MONTBÉLIARD ET COMTAT VENAISSIN
Le second territoire était le Comtat Venaissin avec Avignon : située vers l’angle que forment le Rhône et la Durance qui joignent leurs eaux un peu au-dessous d'Avignon, et comprenant 88 communautés, cette enclave équivalait aux deux tiers environ du département actuel de Vaucluse et constituait la partie française des Etats pontificaux. Les derniers comtes de Toulouse, Raymond VII et Alphonse de Poitiers, avaient reconnu, pour cette partie de leur héritage qu’on appelait alors marquisat de Provence, la souveraineté du Saint-Siège, et le pape Grégoire X l’ayant revendiquée après la mort sans enfants du comte et de la comtesse de Toulouse, en 1271, le roi Philippe le Hardi le lui avait remis en 1273. Dès lors les papes avaient paisiblement possédé ce pays auquel Clément VI joignit la ville et le territoire d’Avignon que lui vendit Jeanne de Naples, comtesse de Pro- ' vence. Enclavés dans le royaume à partir de la réunion du comté de Provence à la couronne, en 1486, Avignon et le Comtat furent occupés, sous Louis XIV et sous Louis XV, chaque fois qu’un différend s’élevait entre nos rois et la cour de Rome, ainsi en 1663, quand Louis XIV exigea réparation pour l’insulte faite par la garde corse du Pape au duc de Créquy, son ambassadeur ; en 1688, lors de la querelle du grand roi avec Innocent XI, qui se joignit alors à la j coalition contre la France en adhérant à la ligue d’Augsbourg ; enfin en 1768, Louis XV, jaloux de venger l’affront fait au duc de Parme, son petit-fils, par Clément XI, qui avait cassé certains édits de ce prince comme contraires aux libertés, immunités et juridictions ecclésiastiques, ordonna une occupation qui, cette fois, se prolongea jusqu’en 1774.
Quelque doux que fût, dans sa nonchalante timidité, le gouvernement pontifical, la Révolution française devait avoir et eut dans le Comtat un immense retentissement. Ceux même qui, parmi les sujets du Pape, se prononcèrent et agirent ostensiblement plus tard contre la réunion immédiate, servirent pour ainsi dire d’auxiliaires providentiels à l'unité française. Pressé de tous côtés dans le réseau des douanes royales, le Comtat, n’ayant plus de débouchés à ses produits, avait fini peu à peu par négliger toute industrie et tout commerce. Les juridictions étaient incer-
Itaines, la justice ruineuse, le peuple pauvre, inquiet, mécontent. La réunion des Etats généraux à Versailles enflamma dans cette région les aspirations populaires vers l’égalité des citoyens. Quelques mouvements insurrectionnels ayant éclaté sur divers
LA FIN DE L’ANCIEN RÉGIME
points à la fois, l’assemblée générale ordinaire du Comtat, au mois de septembre 1789, supplia le pape Pie VI d’autoriser la convocation d’Etats généraux du Venaissin, dont la dernière réunion remontait à l’an 1596. Le 30 mai 1790, ces Etats généraux, enfin réunis, se proclamèrent Assemblée représentative : un des premiers actes législatifs de cette Constituante au petit pied fut d’adopter tous les décrets de l’Assemblée nationale de France en tant qu’ils pouvaient s’appliquer au Venaissin, par exemple, en ce qui concernait l’égalité de l’impôt et l’abolition des immunités ecclésiastiques et des titres nobiliaires ; les municipalités reçurent l’organisation française ; enfin il fut proposé que le souverain constitutionnel s’appellerait Pie VI, prince de Venaissin.
La ville d’Avignon qui, distincte du Comtat, s’était volontairement donnée à la France par la révolution du 10 juin 1792, s’efforçait d’entraîner Carpentras et le Comtat dans son mouvement ; mais, tout en embrassant les idées nouvelles, le Comtat prétendait rester indépendant. Aussi la guerre civile éclata-t-elle entre Avig'nonnais et Comtadois. Ceux-ci chassèrent d’abord ceux-là ; mais, le 9 janvier 1791, les Avignonnais, ayant emporté d’assaut Cavaillon et presque toutes les villes du Comtat, arborèrent le drapeau tricolore. Carpentras résistait encore, quoiqu’une partie de ses citoyens actifs se fussent dégagés du serment de fidélité au Pape et eussent voté la réunion à la France comme l’unique moyen de sauver le pays. Deux fois l’armée d’Avignon, forte de 6.000 hommes, assiégea Carpentras, deux fois elle fut repoussée ; mais toutes les répugnances s’effacèrent bientôt devant l’ascendant du génie français : le 14 septembre 1791, un décret de l’Assemblée nationale, rendu sur la proposition de Camus, réunit définitivement au royaume Avignon et le Comtat Venaissin.
La principauté de Montbéliard fut occupée sans obstacle à la fin de 1793 par une bande de républicains que commandait le conventionnel Bernard de Saintes et fut alors jointe au département du Mont Terrible, récemment formé de l’ancienne seigneurie épiscopale de Bâle et qui eut une existence éphémère ; son union à la France fut confirmée, sous la République, par plusieurs traités successifs.