DOMAINE ROYAL
Roi). La châtellenie de Poissy, qui s’étendait sur une trentaine de paroisses, mesurait environ dix-huit lieues carrées.
Les deux autres tronçons du domaine royal étaient beaucoup plus éloignés de Paris. L’un, la châtellenie de Montreuil- sur-Mer, dont le chef-lieu était assis sur la rive gauche de la Gauche, confinait au marquisat de Flandre, qui, de ce point, s'étendait jusqu’aux bouches de l’Escaut, et cette situation l’avait fait vivement convoiter par le propriétaire de ce puissant fief, qui, après l’avoir, à diverses reprises, conquise sur le comte de Ponthieu, garda Montreuil de 951 à 981. A cette dernière date Montreuil fut enlevé au comte de Flandre par Hugues Capet, alors duc de France et, peu après l’avènement de Hugues an trône, il fut assigné en douaire à la comtesse Suzanne de Flandre, première femme du roi Robert. Le territoire de la châtellenie de Montreuil, qui ne se composait guère que d’une vingtaine de nos communes, n’était que de onze lieues carrées environ.
Le dernier tronçon domanial était situé sur les bords du cours antérieur de l’Aisne, à quelques kilomètres seulement de la frontière orientale du royaume capétien. Il consistait dans le domaine d’Attigny, ancienne villa du fisc dont les premiers Capétiens jouissaient comme en avaient joui les rois de la race de Mérovée et de celle de Charles Martel. Le territoire féodal d’Attigny, répondant à six ou huit de nos communes, ne mesurait guère que cinq lieues carrées.
L’ensemble du domaine royal répondait approximativement à 426 lieues carrées, soit 6.816 kilomètres carrés, c’est-à-dire à une superficie légèrement supérieure à celle de la plupart de nos départements français. Le domaine de la couronne proprement dit était donc alors d’une étendue fort modeste, mais il faut, pour se rendre un compte exact de la réelle puissance territoriale des premiers Capétiens, y ajouter en quelque sorte la plupart des abbayes avoisinantes et leurs riches domaines que l’on peut considérer comme une sorte de prolongement du domaine royal et dont le roi était encore le protecteur-né après que Hugues Capet eut résigné la dignité abbatiale qu’il avait un moment possédée comme plusieurs de ses ancêtres. Parmi ces abbayes, dont les propriétés étaient souvent assez disséminées, je donnerai une mention particulière à deux abbayes du diocèse d’Amiens, Saint- Riquieret Corbie, parce que leur puissance domaniale formait, entre la Somme et l’Authie, un groupe territorial unique et assez
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compact, limité au nord par le marquisat de Flandre, à l’ouest par le comté de Ponthieu, au midi par le comté d’Amiens, à l’est par le comté de Vermandois ; l’une et l’autre de ces abbayes passaient d ailleurs, au xie et au xnc siècle, pour des membres effectifs du domaine royal.
Les seigneuries épiscopales, ou du moins le temporel de ceux des évêchés du royaume pour lesquels le roi n’avait pas aliéné son droit de confirmer l’évêque, doivent avoir une mention particulière après le domaine royal et avant les fiefs du royaume; car, à chaque vacance du siège, en vertu de ce qu’on appellera plus tard le droit de régale, le temporel de ces évêchés était momentanément replacé sous l’autorité du roi jusqu’au jour de l’intronisation du nouveau prélat qui, choisi par le roi, restait le plus souvent zélé serviteur de la royauté. Six de ces prélats, l’archevêque de Reims et les évêques de Tournai, de Noyon, de Laon, de Chalons-sur-Marne et de Langres, possédaient le comté de leur ville épiscopale et figuraient en conséquence au nombre des plus grands seigneurs terriens de la France septentrionale. L’origine de ces seigneuries ecclésiastiques, dont plusieurs comprenaient une vaste étendue de pays, est ordinairement fort obscure, mais il semble que cette origine doive être cherchée dans les immunités accordées par les rois francs : c’est là du moins un fait qui ne paraît point douteux en ce qui concerne l’évêché de Langres et l’abbaye de Corbie.
