UNION MOMENTANÉE UE LA BOURGOGNE
son onde Henri qui comprenait les comtés d’Auxerre, d'Avallon et d’Autun. La guerre en Bourgogne ne dura pas d'abord moins de quatre ans, mais, enfin, le roi triompha. Cependant Auxerre et son comté ne demeurèrent pas au roi qui avait eu tant de peine à s’en rendre maître : ils furent alors donnés à la sœur du roi, Adèle, que Robert maria au fils d’un de ses principaux adversaires, le comte de Nevers, Landry, gendre d’Otton-Guillaume.
Si les nécessités de la politique contraignirent le roi Robert à aliéner le comté d’Auxerre en faveur d’un vassal bourguignon, ce prince resta maître immédiat des comtés d'Autun et d’Avallon auxquels, par suite de négociations avec le nouvel évêque de Langres, Lambert de Yignory, il eut l’habileté de joindre, en 1016, le comté de Dijon. qui, jusque-là, ressortissait de l’évêché de Langres.
La Bourgogne n’était pas encore complètement pacifiée lorsque les démêlés de l’archevêque de Sens, Lehéry, avec le comte Renard II, qui gouvernait, depuis l’an 1012, le comté sénonais, fournirent au roi Robert l’occasion d’intervenir en 1015, à Sens qui, alors, faisait encore partie delà Bourgogne. Robert rassembla secrètement une armée et, le 22 avril 1015, Sens fut emporté par surprise. Le comte Renard qui, pour ne pas tomber aux mains du roi, avait dû s’enfuir à demi nu, revint avec son allié, le comte Eudes de Blois, assiéger sa ville comtale. C’est alors qu’intervint un arrangement assurant, pour un avenir peu éloigné, le partage de Sens et du Sénonais entre le roi et l’archevêque de Sens : aux termes de cet arrangement, Renard II devait conserver — et il conserva en effet — la jouissance du comté jusqu’à sa mort qui arriva en 1055; c’est alors seulement que le roi de France et l’archevêque se partagèrent réellement le comté de Sens.
Vers ce même temps, c'est-à-dire en l’an 1016, l’évêque de Paris, Renaud de Vendôme, comte de Vendôme, de Melun et même, selon toute apparence, de Paris, mourait, ne survivant que neuf années à son vénérable père le comte Bouchard, dont un moine contemporain nousalaissé une vie fort intéressante '. Lecomtéde Vendôme passa alors à une nièce de l’évêque défunt issue du mariage d’Isabelle de Vendôme avec le comte d’Anjou, Foulques Nerra. Le
1. La T’te de Bouchard le Vénérable par Eudes de Saint-Maur a été publiée en dernier lieu par M. Ch. Bourel de la Roncière dans la Collection des textes pour l’étude et l’enseignement de l’histoire, en 1892.
56 FORMATION DE l’uNITÉ FRANÇAISE SOUS LES PREMIERS CAPÉTIENS
comté de Melun fut réuni à la couronne, sans doute parce qu’il fortifiait la puissance royale dans le voisinage du Sénonais dont on venait d’assurer le retour au domaine. Quant au comté de Paris, bien que le fait paraisse aujourd’hui assez bizarre, il semble avoir été laissé aux évêques de Paris, successeurs de Renaud : peut-être ce prélat avait-il légué à son église, du consentement du pieux roi Robert, ce fief que son père, le comte Rouchard, avait reçu de Hugues Capet avant que ce prince parvînt à la couronne. Toujours est-il que, dès le xie siècle, l’évêque de Paris était suzerain de la grande majorité des châtellenies comprises dans son diocèse et notamment du comté de Corbeil et de la seigneurie de Montlhéry. Je reviendrai d’ailleurs sur la situation assez extraordinaire que la féodalité du diocèse parisien fit aux premiers rois capétiens.
C’est entre 1019 et 1023 que s’ouvrit la succession d’Etienne Ier, comte de Troyes, de Meaux et de Vitry, dont les domaines s’étendaient de l’ouest à l’est, depuis Lagny-sur-Marne, à huit lieues de Paris, jusqu’audelà de Saint-Dizier (aujourd’hui compris dans la Haute-Marne) et, du nord au sud, depuis les bords de l’Aisne, au nord de Braisne (Aisne) jusqu’aux rives de l’Armançon qui arrose Saint-Florentin, au département de l’Yonne. Le roi Robert désirait vivement unir les possessions d’Etienne au domaine de la couronne qui, delà sorte, se serait étendu jusqu’aux limites de la Lorraine, du royaume de Lorraine qu il ne désespérait pas encore d’unir quelque jour au royaume de France. Malheureusement il fut devancé par le comte de Blois, Eudes II, cousin germain du défunt qui, jel’ai déjà dit, se fondant à la fois sur cette parenté et sur une promesse imprudente du roi, occupa tout au moins les deux comtés de Troyes et de Meaux et leurs annexes. Les possessions d’Eudes II faisaient de ce personnage, le plus actif et le plus belliqueux peut-être de tous les membres de la féodalité française, un adversaire redoutable même pour son suzerain le roi de France : elles se composaient en effet, après la prise de possession de l’héritage du comte Etienne Ier, de trois groupes territoriaux qui enserraient presque complètement les parties les plus importantes du domaine royal transmis par Hugues Capet à Robert ; ce que j ai d’ailleurs représenté dans une carte du royaume de France à l’avènement de Henri Ier qui forme la planche xi de mon Allas historique de la France.
Le plus important de ces groupes comprenait les comtés de