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INSTRUCTIONS DE LOUIS XIV A LOUIS XV

Louis XV . A son lit de mort, il confia au maréchal de Villeroi des instructions dans lesquelles il recommandait à son arrière-petitfils de se tenir dans les limites données au royaume par les derniers traités, défaire tous ses efforts pour reprendre de l'influence en Italie où l’empereur avait été mis en possession du Milanais et du royaume des Deux-Siciles, anciennes annexes de la couronne d’Espagne ; enfin, la France ne pouvant plus s’agrandir sur le continent, de tourner vers la mer toute l’activité nationale, l’Angleterre étant désormais la seule ennemie « ancienne et irréconciliable » qu’on eût à surveiller, à craindre et à combattre.

Louis XV suivit religieusement les instructions de son bisaïeul. Les affaires d’Italie furent sa principale préoccupation ; le reste, même la lutte contre la Grande-Bretagne, il l’abandonna à la sollicitude des ministres. D’ailleurs cette politique de limitation convenait à son égoïsme indolent, à son amour du repos et des plaisirs. Aussi, dès la première guerre où il se trouva entraîné, celle de la succession ou plutôt des « élections » de Pologne, il eut la joie de contribuer à l’accomplissement des dernières volontés de Louis XIV en ce qui touchait à l’influence dans la péninsule italienne. Allié à son oncle, le roi d’Espagne Philippe V, Louis XV, en 1733, porta la guerre en Italie contre l’empereur et fit envahir et occuper parle maréchal de Belle-Isle le duché de Lorraine où régnait alors François III. Les préliminaires de la paix signée à Vienne, le 3 octobre 1735, furent favorables aux deux branches de la maison de Bourbon.

D’une part, le second fils du roi d’Espagne, Don Carlos, qui avait conquis le royaume des Deux-Siciles, le reçut en échange des duchés de Parme et de Plaisance qu'il gouvernait depuis quatre ans ; et de l’autre, le beau-père de Louis XV, Stanislas, contraint de renoncer au trône où l’avaient porté les députés de la noblesse polonaise, était appelé à régner sur le duché de Lorraine, lequel, après sa mort, devait faire retour à la France ; en échange des duchés de Lorraine et de Bar, on assignait à François III 1 a succession éventuelle au duché de Toscane précédemment assurée à l’infant Don Carlos. François ayant pris possession de la Toscane dès le mois de juillet 1737, après la mort de Jean-Gaston de Médicis, la France fut dès lors déchargée du paiement de 4.500.000 livres qu’elle s’était engagée à verser au duc de Lorraine jusqu’à ce qu’il eût recueilli la succession de jToscane. Entre temps, le 11 février 1736, François III avait

LA FIN DE L’ANCIEN RÉGIME

épousé à Vienne l'archiduchesse Marie-Thérèse, fille unique e héritière présomptive de l’empereur Charles III ; et c’est ains que ces époux devinrent la souche de la maison impériale e royale qui règne encore aujourd’hui en Autriche et en Hongrie Par les préliminaires de paix que sanctionna, en 1738, un traiti , définitif, la France parvint à l’assurance de posséder un jour cetti Lorraine si longtemps convoitée et tout à fait indispensable pouij fermer la limite septentrionale du royaume, tout artificielle e qui, au siècle précédent, avait déjà été occupée durant cinquante- 1 trois ans par elle, de 1634 à 1659d’abord, de 1670 à 1697 ensuite.- Cette cession, qui ne devint effective qu’en 1766, à la mort du ro: Stanislas, se faisait dans un intérêt pacifique, motif qu’on rencontre rarement dans les conventions diplomatiques, pour h tranquillité de l’Europe et la sûreté des frontières de la France.

Dans la guerre de la succession d’Autriche, allumée dès la fin de 1740, à la mort de l’empereur Charles VI, Louis XV se montrg encore uniquement occupé de rétablir l’influence française er Italie. Ce fut, pour ainsi dire, la seule affaire qu’il traita par luimême, et il le fit avec une grande intelligence ; c’est ce dont| témoignent ses instructions diplomatiques presque entièrement écrites de sa main. Son plan, emprunté peut-être aux projets de Henri IV, était « de donner à l’Italie une assiette fixe, et en liei « les parties éparses par une fédération générale qui la rendît

« indépendante des lois et de l’influence de l’étranger . Il faut,

« disait-il, concentrer les puissances italiques en elle-même,

« en chasser l’Autriche et montrer l’exemple de n’y plus pré- « tendre. » Des négociations très actives furent entamées à cet effet d’après lesquelles l’Italie supérieure aurait été partagée entre le duc de Savoie à qui l’on eût donné le Milanais, un Bourbon d’Espagne qui aurait euPlaisance etMantoue, c’est-à-dire les clefs du Pô, le duc de Modène et les deux républiques. Gênes et Venise. Le reste de l’Italie aurait continué d’appartenir au duc de Toscane, au Pape et au roi des Deux-Siciles. Tous ces états auraient formé une confédération dont le Pape eût été le chef suprême, 1 mais qui, à cause des Bourbons de Naples et de Plaisance, se fût trouvée réellement sous l’influence de l’Espagne et de la France. La cour de Madrid, qui regrettait la possession du Milanais, fit une telle opposition que le plan échoua. A la fin de la guerre, Louis XV se contenta de la cession de Parme et de Plaisance qui furent donnés à l’infant Don Philippe d’Espagne, ce qui contre-

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