LE ROI ROBERT
magne et à Louis le Débonnaire durant un siècle et demi, c’est-àdire depuis l’an 900 jusque vers le milieu . du xie siècle. C’est évidemment, comme on l’a déjà dit, un des monuments les plus curieux et les plus complets d’une époque qui en a si peu laissé ; mais, ainsi qu’on l’a encore remarqué, peu d’ouvrages du même temps surpassent celui de Raoul en confusion et en inexactitude. On y est incessamment transporté de France en Italie, d’Italie en Allemagne et vice versa , et les événements — qu’ils se rapportent à l’histoire générale, aux affaires religieuses, à l’histoire particulière d’une modeste église, ou même à des phénomènes naturels — sont tous placés au même plan. Il ne peut donc fournir — et ne fournit en effet — que peu de lumières sur le règne de Robert. Quant à l’œuvre de Helgaud, YEpitoma vite regis Rotberti, beaucoup plus courte que celle de Raoul Sans-barbe, je donnerai une idée de sa brièveté en rappelant qu’elle occupe à peine 19 pages in-folio du Recueil des historiens de France où elle figure au tome X. Bien qu’ayant pour objet la biographie du fils de Hugues Capet, cet écrit contient peu de faits relatifs à l’histoire politique et militaire, car, ainsi que le déclare l’auteur lui-même, il est plutôt consacré à la peinture du caractère, des mœurs et des vertus religieuses du roi Robert qu’au récit des événements de son règne. Œuvre bien précieuse en elle-même, mais dans laquelle l’histoire de la formation territoriale de la France n’a rien à prendre, œuvre dont l’auteur, en taisant de parti pris les événements politiques et militaires, pour ne parler que des vertus chrétiennes de Robert, a conduit certains historiens modernes à présenter le fils de Hugues Capet comme une sorte de moine couronné, conception fausse de la figure de ce roi, conception identique à celle que de médiocres observateurs se sont faite de saint Louis, ce grand roi du xme siècle si bon, si vertueux, si véritablement pieux, mais en même temps si ferme dans sa politique, si courageux dans la guerre. Sans doute le roi Robert, que tous les témoignages contemporains s’accordent à représenter comme un roi lettré et comme un esprit tout à fait cultivé, le roi Robert fut un mari des plus débonnaires, vivant dans la crainte des invectives de la reine Constance et n’aj'ant jamais, peut-être, devant cette acariàti'e princesse, le courage de son opinion lorsque cette opinion n’était pas partagée par son irascible épouse. Il est possible que cet époux timoré n’ait pas toujours eu une politique très ferme ; mais ce n’était pas toutefois un prince au
53 FORMATION DE l’üNITÉ FRANÇAISE SOUS LES PREMIERS CAPÉTIENS
cœur lâche. Helgaud lui-même en témoigne lorsque, vers la fin du livre qu'il consacre à la vie de Robert, il déclare laisser aux historiographes le soin de relater ce qui regarde les guerres du siècle, les « ennemis terrassés, les honneurs acquis par le courage et le talent » ; et « les historiographes, ajoute-t-il, s’il y en a et s’ils s’occupent de ces matières, trouveront à ce point de vue le père » — il s’agit de Robert — « et le fils illustres par les combats et brillants d’une gloire insigne » Le XIe siècle n’a pas produit l’historiographe auquel Helgaud laissait tout à raconter, mais tout récemment — il n’y a guère plus de quatre ans 1 — un des meilleurs élèves de l’Ecole normale et de l’Ecole pratique des Hautes Etudes, M. Pfister, aujourd’hui professeur à la Faculté des Lettres de Nancj7, a publié sous le titre : Etudes sur le règne de Robert le Pieux, un volume de 510 pages, qui constitue le travail le plus considérable qu’on ait jusqu’ici consacré à l’histoire de ce prince et dans lequel il réhabilite jusqu’à un certain degré, au point de vue politique et militaire, le second des rois de la dynastie capétienne. Dans cette œuvre qui, malgré son mérite, est encore une œuvre de débutant, l’auteur ne semble pas avoir dégagé des données fragmentaires recueillies de toutes parts le butpolitique que poursuivait le roi Robert et que je vais essayer de déterminer en étudiant de quel côté se portait l’activité rojrale.
Chose remarquable, pendant toute la durée de son règne, Robert ne paraît avoir songé à accroître le domaine royal que d’un seul côté, du côté de l’est. Presque au début de son règne, il tente la conquête du duché de Bourgogne, dont l’extrémité orientale formait une partie importante de la frontière de ses états du côté du royaume d’Arles ou de Provence, alors gouverné par le roi Rodolphe III le Fainéant, le dernier souverain de la race des Rodolphiens. Alors que s’achevait, après plus de treize ans d’une lutte souvent interrompue, la soumission du grand fief bourguignon qui donnait au domaine de la couronne Auxerre, Autun et Avallon, Robert intervenait dans le conflit qui divisait le comte de Sens Renaud II et l’archevêque Lehéry ( Leothericus ), assiégeait Sens et parvenait à assurer, pour un avenir peu éloigné, la réunion de cette ville et du Sénonais au domaine de la couronne. Vers le même temps, la mort del’évêque de Paris, Renaud de Vendôme, lui permettait de rattacher également à son domaine propre Melun,