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DOMAINE ROYAL

France, comtes de Paris, avaient pu s’opposer plus que le roi lui-même, plus que les autres ducs ou comtes, au développement continu de la féodalité et de l’hérédité des fiefs. Or Hugues Capet ne possédait en propre que la moindre partie du duché de Neustrie que son père, le duc Hugues le Grand, et que son aïeul, le roi Robert Ier, avaient gouverné avant lui et où ils avaient pour prédécesseurs, en remontant le cours des ans, Eudes, Hugues l’Abbé et Robert le Fort. Ce duché qui, aux viie et vine siècles, est plus fréquemment appelé « duché du Mans » ou « Marche de Bretagne », comprenait, sous ses derniers titulaires, tous les pagi ou comtés situés à l’ouest du Gâtinais, entre la Seine, la Normandie, la Bretagne et la Loire ; mais successivement la plupart de ces comtés, à l’exception du Pincerais, del’Etampois etde l’Orléanais, étaient devenus les fiefs héréditaires d’un certain nombre de vassaux du duc, vassaux qui, de 890 à 930 environ, sont d’abord seulement qualifiés vicomtes (car ils n’étaient à l’origine que les lieutenants des ducs neustriens propriétaires de ces comtés) et qui bientôt usurpent le titre de comtes, lorsqu’ils sont devenus avec le temps de véritables seigneurs féodaux : le fait est certain pour les comtés d’Anjou, de Tours, de Blois, de Vendôme, et il serait attesté de même, selon toute apparence, pour les autres comtés de la région neustrienne, si des documents de l’époque carolingienne nous avaient été conservés en plus grand nombre. Le comté de Paris lui-même et le comté de Melun qui, l’un et l’autre, appartenaient aux derniers ducs des Francs neustriens, subirent la loi commune et furent donnés par Hugues Capet, un assez bon nombre d’années avant son accession au trône, à un de cesjeunes gens qu’on appela plus tard « varlets », à un varlet de grande espérance, stremie juventutis tgro, le comte Bouchard de Vendôme *, lorsqu’il fit épouser à ce jeune seigneur la veuve du comte Avmon de Corbeil, dont le fief fit également partie de la donation ducale. Bouchard garda ces différentes terres jusqu’au jour, assez voisin de celui de sa mort, où il prit l’habit religieux à l’abbaye de Saint-Maur-des-Fossés, à peu de distance de Paris, c’est-à-dire jusque vers 1012, et les comtés de Melun et de Paris passèrent alors à son fils Renaud, qui, depuis vingt ans déjà, occupait le siège épiscopal de Paris. Le seul changement que la révolution

1. 17e de Bouchard le Vénérable, par Eudes de Saint-Maur, éd Bouret de la Roncière, p. 6, 1. 3.

DESCRIPTION DU DOMAINE DE HUGUES CAPET

de 987 ait apporté dans la situation des comtés existants entre la Seine, la Loire, le pajrs des Bretons et la Normandie, c’est que leurs titulaires, arrière-vassaux seulement des rois carolingiens, devinrent, par le fait de l’avènement de leur suzerain au trône royal, les vassaux immédiats de la couronne.

Le domaine royal ne paraît composé, au temps de Hugues Capet, que de cinq groupes territoriaux d’importance fort inégale.

Le groupe principal, de beaucoup le plus étendu, était formé des comtés d’Orléans et d’Etarapes et mesurait environ 125 kilomètres du nord au sud et 45 en moyenne de l’ouest à l’est, c’està-dire environ 350 lieues carrées (ces mesures sont purement approximatives, car je ne fais pas ici de statistique) embrassant les territoires qui, au xiie et au xme siècle, formèrent les châtellenies royales d’Orléans, de Châteauneuf-sur-Loire, de Chécy, de Fay, de Vitrv-aux-Loges, de Lorris, de Courcy, de Boiscommun, d’Yèvre, d’Etampes et de Dourdan. C’est dans cette région que résidaient surtout les quatre premiers Capétiens qui — leurs lieux de résidence indiqués par leurs diplômes le prouvent surabondamment — étaient bien plutôt des rois Orléanais que des rois parisiens.

Legroupe domanial le plus vaste après le groupe Orléanais et étampois était situé sur la rivegauche de l’Oise, entre l’endi’oit où l’Aisne joint ses eaux à cette rivière et le cours de la Thève. Il comprenait le Sellentois, territoire d’une soixantaine de nos communes actuelles, englobant le minuscule comté de Senlis, qui obéissait à Hugues Capet avant qu’il ne parvînt au trône, et d’anciens fiscs royaux dont les souverains des deux dynasties précédentes avaient tout particulièrement affectionné la résidence, et parmi lesquels je citerai surtout ceux de Compiègne et de Verberie : près de cette dernière localité, les premiers rois capétiens avaient un château royal à Béthisy. Ce groupe domanial mesurait près de 34 kilomètres du nord au sud sur une longueur moyenne de 20, c’est-à-dire environ 42 lieues carrées.

Venait ensuite un troisième groupe domanial, situé sur la rive gauche de la Seine, en aval de Saint-Germain-en-Laye : il était formé de la châtellenie de Poissy, débris du Pincerais, pcic/us ou comté administratif de l’époque franque dont Poissy avait été le chef-lieu et duquel étaient également issus le comté de Meulan, la seigneurie de Montfort et celle de Marly (aujourd’hui Marly-le-

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