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FRANCE A L’AVÈNEMENT DE LOUIS XVI

tons, soit catholiques, soit protestants. De plus, le 20 juin 1780, un traité conclu avec le prince-évêque de Bàle renouvela les conventions faites un siècle auparavant, lors de la guerre de la ligue d’Augsbourg, et autorisa le roi de France, en temps de guerre, « à empêcher ses ennemis de s’établir dans les terres et seigneu- « ries de l’évêque et à fermer lui-même les passages par lesquels « ils. pourraient pénétrer sur son territoire ». En 1782, les conventions qui reconnaissaient l’indépendance etla neutralité de Genève furent renouvelées et garanties par le canton de Berne et par le duc de Savoie. Du côté de l’Italie, le pacte de famille et l’alliance avec l’Autriche neutralisaient l’ambition et le mauvais vouloir de la maison de Savoie. Enfin, du côté de l’Espagne, grâce au pacte de famille et à la présence sur le trône du roi Charles III, cousin germain du feu roi Louis XV, « il n’y i avait plus de Pyrénées ».

Telle était la situation des frontières dans les premières années du règne de Louis XVI. Du côté de l’Océan, elle était encore plus sûre : la France avait proclamé, contre l’Angleterre, la liberté des mers ; elle avait réuni à sa marine non seulement les marines de l’Espagne et de Naples, mais celles des Provinces- Unies, du Danemark, de la Suède et de la Bussie. Elle avait, grâce à son alliance avec l’Autriche, les moyens de tenir en paix le continent et d’employer toutes ses forces contre « l’ennemie « naturelle et invétérée des Bourbons et de la prospérité de la « France ». Aussi parvint-elle, dans la guerre de l’Indépendance des Etats-Unis, à vaincre, à humilier cette dominatrice des mers, à lui reprendre quelques colonies et à effacer la honte de la démolition de Dunkerque.

Vous le voyez, Messieurs, les frontières du royaume étaient,

; sous Louis XVI, aussi sûres, aussi complètes qu’elles pouvaient l'être, quoique privées au nord de limites naturelles. L’œuvre de la dynastie capétienne, cette œuvre de la formation territoriale delà France commencée huit siècles auparavant, semblait ainsi se terminer dans des limites plus étroites que celles entrevues par Charles VII en 1444, par Henri II en 1551 et que Louis XIV s’était vu un moment sur le point de réaliser. Sans doute nos rois n’avaient pu réunir sous leur domination tous les pays situés à gauche du Bhin et qui avaient dépendu jadis de la Gaule. L’autorité directe de Hugues Capet s’étendait, à l’origine, sur le domaine royal, soit sur un territoire légèrement supérieur à la superficie

LA FIN DE L’ANCIEN RÉGIME

moyenne d'un de nos départements modernes, et sa suzeraineté sur un pays équivalent à environ soixante-huit de ces mêmes départements, pays qui, au nord, n’atteignait pas toujours l’Escaut ni, à l’est, la Meuse, la Saône et le Rhône et que se partageaient des dynasties féodales sans nombre, prétendant pour la plupart à une indépendance absolue. A la veille de la Révolution, le royaume de France formait un pays fortement uni, répondant, à peu près, à quatre-vingt-six de nos départements. Cette unité, dont des événements prochains allaient prouver l’incontestable solidité, était l’œuvre de cette maison de France qui, maintenue sur le trône par cette loi particulière de succession abusivement désignée sous le nom de loi salique, a donné au pays une longue I suite de trente-deux rois, tous ou presque tous ayant travaillé à l’œuvre commune dans la mesure de leurs forces.

En 1789, les frontières de la France étaient, vers le nord, à quelques communes près, celles que nous lui avons vues avant la funeste guerre de 1870 ; à l’est, elles n’englobaient pas, comme aujourd’hui, le pays qui formait alors le duché de Savoie et le comté de Nice, que représentent aujourd’hui les départements de la Savoie et de la Haute-Savoie et les arrondissements de | Nice et de Puget-Théniers du département des Alpes-Maritimes : ces territoires appartenaient alors au roi de Sardaigne ; mais, au sud, la frontière ne différait nullement de la frontière actuelle.

Dans ces limites qui furent, à peu de choses près, celles que notre pays conserva de 1815 à 1860, se trouvaient encore enclavés deux territoires d’inégale importance complètement indépendants de la couronne et constituant deux petits états souverains. L’un était la principauté de Montbéliard, à quelques kilomètres de la frontière orientale du royaume, sur les confins de la ! Franche-Comté et de l’Alsace. Comprenant à peine une vingtaine » de paroisses, elle appartenait, depuis le commencement du xve siècle, à la maison comtale, puis ducale, de Wurtemberg ; la conquête de la Franche-Comté par les Français l’avait menacée, et, en 1681, la chambre de réunion de Besançon, sous le prétexte que ce territoire avait dû dépendre autrefois du comté de Bourgogne, déclara qu’elle serait dorénavant soumise à la couronne. Le prince de Montbéliard ayant refusé de prêter hommage au roi, la principauté avait été confisquée et ne lui fut rendue qu’en 1697, par le traité de Ryswick.

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