Au premier rang des vassaux laïques du roi de France en 987, il faut placer le comte de Flandre, Arnoul II, auquel devait succéder dès l’année suivante son fils Baudouin le Barbu ; le duc de Bourgogne, Henri, propre frère du roi ; le duc d’Aquitaine ou de Guyenne (ce sont deux formes différentes du même nom), Guillaume Fierabras ; le duc de Gascogne, Arnaud-Guillaume ; le comte de Toulouse, Guillaume Taillefer; le comte de Rouergue, marquis de Gothie, Raymond III, cousin germain de Guillaume Taillefer ; et le comte de la Marche d’Espagne ou de Barcelone, Borrel, tous sept héritiers féodaux de sept des ducs ou marquis, marchiones, auxquels les rois carolingiens du IXe siècle avaient confié le commandement militaire d’une de ces provinces fron-
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tières analogues au duché de France ou de Neustrie qu’avaient administré successivement, de 861 à 987, Robert le Fort et cinq membres de sa famille. A côté de ces sept puissants vassaux, il convient de mentionner comme leur égal en puissance le duc de Normandie, Richard II, chef d’un état Scandinave qui alors n’a presque plus rien qui le distingue des autres fiefs du royaume de France et, immédiatement après eux, deux comtes de moindre lignée, le comte de Blois et le comte d’Anjou, descendant l’un et l’autre d’anciens vicomtes du duc Robert de Neustrie et qui, par habileté autant que par droit, sont parvenus à se constituer des fiefs qui, avec moins de cohésion peut-être, le disputent en étendue à ceux de certains héritiers des ducs carolingiens.
Le comté ou marquisat de Flandre, que l’Escaut limitait vers l’orient, comprenait tout le littoral depuis les bouches de l’Escaut jusqu’à la Canche, englobant ainsi l’ancienne cité gauloise des Morini, d’où l’expression princeps Morinorum par laquelle l’historien Richer désigne le vieux comte Arnoul de Flandre. Trois comtes secondaires étaient au nombre de ses vassaux : les comtes de Boulogne, de Guines et de Saint-Pol, celui-ci appelé parfois comte de Ternois, bien que son fief ne comprît que la partie méridionale du pagus Taruancnsis.
Le duché de Bourgogne, dont les limites, du côté de l’orient et du midi, formaient en même temps la frontière du royaume, s’étendait, vers le nord et vers l’ouest, bien au delà des limites qui le bornèrent durant les derniers siècles du moyen âge, de sorte que son étendue était alors plus du double de ce qu’elle fut plus tard. Auxerre faisait alors partie du domaine ducal, dont elle était même la ville la plus considérable. Parmi les vassaux du duché de Bourgogne les plus importants au point de vue territorial, il faut citer en première ligne le comte de Sens, le comte de Nevers et celui de Chalon-sur-Saône, dont les possessions comprenaient dès lors une notable partie de l’Autunois et dépassaient déjà, vers l’orient, le cours delà Saône ; et enfin le comte de Troyes, dont les possessions s’étendaient bien au delà des limites du duché bourguignon et qui, pour cette raison, demandera tout à l’heure une mention particulière. Après ces vassaux, il faut citer en seconde ligne : le comte d’Auxois et de Duesmois, dans la partie septentrionale du duché, et le comte de Mâcon, le seigneur de Semur-en-Brionnais et celui de Beaujeu, dont les fiefs étaient situés tous trois à son extrémité méridionale. C’est le souvenir
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de cette Bourgogne beaucoup plus étendue que celle des siècles postérieurs, c’est-à-dire le souvenir de la Bourgogne carolingienne, que rappelle la locution Sens-en-Bourg'ogne, encore employée aujourd’hui dans le langage populaire, et la locution Troyes-en-Bourgogne, dont l’emploi est encore constaté au xm° siècle.
