EXPLICATION D’EXPRESSIONS GÉOGRAPHIQUES
réservant aux seigneurs qui n’avaient point droit à ce dernier titre. C’est aussi au xme siècle qu’appartiennent les plus anciens exemples de l’emploi, en France du moins, du mot baronnie — en bas latin baronia — appliqué à des fiefs importants qui n’étaient pas qualifiés comtés.
Il me reste à parler de l’expression « châtellenie », en bas latin caslellania, caslelluria , par laquelle on désignait, depuisle Xe siècle jusqu’à la Révolution, l’unité géographique de la féodalité. Ce nom dérivé du vieux mot français chastel ou chasteau — du latin castellum, — désignait la circonscription territoriale dont le château était le chef-lieu. L’étendue des anciennes châtellenies était diverse ; les unes étaient aussi peu vastes que certaines de nos communes ; d’autres au contraire avaient un ressort fort étendu et répondaient parfois à d’ancienscomtés de l’époque carolingienne : il est vrai que ces dernières avaient le plus souvent sous elles des châtellenies subalternes.
La châtellenie fut ordinairement, dans les diverses parties de la France, la base d’une circonscription administrative dont le titulaire, remplissant à la fois les fonctions civiles, judiciaires et militaires, paraît dès le xi° siècle avec la qualification de prévôt, prepositus : de là le nom de prévôté qui, au xme siècle, désigne, dans le domaine royal et dans le comté de Champagne, une circonscription administrative. Cependant le fonctionnaire à qui étaient confiées les fonctions dévolues au prévôt dans la France proprement dite, n’était pas partout appelé du même nom : en Normandie, on le nommait vicomte ; dans le comté de Toulouse, bayle ; dans l’ancienne Septimanie, viguier, et c’est pourquoi la circonscription administrative analogue à la prévôté est appelée vicomté en Normandie, baylie dans le Toulousain et viguerie dans le duché de Narbonne.
Durant les premiers siècles de la monarchie capétienne, il faut soigneusementdistinguer dans le royaume de France deux choses principales : le domaine royal ou le domaine de la couronne, possessions du roi où s’exerçait directement le pouvoir royal, d’une part ; les grands fiefs d’autre part.
DESCRIPTION DU DOMAINE DE HUGUES CAPET
Régulièrement je devrais dire le domaine royal et les fiefs, mais j’ai dit les grands fiefs, parce que, comme l’ont fait d’ailleurs tous les érudits qui se sont occupés de la géographie féodale, je comprendrai dans le domaine royal tous les fiefs d’ordre inférieur enclavés dans celui-ci et qui dépendaient directement du roi parce que le roi n’avait pas aliéné, en les inféodant, les comtés desquels ils relevaient.
Le domaine de la couronne ainsi entendu était encore fort exigu. Toutefois, au temps de Hugues Capet, le pouvoir royal avait un rayonnement direct plus étendu que sous les règnes des derniers rois de la race carolingienne, Louis d’Outremer, Lothaire et Louis V, qui ne dominaient guère d’une manière effective que dans les régions situées à l’est du cours supérieur de l’Oise, c’est-à-dire vers le Laonnais et le Rémois. Laon était la résidence la plus ordinaire de ces princes. Cette ville construite sur une colline élevée était appelée Montlaon dans la langue vulgaire du xne et du xme siècle ; de là le nom de « roi de Montlaon » qui, dans un grand nombre de poèmes épiques du cycle de Charlemagne, désigne ordinairement le roi de France. C’est dans cette région aussi que la race carolingienne conserva, même après 987, ses partisans les plus dévoués, non seulement dans le peuple et dans le clergé, mais aussi dans la haute féodalité, puisqu’il ne semble pas douteux qu’il faille reconnaître deux comtes de la partie du diocèse de Reims qui avoisine le diocèse de Laon : (c’est-àdire un comte de Porcien et un comte de Rethel) dans deux personnages, Menessier (Mcinassès) et Roger, dont la relation du concile rémois tenu à Saint-Basle en 991 signale les agissements coupables à Reims où ils tenaient le parti de Charles de Lorraine contre Hugues Capet 1 .
Par l’avènement de Hugues Capet au trône, le centre de la puissance royale fut transporté plus au sud et la royauté trouva ses principaux points d’appui à Senlis, à Poissy, à Etampes, dans les pays qu’avoisine la Seine et vers le cours moyen de la Loire, à Orléans. Mon assertion peut sembler étrange, car tous nos historiens considèrent que le domaine royal des premiers Capétiens fut formé du patrimoine de Hugues Capet qui, dit-on, consistait dans le comté de Paris et le duché de France. Cela serait rigoureusement exact si Hugues Capet et ses prédécesseurs les ducs de
1. Historiens des Gaules et de la France, t. X, p. 515 E, 517 B, etc.