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TRAITÉ DE NIMÈGUE

« situation, sa langue et par des droits aussi justes qu’anciens de- « vait faire partie du royaume et par qui, m’ouvrant un nouveau « passage en Allemagne, je le fermais en même temps à mes « ennemis. »

« S’ouvrir des passages en Allemagne » était, vous le voyez, une des grandes pensées de ce monarque. On dominait ainsi les pays de la rive gauche du Rhin qui n’appartenaient pas à la France et pouvaient les isoler des secours de l’empereur et de la diète germanique ; enfin, comme le disait Vauban, on les tenait constamment a sous notre couleuvrine ». Depuis le traité de Westphalie, c’està-dire depuis 1648, Louis XIV avait déjà, de l’autre côté du Rhin, Brisach, l’ancienne capitale du Brisgaujà Nimègue, il se fit encore donner, en échange de Philipsbourg qu’il consentit à rendre, Fribourg-en-Brisgau, qui était la clef de la Forêt Noire et par laquelle il pouvait tourner les Villes Forestières et pénétrer en Souabe ; enfin il s’assura d’autres passages par la mainmise militaire sur la Lorraine.

Ce duché, une première fois soumis à la domination française de 1634 à 1659, et conquis de nouveau en 1670, avait ses places démantelées ou occupées parles troupes du roi ; des magistrats français gouvernaient ses villes ; 011 y levait des troupes et des impôts comme dans le reste du royaume, tandis que ses princes vivaient réfugiés en Allemagne. Le traité de Nimègue ne les rétablit dans leur duché qu’avec la condition de céder à la France Nancy, Longwy, Marsal et quatre routes militaires. Comme le duc Charles V, qui avait succédé aux droits de son oncle Charles IV, refusait d’admettre ces exigences, Louis XIV continua d’occuper la Lorraine et l’on put croire que la prise de possession complète de ce pays n’était plus qu’ajournée «. C’était, » dit le grand roi dans ses Mémoires, « un passage à nos troupes pour « l’Allemagne par l’Alsace, une porte jusqu’alors ouverte aux « étrangers pour entrer dans nos états ; c’était le siège d’une « puissance voisine prenant part de tout temps à toutes les brouil- « leries » ; enfin, ajoute-t-il assez inexactement, « c’était l’ancien « patrimoine de nos pères qu’il était beau de rejoindre au corps « de la monarchie dont il avait été si longtemps séparé ».

ISi l’on cherche à embrasser du regard les acquisitions faites depuis le début de la période française de la guerre de Trente ans (1635) jusqu’à la paix de Nimègue (1678), on trouve qu’au cours de ces quarante-trois années de guerre presque ininterrom-

pue, la France s’était agrandie au nord, de l’Artois et d’une partie de la Flandre et du Hainaut, de quelques parcelles du Luxembourg et du duché de Lorraine dans lequel son prince légitime refusait de rentrer aux conditions qu’y mettait Louis XIV ; au levant, de l’Alsace et de la Franche-Comté ; au midi, du Roussillon. Donc, en 1678, les frontières de la France, en y comprenant la Lorraine, étaient à peu près les mêmes que celles qu’elle devait avoir en 1792 et en 1814. J’ajoute que, si l’on regarde à l’extérieur, au voisinage, elles étaient beaucoup plus fortes et plus solides.

Instruit par la guerre de Hollande, Louis XIV, après la paix de 1679, comprit qu'il fallait tempérer les projets d’agrandissement qu’il estimait « du droit de sa couronne » et ne pas se refuser à écouter des avis de modération ; avec l’esprit juste et le sentiment de l’intérêt national qui a fait sa grandeur, il songea à s’arrêter... « Aller plus loin, » écrivait un de ses ministres, « serait « mettre à l’aventure toutee-qu'on a acquis avec tant de peines. « Le roi et ses sujets ont également besoin de repos. » Et, pendant que ses ennemis le croyaient perdu dans l’orgueil de ses victoires et tout occupé de nouvelles ambitions, le petit-fils de Henri IV commençait, à se fortifier dans ce qu’il avait acquis, à borner.la grandeur de son royaume dans les limites des derniers traités, à suppléer à ce qui leur manquait, par un vaste système dedéfenses artificielles et un habile réseau d’alliances politiques, enfin à condenser la France dans une indestructible unité.

C’est dans cette œuvre merveilleuse que Louis XIV est vraiment et sans réserve le grand roi. Tout s’opère sans bruit, sans éclat, comme un travail ordinaire et obscur ; pièces, documents, détails ont été à peine connus des contemporains. Cela s’appelait simplement : Règlement des places de la frontière ; mais l’œuvre a subsisté, sa grandeur se révèle d’elle-même ; elle a fait pendant un siècle le salut de la France; elle est la gloire éternelle des trois personnages qui l’accomplirent ; le roi, l'ingénieur et le ministre, c’est-à-dire Louis XIV, Vauban et Louvois.

Le Règlement des places de la frontière ne fut pas fait d’un seul jet ; il subit plusieurs phases. L’œuvre dura vingt ans environ et fut exécutée, pour la partie comprise entre la mer et la Meuse, de 1678 à 1688 ; pour le territoire qui va de la Meuse au Rhin, de 1688 à 1698, c’est-à-dire pendant la guerre de la Ligue d’Augsbourg qui lui fit subir sa première épreuve. De 1678, date où elle

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