Le duché de Guyenne, Aquitania, le plus étendu des grands fiefs du royaume français — car son territoire équivalait environ à dix de nos départements actuels — ne comprenait toutefois ni l’extrémité nord-est ni l’extrémité sud-est de l’Aquitaine carolingienne. En effet la vicomté de Bauges et la seigneurie de Bourbon-l’Archambault répondant à la majeure partie du Berry, relevaient directement de la couronne, et il en était de même du Rouergue annexé au marquisat de Gothie, du Quercy et de l’ Albigeois rattachés au comté de Toulouse, el peut-être aussi du Gévaudan. Leduc de Guyenne dont les domaines propres étaient surtout situés dans le Poitou, devait à sa capitale le titre de comte de Poitiers sous lequel on le désignait communément. Ses principaux vassaux étaient alors le comte d’Anjou, qui tenait de lui Loudun et le Loudunois, les comtes d’Angoulême, de la Marche, d’Auvergne, — les ancêtres de ce dernier, le comte Guy Ie1', n’avaient porté que le titre de vicomtes, — de Brioude et du Velay ; les vicomtes deLimoges, de Turenne, de Thouars et de Châtellerauit ; enfin le seigneur de Déols ou de Châteauroux et celui d’Issoudun, dont les fiefs répondaient à la partie du Berry restée soumise à la suzeraineté delà Guyenne.
Le duché de Gascogne, dont Bordeaux était la capitale, confinait au duché de Guyenne qui s’étendait sur toute la Saintonge. Gouverné depuis les dernières années du règne de Charles le Chauve, c’est-à-dire depuis 872 environ, par une dynastie nationale qui allait s’éteindre en 1032, ce duché comprenait un grand nombre de fiefs secondaires très importants, dont les titulaires portaient le simple titre de vicomte, demeuré fort en honneur dans les pays d’outre-Loire. Je signalerai, parmi les vassaux du duc de Gascogne, les comtes de Fézensac, d’Astarac, d’Armagnac et de Pardiac, tous quatre issus de la maison ducale ; les comtes d’Aure, de Bigorre, de Comminges et de Couserans ; enfin les vicomtes d’Ax, aujourd’hui Dax, de Béarn, de Bezaume (c’est le nom qu’on donnait alors à la partie de l’Agenais sise au nord du Bazadais), de Castillon, de Fronsac, de Gabardan, de Labourd,
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de Lomagne, de Marenne (en latin Maritima , petite contrée située sur le littoral méridional du département des Landes), de Marsan, de Palestre (aujourd’hui Saint-Sever), de Soûle, de Tartas et de Tursan.
Le comté de Toulouse, qui formait déjà au début du ixe siècle une province ou marche particulière, avait vu, dès l’époque carolingienne, ses limites reculées vers le nord par l’adjonction des comtés aquitains de Quercy et d’Albigeois. Vers le sud-est, le comte de Carcassonne et de Razès, dans l’ancien marquisat de Gothie, reconnaissait la suzeraineté du comte toulousain Guillaume Taillefer. Après le comte de Carcassonne, il faut citer, parmi les principaux feudataires de Guillaume Taillefer, le comte de Fenouilhedès et les vicomtes d’Albi et de Nîmes.
Les comtes de Rouergue, cadets de la maison comtale de Toulouse, étaient, depuis quelque temps déjà, les maîtres incontestés du marquisat de Gothie contigu au Rouergue et auquel leur ancêtre, le comte Raymond Pons, avait rattaché le comtat provençal d’Uzès. Toutefois le Carcassès et le Razès, gouvernés par un comte unique, ne relevaient plus du marquis de Gothie et reconnaissaient la suzeraineté du comte de Toulouse. Le comte de Mauguio, — c’est le titre que prenait dès lors le successeur des anciens comtes de Maguelonne, — ainsi que les vicomtes d’Agde, de Béziers, de Minerve, de Narbonne et de Nîmes, composaient la haute vassalité du marquis de Gothie.
Le comté de la Marche d’Espagne, dont je vous ai déjà dit quelques mots dans la leçon précédente en décrivant les limites du royaume de France, dominait au delà des Pyrénées sur tout ce qui reconnaissait, nominalement au moins, l’autorité du roi de France, et c était certainement de beaucoup, parmi les ducs et comtes d’ordre supérieur du royaume, celui qui avait le plus à lutter contre les ennemis du dehors pour la défense du territoire. Borrel, le titulaire actuel, avait dû en effet défendre son comté, en 985, contre une invasion de Sarrasins, et vaincu en bataille rangée, il avait vu tomber au pouvoir de l’ennemi sa capitale, la ville de Barcelone, qu’il recouvra en 988 sans le secours de Hugues Capet qui lui avait promis son aide et qui, détourné par l’entreprise de Charles de Lorraine, ne put point tenir sa promesse. Urgel et Girone étaient alors, après Barcelone, les plus importantes places comtales de Borrel. Au nombre des vassaux de Borrel figuraient Oliba, son cousin germain, qui gouvernait à la fois le comté de
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Cerdagne et celui de Bésalu, les comtes de Pailhas et de Ribagorce qui dominaient sur la partie la plus occidentale de la Marche, et les comtes d’Ampurias et de Peralada ou Pierrelatte, dontles domaines avoisinaient la Méditerranée.
