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ASPIRATIONS DE ROBERT VERS LA LORRAINE

et le comté de cette ville qui, situés à l’est del’Etampois et au nordouest du Sénonais, venaient affermir de ce côté la puissance royale. Enfin, peu après 1019 et en 1023 au plus tard, Etienne Ier, comte de Troyes et de Meaux, étant mort sans enfants, le roiRobert, suzerain du comté de Troyes qui mouvait de la Bourgogne et du comté de Meaux qui relevait directement de la couronne, voulut s’emparer de sa succession ; mais cette fois il fut devancé par le comte de Blois Eudes II, cousin germain du comte défunt, qui, se fondant à la fois sur cette parenté, sur une promesse imprudente du roi et probablement aussi sur le fait que son père avait jadis possédé le comté de Meaux, occupa les deux comtés et leurs annexes. La lutte s’engagea alors entre le roi Robert et Eudes de Blois ; elle prit fin au bout de deux ans, en 1025, alors que des nécessités politiques de la plus haute importance pour la couronne française amenèrent le roi à se rapprocher de son vassal et à lui abandonner l’objet du litige.

L’empereur Henri II, saint Henri, le cinquième et dernier roi d’Allemagne de la maison de Saxe, étant mort sans postérité le 13 juillet 1024, le trône d’Allemagne était devenu vacant. On choisit pour l’occuper un comte franconien, Conrad le Salique, mais les royaumes annexes de Lorraine et d’Italie ne semblaient pas d’humeur, le dernier surtout, à reconnaître le dernier roi allemand. La couronne d’Italie fut offerte au roi Robert ou, à son défaut, à son fils aîné Hugues, alors âgé de dix sept ans environ et doué des plus belles qualités. Robert montra une grande prudence et — je dirai plus — un grand sens politique, en n’acceptant pas cette offre. N’était-il pas sage en effet de sa part de ne point songer à régner sur un état que le royaume rodolphien de Bourgogne ou d’Arles, c’est-à-dire une traversée de plus de quarante lieues, séparait du royaume de France? Il prêta l’oreille, par contre, aux propositions des barons lorrains qui ne voulaient point accepter pour souverain le nouveau roi d’Allemagne et parmi lesquels, avec Thierry, duc de la Lorraine mosellanne et cousin germain du roi Robert par sa mère, Béatrixde France, se trouvaient, semble-t-il, les comtes auxquels obéissaient les pays de langue romane. C’est alors que le roi Robert se rapprocha d’Eudes de Blois, héritier présomptif du roi de Bourgogne, Rodolphe III, dont il était le neveu maternel.

Malheureusement les efforts de Robert et d’Eudes de Blois pour venir en aide aux rebelles lorrains échouèrent ; d’ailleurs,

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vers le même temps, la mort prématurée de l’héritier du trône de France, le jeune roi Hugues — je dis le jeune roi parce que Hugues était associé à la couronne depuis huit années déjà — vint attrister la vieillesse du roi Robert qui, sa propre succession étant remise en question, renonça sans doute dès lors à ses projets d’agrandissements.

Ne semble-t-il pas à voir, l’empressement avec lequel Robert accepta les propositions des barons lorrains, ne semble-t-il pas que le royaume de Lorraine, auquel les derniers Carolingiens avaient eu tant de peine à renoncer, était le but non avoué de son ambition ? Tout d’ailleurs, dans les annexions ouïes tentatives d’annexion qui signalèrent le règne de Robert, paraît avoir pour but de fortifier la royauté, dans les régions qui séparaient le domaine primitif de Hugues Capet de la frontière occidentale du royaume : Melun, Sens, lé duché de Bourgogne, les comtés de Troyes et de Meaux. Tout indique l’idée de prolonger le domaine royal vers l’est, jusqu’au royaume de Lorraine auquel Robert affiche ouvertement ses prétentions en 1025.

J’estime donc que la grande pensée du règne de Robertle Pieux, que la pensée qui domine la plus grande partie des actes politiques de ce prince fut le rattachement du royaume de Lorraine à la monarchie française, et maintenant que j’ai indiqué les motifs de mon opinion il me reste à raconter les événements intérieurs qui modifièrent, au temps de Robert, la carte féodale du royaume de France.

Le premier de ces événements est, au point de vue chronologique, la guerre de succession du duché de Bourgogne qui possédé jadis' par Hugues le Grand fut gouverné de 965 à 1002 par Henri, frère puîné de Hugues Capet. Le duc Henri mourut le 15 octobre 1002, sans postérité légitime, mais après avoir adopté et désigné comme son héritier le comte Otton-Guillaume issu d’un premier mariage delà duchesse Gerberge avec Adalbert, roi d’Italie. Aussi Otton-Guillaume s’empara-t-il du duché deBourgogne après la mort de son beau-père; c’estalors que le roi Robert, propre neveu du défunt, dontil étaitpar conséquent le plus proche parent, le lui disputa. Robert n’avait point l’intention de donner un nouveau duc à la Bourgogne : il voulait confondre la dignité ducale de Bourgogne dans la dignité royale à laquelle Hugues Capet avait déjà uni celle de duc de France, en faisant entrer, par suite, dans le domaine de la couronne ledomainede

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