EXPLICATION D’EXPRESSIONS GÉOGRAPHIQUES
Le titre de duc est le plus haut après celui de roi. A l’origine il désignait, en latin, sous la forme dux qui signifie proprement « conducteur », un général, un chef d’armée et s’appliquait principalement aux chefs militaires chargés de commander les armées placées sur les frontières de l’Empire romain : le titre de duc est donc exactement le synonyme du titre allemand herzog, dont le sens était originairement aussi « conducteur d’armée ». Dès le vie siècle, sous les rois francs, le duc est un chef militaire qui a sous lui plusieurs comtes et par conséquent plusieurs comtés ; on luidonnait aussi parfois le titre de marquis, d’un mot germanique, mark, qui à l’exemple des mots latins finis et terminus, avait à la fois le sens de frontière et celui de territoire — en bas latin marcliio ; et parfois aussi comme il n’était en réalité qu’un comte d’ordre supérieur, on le qualifiait simplement comte. L’ensemble des comtés placés sous l’autorité d’un même duc fut appelé, en latin, ducalus, et, en langue vulgaire, duché. Aux ducs militaires et amovibles des vie, vne, vme et ixe siècles, succédèrent les ducs féodaux et héréditaires du xe siècle et des siècles suivants, et c’est ainsique le duché devint une circonscription féodale.
Au temps de Charles le Chauve, c’est-à-dire vers l’époque où les offices de ducs et de comtes commencèrent à devenir héréditaires, les duchés ou les comtés ayant rang de duché étaient peu nombreux. Chacun d’eux touchait par quelque point la frontière du royaume, frontière de terre ou frontière de mer, de sorte que les ducs à la garde desquels ils étaient confiés avaient, comme de véritables marquis, la garde d’une partie de la frontière.
Ces duchés ou comtés ayant rang de duché étaient : le comté de Flandre, dont les titulaires s’appelaient indifféremment, au xne siècle, comtes ou marquis, et qui sans doute ne différait guère du duché de France Maritime mentionné par divers textes du ixe siècle ; le duché du Mans ou duché de Neustrie, compris entre la Seine, la Manche, la Bretagne et la Loire et qui semble être identique à la « Marche de Bretagne » dont Roland, le héros épique, fut l’un des plus illustres gardiens ; le duché de Bourgogne, le duché d’Aquitaine, le duché de Gascogne ; le comté de Toulouse, qualifié Marca Tolosana en 806 dans l’acte de partage de l’Empire ; le marquisat de Gothie que plus tard on appela duché de Narbonne ; enfin la Marche d'Espagne dont Barcelone était le chef-lieu.
Le titre de comte, duquel est dérivé le nom de comté appliqué
DESCHIPTION DU DOMAINE DE HUGUES CAPET
d’abord à l'office du comte puis à la circonscription qu’il administre, est également d’origine romaine : il représente le latin comcs qui, à l’origine, signifiait compagnon. A l’époque mérovingienne et sous les premiers Carolingiens, le comte était à la lois un officier chargé du pouvoir judiciaire et du pouvoir militaire dans une de ces circonscriptions administratives désignées originairement parle nom un peu vague de pagus, auquel se substitua dans l’usage courant, au ixe siècle, le nom de comté, comilatus. Sous la période féodale, le titre de comte porté presque uniquement par les successeurs féodaux des anciens comtes mérovingiens et carolingiens fut quelquefois porté abusivement par des seigneurs dont la puissance territoriale était fort mince et dont le fief fut non moins abusivement dès lors qualifié comté : tels les comtes de Montdidier, Dammartin, Roucy, etc.
Le vicomte, vicecomes en latin, était primitivement, comme son titre l’indique, le lieutenant ou le remplaçant d’un comte, et le titre qu’il portait ne commence à être en usage qu’au début du ixe siècle. Le vicomte étant devenu héréditaire aussi bien que le duc et le comte, le nom de vicomté devint la désignation d’une circonscription féodale. C’est surtout dans le pays d’outre-Loire, c’est-à-dire en Aquitaine que les vicomtes féodaux méritent, en raison de l’importance territoriale de leurs fiefs, d’être comptés au nombre des feudataires principaux du royaume français : tels sont surtout les vicomtes de Thouars, de Châtellerault, de Limoges, de Turenne et de Ventadour dans le duché d’Aquitaine; les vicomtes de Bézaume, de Marsan, de Tursan, de Dax, de Bayonne et deBéarn au duché de Guyenne ; les vicomtes d’Albi, de Nîmes, de Béziers et de Narbonne dans les états des comtes de Toulouse, marquis de Gothie ; car les vicomtés méridionales valaient souvent bien mieux que certains comtés fort peu étendus delà France du nord.
Le titre de baron — on disaiten vieux français ber au cas sujet, baron au cas régime — était dérivé d’un mot germanique, en bas latin baro, qui signifiait homme. De là le double sens d’homme et de seigneur que le mot baron avait encore dans le français du xme siècle. Il s’appliquait à l’origine indifféremment à tout grand seigneur ; mais on trouve dès le règne de Philippe Auguste — les cartulaires de ce prince renfermant la liste des « barons de France» en témoignent — une restriction de sens pour le mot baron qu’on semble vouloir alors opposer à celui de comte, en le