Le duché de Normandie, qui, en moins d’un quart de siècle, de 911 à933, finit par englober presque entièrement le territoire de la Seconde Lyonnaise, constituait, grâce à un développement de côtes s’étendant depuis l’embouchure de la Bresle jusqu’à celle du Couesnon, une province maritime dont la jeune et aventureuse population, digne héritière des vikings établis avec Rollon dans cette partie de l’ancienne Neustrie, allait chercher fortune dans les diverses parties de l’Europe et y créait des établissements dont l'un donna naissance au royaume de Sicile- Parmi les vassaux les plus importants du duc de Normandie à la fin du Xe siècle, je citerai le comte d’Eu, le comte d’Evreux et le comte d’Hiémois, tous trois issus de la maison ducale comme le furent, au siècle suivant, le comte d’ Arques et celui deMortain. Je donnerai aussi une mention spéciale au comté de Mortagne auquel étaient annexées des terres relevant du comte de Blois et du seigneur du Thimerais, et la seigneurie de Bellême, dont les propriétaires, maîtres de la seigneurie mancelle de Domfront qu’ils rattachèrent à la Normandie, possédaient encore l’importante seigneurie d’Alençon et, au dehors du duché, la seigneurie du Saônais, dont Mamers fut plus tard le lieu le plus considérable.
Le comte de Blois Eudes Ier, dont le plus ancien ancêtre connu, Thibaud, paraît en 999 avec le titre de vicomte de Tours, était le plus puissant vassal du roi dans la France proprement dite. Ses fiefs formaient alors deux groupes territoriaux dont le plus important comprenait les comtés de Chartres, de Châteaudun, de Blois, de Tours et même le Saumurois, et, se prolongeant vers le sud-est dans le Berry, englobait Vierzon. Eudes Ier augmenta ce premier groupe dès 991 du comté de Dreux qui en forma l’extrémité méridionale et qu’il se fit donner alors par le roi Hugues Capet, qui lui demandait du secours contre Charles de Lorraine, son compétiteur. Le second groupe, situé à l’est de Paris, était formé du comté de Meaux qu’Eudes Ier avait reçu peu après 980 en fief du roi Lothaire par suite de la mort du comte Herbert de Troyes, son oncle maternel.
Le comte d’Anjou — il se nommait alors Foulques Nerra — était le troisième successeur de Foulques le Roux qui, vassal du duc
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Robert, est mentionné comme vicomte d’Angers de 898 à 924. En lutte avec son voisin le comte de Blois, il dominait sur la partie orientale de la Touraine : Loches, Amboise, Montrichard et Montrésor, sur quelques terres berrichonnes contiguës à celles-ci : Châtillon-sur-Indre, Buzançais, et Villantrois qu’un mariage avait apportées dans sa famille, et sur le Loudunois qu’il tenait en fief du duc de Guyenne.
Après ces puissants seigneurs, il convient de parler des comtes bretons et de celui du Maine.
La Bretagne était alors divisée entre plusieurs comtes dont les deux plus importants, le comte de Nantes et celui de Rennes, appartenaient à la famille qui avait donné au pays, un siècle et demi auparavant, les princes qui en avaient reculé les limites.
En l’année même du couronnement de Hugues Capet, l’hégémonie bretonne avait passé du comte de Nantes à celui de Rennes, aux héritiers duquel elle demeura. A dater de ce moment, on peut donc compter le comte de Nantes, le comte de Cornouaille ou de Quimper, le comte de Léon, à l’extrémité nord-ouest de la province, le vicomte de Porhoët, entre Vannes et Saint-Malo, etcelui de Poher, à l’est de la Cornouaille, parmi les vassaux du comte de Rennes.
