SUCCESSION DU COMTE DE TROYES
Dreux, de Chartres, de Chàteaudun, de Blois et de Tours et se prolongeant, vers le sud-est, dans le Berry, englobait Vierzon et Sancerre, encore connu alors sous le nom de Château-Gordon ; le second groupe consistait dans les comtés de Troyes et de Meaux, qui comprenaient Epernay, Château-Thierry, Vertus, Provins et Saint-Florentin, et desquels relevaient les comtés secondaires d’Oulchy, de Roucy, de Brienne et de Rosnay ; enfin le troisième groupe, situé au nord de Paris et de Senlis, était formé par le comté de Beauvais, répondant à deux anciens pagi carolingiens : le Beauvaisis et le pagns Vindoilensis. Eudes de Blois en avait pris possession après que le comte palatin Hugues de Beauvais fut tombé victime d’un assassinat. Bien que la ville de Beauvais et quelques autres portions du comté eussent été données en 1015, du consentement du roi Robert, à l’évêque Roger en échange de la seigneurie de Sancerre, la majeure partie du Beauvaisis n’en était pas moins restée, pour quelque temps encore, aux mains du comte de Blois et de ses vassaux de la région, au premier rang desquels il faut nommer le comte de Breteuil, successeur des anciens comtes du pagns Vindoilensis ou de Vendeuil.
Malgré cela, et peut-être même en raison de l’accroissement de puissance que les comtés de Troyes et de Meaux apportaient à un vassal remuant et déjà redoutable, le roi protesta par les armes contre la conduite d’Eudes de Blois : la lutte se prolongea durant deux années et ne prit fin qu’en 1025 lorsque les visées de Robert sur le royaume de Lorraine lui eurent montré la nécessité de s’assurer le concours d’un auxiliaire aussi entreprenant que le comte de Blois, en lui abandonnant l’objet du litige, c’est-àdire les deux comtés de Troyes et de Meaux.
On ignore absolument pour quel motif le comté de Vitry, qu’avait possédé le comte Etienne, passa alors au comte de Valois. C’est peut-être aux arrangements qui intervinrent à cette époque entre le roi et Eudes de Blois qu’il faut attribuer le retour du comté de Dreux au domaine royal dont il avait été distrait en 991, en faveur du comte Eudes Ier. Le comté de Dreux, situé au sud de l'Avre qui le séparait de l’Evrecin, s’étendait, du nordest au sud-ouest, depuis le château de B ré val, situé sur la limite du comté de Vexin jusqu’à la limite orientale du comté du Perche sur une longueur de 75 kilomètres ; mais ce territoire, assez vaste, n’appartenait en propre que pour une assez faible partie au possesseur du château de Dreux : tout le pays situé à l’ouest de Dreux
5S FORMATION DE l'u.XTTÉ FRANÇAISE SOUS LES PREMIERS CAPÉTIENS
— et cela constituait bien les trois quarts du Dreugesin ou comté de Dreux — appartenait à deux puissants barons, le seigneur de Brezolles et de Senonches d'une part, le seigneur de Thimer ou du Thimerais d’autre part, personnages dont le double héritage lut réuni, un demi-siècle plus tard, dans les mains du seigneur de Châteauneuf-en-Thimerais, récemment construit pour remplacer, comme chef-lieu de l’importante seigneurie du Thimerais, l'ancien château de Thimer.
Voici donc le bilan du roi Robert dans l’accroissement du domaine de la couronne : réunion au domaine royal par voie de conquête, de 1002 à 1006, des comtés d’Avallon et d’Autun ; acquisition en 1015 du comté de Dijon, possédé jusque-là par des comtes particuliers qui le tenaient de l’évêque de Langres ; annexion en 1016 du comté de Melun après la mort du comte Renaud, évêque de Paris ; annexion, en 1025 au plus tard, du comté de Dreux, possédé depuis l’an 991 par les comtes de Blois Eudes Ier, Thibaud II et Eudes II ; enfin, en 1015, stipulation de retour du comté de Sens à la couronne après la mort du comte Renaud qui survécut quarante ans à ce traité. L’union de la Bourgogne au domaine royal prit fin au lendemain de la mort du roi Robert ; toutefois le règpe de ce monarque, principalement en raison du retour de Melun, de Dreux et de Sens à la couronne, ne doit pas être considéré comme inutile à l’œuvre de la formation territoriale de la France.
Henri Ier, qui succéda au roi Robert, son père, et qui occupa le trône durant vingt-neuf ans, de 1031 à 1060, était, depuis la mort de son frère aîné, Hugues, arrivée en 1025, l’aîné des trois fils que conservait le roi Robert. Suivant le droit qui régissait la France au siècle suivant, la mort de Hugues donnait à Henri le rang d’héritier présomptif de la couronne : il n’en était point ainsi dans la première moitié du xie siècle où le droit successoral à la couronne était loin encore d’être fixé. Après le décès de Hugues, le roi Robert hésita quelque temps entre Henri et Robert, les deux plus âgés des fils qui lui restaient avant de désigner son successeur. La division se mit à ce sujet dans la maison royale où la reine Constance tenait pour Robert, le puîné, et parmi