath, en Hainaut; Tournai et Audenarde sur l’Escaut; Douai, le fort de Scarpe près de Douai, Courtrai, Lille, Armentières, Bergues et Fûmes en Flandre. La France recouvrait ainsi, non seulement la Flandre wallonne ou de langue française qui avait appartenu aux Capétiens de 1305 à 1369, et le Tournésis que Charles-Quint avait conquis en 1521, mais encore une notable partie de la Flandre flamingante. Les places qu’on lui abandonnait étaient singulièrement « pêle-mêlées », comme disait Vauban,

avec celles qu’on laissait en arrière à l’Espagne; mais c’étaient des étapes pour pénétrer plus tard jusqu’aux confins extrêmes des Pays-Bas, et faire tomber d’elles-mêmes les villes qu’on semblait délaisser.

Ayant conclu cet avantageux traité qui ne donnait qu’un répit à l’Espagne, Louis XIV, instruit des menées hostiles du duc de Lorraine Charles IV, notre vieil ennemi, que le traité des Pyrénées avait rétabli, s’empare du duché lorrain en 1670, puis négocie deux traités importants : l’un avec l’empereur Léopold Ier, qui partageait éventuellement la monarchie espagnole, en donnant à la France les Pays-Bas, l’autre avec le roi d’Angleterre Charles II qui, partageant les Provinces-Unies de Hollande, en donnait à la France la partie méridionale. « Le véritable moyen de parvenir « à la conquête des Pays-Bas, écrivait Louvois à Condé en jan- « vier 1671, est d’abaisser les Hollandais et de les anéantir, s’il est « possible ». Mais le succès de ces traités fut empêché parles événements de la guerre de Hollande entreprise en avril 1672, par la coalition qui s’ensuivit et les efforts que dut faire la France pour lutter contre la moitié de l’Europe. Louis XIV dut rabattre de la hauteur de ses projets ; néanmoins il arracha à l’Espagne, par le traité de Nimègue, le 10 mai 1678, la Franche-Comté avec un certain nombre de places de l’Artois, de la Flandre et du Hainaut. Ces places, bien choisies, se serraient, s’appuyaient, se complétaient l’une l’autre et formaient à la France une véritable frontière. Les principales, Cambrai, Bouchain, Valenciennes, Condé, situées sur l’Escaut, Maubeuge arrosée par la Sambre, couvraient la trouée de l’Oise et devaient un jour servir utilement à défendre notre frontière septentrionale. AireetSaint-Omer complétaient la reprise de l’Artois. Dans la Flandre, Ypres, Werwicq, Warneton, Poperinghe, Bailleul, Cassel, avaient pour objet de fermer le plat pays compris entre la mer et la Lys. On rendit d’ailleurs à l’Espagne quelques places trop avancées dans les Pays-Bas et qui semblaient des amorces pour les conquêtes ultérieures, Charleroi, Ath, Coutrai, etc., ce qui indiquait des idées réfléchies de modération et la conception d’un nouveau plan pour la défense de la France. Enfin le traité de Nimègue confirmait à Louis XIV une possession aussi précieuse que celle de l’Alsace : la Franche-Comté qui complétait notre frontière vers le Jura en nous donnant la Suisse pour voisine au levant. « C’est « une province, dit le roi, grande, fertile, importante qui, par sa

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