Le comte du Maine, Hugues Ier, qui dominait sur toute la province de ce nom, était un ancien lieutenant des ducs de France. Son comté lui avait été, paraît-il, confié par le père de Hugues Capet. Devenu vassal immédiat de la couronne par l’avènement de son suzerain, il dut cependant subir peu après la domination de son puissant et entreprenant voisin le comte d’Anjou, Foulques Nerra, et dès lors, et pour tout le moyen âge, le Maine ne fut plus qu’une sorte de province annexe ou vassale de l’Anjou.
En dehors des feudataires que je viens de passer en revue, je dois encore signaler, dans la haute féodalité, un certain nombre de vassaux laïques relevant plus ou moins directement du roi. C’étaient, dans la France proprement dite :
1° Le comte de Valenciennes, qui tenait du roi de France l'Oslrevant, dont Bouchain était le château principal ;
2° Le comte de Ponthieu, d’abord avoué de 1’abbaye de Saint- Riquier et dont le fief, situé sur le littoral, séparait le marquisat de Flandre du duché de Normandie ;
3° Le comte de Vermandois, vassal de l’évêque de Nojmn, et qui descendait en ligne masculine de Charlemagne par Bernard, le
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malheureux roi d'Italie que Louis le Pieux fit aveugler, et par le comte Herbert II, le trop fameux geôlier de Charles le Simple ;
4° Lecomte du Vexin — du Vexin français — et d’Amiens, qui relevait de 1’abbaye de Saint-Denispour lepremier de ces comtés et de l'évèque d’Amiens pour le second et qui possédait, d’autre part, à l'est de Senlis, le petit comté de Valois, appelé aussi comté de Crépy du nom de son château principal ;
5° Le comte de Beauvais, dont l’héritage devait bientôt passer au comte de Blois;
6° Le comte de Beaumont-sur-Oise, dont le fief, situé au sud du Beauvaisis, n’était pas différent de l’ancien pagus Camliacensis ou comté de Chambly, et qui était vassal de l’évêque de Beauvais ;
7° Le comte de Meulant, dont le fief était un démembrement, pour partie du moins, d’un comté carolingien, le Pincerais, dont Poissj' était le chef-lieu ;
8° Le comte de Montdidier, issu d’un comte Houdouin, qui administrait le comté de Tournai vers l’an 900 ;
9° Le seigneur de Coucy, possesseur d’une terre usurpée sur l’église de Reims ;
10° Le comte de Porcien, dont le siège comtal était déjà, sans doute, Château-Porcien sur l’Aisne ;
11° Le comte d’Omont, issu d’un frère d’Artaud qui occupait le siège archiépiscopal de Reims au temps de Louis d’Outremer et dont les descendants devaient quitter ce titre pour celui de comte de Rethel ; les terres de l’un et l’autre de ces deux comtes relevaient de l’archevêché de Reims ;
12° Le comte de Troyes, Herbert le Jeune, frère ou tout au moins cousin germain du comte Eudes de Blois, et qui, outre le comté de Troyes relevant du duché bourguignon, possédait le comté d’Orxois — on nommait ainsi le pays avoisinant Château-Thierry — et plusieurs fiefs relevant de l’église de Reims et dont l’un des plus importants était le comté de Vitry-en-Perthois, Le comte de Troyes, dont les successeurs devaient être plus connus sous le nom de comtes de Champagne, était déjà fort puissant, car il étendait son autorité depuis les bords de l’Aisne, au nord de Braisne (Aisne) jusqu’aux rives de l’Armançon qui arrose Saint- Florentin (Yonne) et comptait parmi ses vassaux les comtes particuliers d’Oulchy-le-Chàteau — entre Soissons et Château- Thierr}' — de Roucy, de Brienne et de Rosnay ;
13° Le comte de Paris, de Corbeil, de Melun et de Vendôme,
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Bouchard le Vieux, dont je vous parlais presque au début de cette leçon ;
14° Le seigneur ou comte de Nog'ent, entre Dreux et Chartres (on l’appelle Nogent-le-Roi depuis six siècles déjà), vassal de l’abbaye parisienne de Saint-Germain-des-Prés ;
15° Le seigneur deMontfort (plus tard Montfort-l’Amaury), dont le fief était formé d’un débris du Pincerais, l’ancien comté administratif dont Poissy était le chef-lieu ;
16° Le comte de Gâtinais ou de Chàteau-Landon, dont la postérité masculine, après avoir reçu par héritage le comté d’Anjou en 10G0, devait porter, de 1154 à 1185,1a couronne royale d’Angleterre.
Je dois encore mentionner, hors de la France proprement dite :
17° Le comté de Bar-sur-Aube ; 18° le comté de Bar-sur- Seine ; et 19° le comté de Tonnerre, qui relevaient tous trois de l’évêque de Langres ;
20° Le vicomté de Bourges, formé de la moitié nord-est environ du Berry et qui, depuis le temps du roi Raoul, était placé sous la mouvance directe de la couronne ;
21° La seigneurie de Bourbon-l’Archambault, dont les possesseurs, indifféremment qualifiés alors seigneur ou comte, étendaient leur autorité sur des fractions du Berry, de l’Auvergne et du diocèse d’Autun ;
22° Enfin le comté de Gévaudan, dont le titulaire possédait, outre le comté de ce nom, le comté de Velay, sous la mouvance du duc de Guyenne, et celui de Forez, encore dépendant alors du royaume de Bourgogne.
Telle était, dans ses grandes lignes, la division féodale du royaume de France au temps de Hugues Capet.
IVe LEÇON
LE COMMENCEMENT DE LA FORMATION DE L’UNITÉ FRANÇAISE SOUS LES PREMIERS CAPÉTIENS.
Coup d’œil sur le règne de Hugues Capet.
Aspirations du roi Robert vers la Lorraine. — Son refus de la couronne d Italie. — Réunion des comtés d’Avallon, d'Autun et de Dijon au domaine royal et union momentanée de la Bourgogne. — Acquisition du comté de Melun. — Stipulation du retour du comté de Sens après la mort du comte. — Efforts pour empêcher le comte de Blois de mettre la main sur les comtés de Troyes et de Meaux. — Retour du comté de Dreux.
Henri Ier cède la Bourgogne à son frère Robert. — Il donne Corbie en dot à sa sœur Adèle, comtesse de Flandre. — Retour du comté de Sens. — Héritier des aspirations paternelles vers la Lorraine, Henri n’ose les soutenir contre la dynastie Franconienne, dont les domaines confinent désormais, du nord au sud, au royaume de France.
Aux premiers temps de la dynastie capétienne, la puissance royale avait encore un caractère des plus précaires dans la plus grande partie du royaume de France alors aux mains de puissants vassaux dont l’indépendance semblait s’affirmer de jour en jour et dont il fallait, lors de certaines crises, acheter le concours ou simplement la neutralité au moyen de nouvelles concessions de fiefs. C’est ainsi qu’en 991, au plus fort de la lutte contre Charles de Lorraine qui lui disputait le trône, Hugues Capet fut contraint de donner au comte de Blois, Eudes Ier, le comté de Dreux qui, peu d’années auparavant, avait fait retour à la couronne après la mort du comte Gautier, époux de la comtesse Eve, qu’on a confondu jusqu’ici avec Gautier, comte de Vexin et de Valois.
Le pouvoir royal, alors disputé par le dernier prince de la race carolingienne, méconnu par de puissants vassaux et notamment par le comte de Périgord, Audebert, dont on connaît l’orgueilleuse réponse : Qui ta fait roi ? à la question : Qui t'a fait comte ? que lui avait adressée le roi Hugues Capet, le pouvoir royal
LE RÈGNE DE HUGUES CAPET
n’était à peu près une réalité que dans le domaine de la couronne et des seigneuries ecclésiastiques de la France proprement dite, et on ne pouvait guère entrevoir alors les brillantes destinées de la monarchie capétienne dont les chefs devaient, avec les siècles, non seulement étendre leur action directe jusqu’à l’extrême limite du royaume de Hugues Capet, mais encore unir à ce royaume la plus grande partie du royaume d’Arles ou de Bourgogne ainsi qu’une fraction importante de celui de Lorraine, réaliser en un mot l’unité française dont je me propose de retracer la laborieuse formation.
Le règne du chef de la troisième race n’est marqué par aucun fait se rapportant directement à la formation territoriale de la France, et cela n’est pas de nature à nous surprendre, puisque Hugues Capet n’occupa le trône que pendant neuf ans, dont le tiers environ, de 988 à 991, fut employé à combattre le duc Charles de Lorraine, qui prétendait au trône qu’avaient successivement occupé, de 930 à 987, son père le roi Louis d’Outremer, son frère le roi Lothaire, et son neveu le roi Louis V, que l’histoire a si légèrement flétri du surnom de Fainéant. En dehors de cette lutte où s’agitait la question de l’existence même de la dynastie capétienne, Hugues Capet ne demeura pas inactif : il lui fallut dompter de puissants vassaux qui, pi'esque dès son avènement, essayèrent de protester par la rébellion contre son élévation au trône : tels, par exemple, le comte Arnoul II de Flandre en 988 et Guillaume le Grand, duc de Guyenne et comte de Poitiers, avec lequel la paix fut conclue en 990. Il lui fallut encore, en 992, châtier les traîtres qui avaient livré l’une des places les plus importantes parmi celles qui avoisinaient le domaine royal, la ville de Melun, à Eudes Ier, comte de Blois et de Chartres. Eudes de Blois avait suborné le châtelain placé là par Bouchard de Vendôme, comte de Paris, auquel Hugues Capet, au temps où il n’était encore que duc de France, paraît l’avoir donnée après la mort du fameux Tliibaud le 1 richeur, père d'Eudes Ier, fait qui, soit diten passant, montre une fois de plus combien l’hérédité des fiefs était alors encore peu fixée. Les neuf années du règne de Hugues Capet s écoulèrent donc dans ces luttes que racontent les historiens contemporains et sans doute dans d’autres plus obscures qu’ils n’ont pas cru devoir relater.
50 FORMATION DE l’uNITÉ FRANÇAISE SOUS LES PREMIERS CAPÉTIENS
Robert le Pieux, qui succéda à Hugues Capet, son père, avait été associé au trône quelques mois à peine après l’élévation de Hugues à la royauté. Les grands du royaume firent d’abord quelques difficultés à la proposition de Hugues Capet qui prétextait de la nécessité d’assurer la succession au trône ; mais ils ne tardèrent pas à céder ; car, dès la fête de Noël 987, Robert était couronné roi dans la cathédrale de Sainte-Croix d’Orléans.
Le règne de Robert fut relativement long : à le compter seulement du jour où la mort de Hugues Capet laissa Robert seul maître de la monarchie, il n’embrasse pas moins de trente-cinq années (996-1031). Mais ce règne est assez mal connu dans ses détails et par suite peu facile à juger dans son ensemble, parce que dans les siècles qui s’écoulèrent depuis la renaissance littéraire du temps de Charlemagne, le xie siècle est peut-être, en France, celui qui a laissé le moins de productions historiques. Il est juste cependant d’ajouter que nous possédons plus d’informations contemporaines sur la première moitié du xie siècle, c’est-à-dire celle qui vit régner Robert, que sur les cinquante années suivantes. Mais quelle différence entre les œuvres qui les renferment et celles qui honorent la littérature historique des deux siècles précédents, — la Vie de Charlemagne par Einhart, les deux Vies de Louis le Débonnaire qu’écrivirent Thégan et l’Astronome limousin, l’histoire des querelles fratricides entre ses enfants qu’on doit à Nithard, les annales dites d’Einhard, de l’évêque Prudence de Troyes, de l’archevêque Hincmar et de Flodoard, l’Histoire de l’église de Reims du même Flodoard, et enfin l’Histoire de Richer — et qui, pour la plupart, sont d’une exactitude chronologique si rigoureuse ! Les deux principales sources historiques du règne de Robert sont la chronique de Raoul Glaber — nom qu’il vaut mieux rendre en français par Raoul Sans-barbe que par Raoul le Chauve — et la Vie du roi Robert écrite par Helgaud, moine de Fleury autrement dit de Saint-Benoît-sur-Loire. Or l’œuvre de Raoul, le plus considérable des deux écrits que je viens d’indiquer, bien qu’elle forme seulement un volume d’assez mincedimension, embrasse l’histoire de toutes les contrées jadis soumises à Charle-