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FORMATION DE L’UNITÉ FRANÇAISE SOUS LES PREMIERS CAPÉTIENS

famille étrangère à la maison royale. Il demeura toutefois à la postérité masculine du duc Robert jusqu’à l’an 1360 où il fut réuni une première fois à la couronne par le roi Jean. J’ajouterai encore que la race ducale issue de Robert et à laquelle est dû l’accroissement du domaine et du pouvoir des ducs de Bourgogne, n’eut, à aucun moment de sa longue carrière, de défaillance au point de vue français, qu’elle ne pactisa jamais avec l’empereur d’Allemagne devenu possesseur, en 1033, du royaume d’Arles, et qu’en aucune occasion elle ne prit les armes contre son suzerain le roi de France. Elle se borna, en 1187, à défendre le duché contre une expédition de Philippe Auguste, intervenant en Bourgogne en faveur d’un vassal révolté, le seigneur de Vergy. Quelques uns des rejetons du duc Robert ne se contentèrent pas du rôle de sujets fidèles et loyaux de la royauté et répandirent hors des frontières du royaume la gloire du nom national et des idées françaises : tels par exemple les ducs Hugues Borel et Eudes Borel, petits-fils de Robert qui, avec une grande partie de la chevalerie bourguignonne, allèrent successivement, le premier en 1078, le second en 1087, secourir les rois chrétiens de Navarre et de Castille menacés par une recrudescence des invasions musulmanes ; tel aussi leur plus jeune fi'ère, Henri de Bourgogne qui, uni en mariage à l’infante Thérèse, fille naturelle du roi de Castille, Alphonse VI, conquit sur les Maures le comté de Portugal et fut la tige de la maison royale qui régna sur le Portugal jusqu’en 1853 et que représentait encore le dernier empereur du Brésil, Don Pedro d’Alcantara.

Cette riche dotation d’un cadet de la maison de France appauvrissait considérablement le domaine si laborieusement accru par le l'oi Robei't ; et ce cadet, gi’âce aux menées de sa mère, était si bien poui'vu qu’on ne pouvait donner un semblable établissement à Eudes, le plus jeune des frères de Henri Ier. On ne semble même point avoir songé à lui donner le plus mince apanage et il ne paraît pas, d’autre pai’t, qu’on ait pensé à lui ci'éer une position digne d’un fi’ère du roi en lui faisant épouser l’héritièi'e de quelque fief important. Peut-être d’ailleui's, comme l’ont dit des annalistes qui écrivaient un siècle plus tard, était-il d’une intelligence plus que médiocre ? Toujours est-il que le pauvre prince déshéi’ité paraît avoir servi d’instrument, en 1041, aux comtes de la maison de Blois, Thibaud III et Etienne II, révoltés avec d’autres barons et qui firent luire à ses yeux l’espoir de rempla-

CORBIE DOT d’aDÈLE DE FRANCE

cer Henri sur le trône de France. Vaincu et fait prisonnier, Eudes fut durant quelque temps emprisonné à Orléans. Il reparaît plus tard à la cour de son frère et, en 1054, il commande l’armée royale qui envahit la Normandie. Mais, dans son dénùment, il paraît avoir contracté des habitudes de rapine et les moines de Saint-Benoît-sur-Loire prétendaient que leur bienheureux patron l’avait frappé d’une maladie mortelle parce qu’il avait injustement exigé les droits de gîte et de procuration — c’est-à-dire de repas — dans un des villages de cette abbaye.

Cette lamentable histoire d’un petit-fils de Hugues Capet montre combien étaient alors négligés, en raison sans doute de la pauvreté du domaine, les intérêts d’un prince à la fois fils et frère de roi. Néanmoins, en ce temps où un fils de France était presque réduit à la mendicité, le roi Henri Ier, mariant sa sœur Adèle avec le comte de Flandre, Baudouin V, lui donnait en dot la seigneurie de Corbie sur la Somme, que Philippe Ier fit rentrer dans le domaine royal une quarantaine d’annéesplus tard.

Ainsi, au début du règne de Henri Ier, le domaine royal perdait les comtés de Dijon, d’Avallon et d’Autun abandonnés au nouveau duc de Bourgogne, et Corbie que le comte de Flandre acquérait à la faveur de son union avec la sœur du roi. Ces aliénations ne furent malheureusement compensées, sous Henri Iar, par aucune conquête ni par aucune acquisition, à moins qu’on ne tienne compte du comté de Sens qui, conformément aux stipulations de 1015, fut uni à la couronne après la mort du comte Renard II, en 1055, mais que le redoutable comte de Blois et de Troyes, Eudes II, posséda pendant les premières années du gouvernement de Henri Ier, grâce peut-être à la complicité de la reine Constance. J’ajouterai que l’intervention d’Eudes dans les affaires du comté de Sens est peut-être le point de départ de la suzeraineté que le comte de Champagne exerça à partir de ce moment, semble-t-il, sur le comté de Joigny, formé d’un démembrement de l’ancien comté de Sens dont il occupait l’extrémité méridionale.

Ce fut le seul gain qu’apportèrent les vingt-neuf années du règne de Henri Ier, mais ce gain était loin de balancer les pertes essuyées parle domaine royal. Est-ce à dire que Henri fut un prince indolent et qu’il faille croire, en ce qui le concerne du moins, l’auteur d’une chronique angevine écrite de son temps où l’on parle avec mépris du « roitelet Henri ( regulus ) qui ne dégénère pas de l’iner-

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u tie de son père le roi Robert» 1 ?Non sans doute, et ce jugement de quelque moine d’un monastère de l’Anjou doit être expliqué. Si la puissance royale reste à peu près stationnaire durant le règne de Henri Ier, ce prince n’en montra pas moins une certaine activité militaire et plus d’une chronique, à l’occasion de sa mort, fait l’éloge de ses qualités guerrières. Mais le bruit des guerres qu’il entreprit, le plus souvent pour châtier d’assez obscurs barons voisins du domaine royal, ne se répandait pas bien loin et les modestes victoires qu’il remporta plus d’une fois n’illuminèrent pas son front d’une bien vive auréole de gloire. A l’exemple du roi Robert, son père, Henri Ier pensait au royaume de Lorraine, toujours soumis au monarque allemand, et à cette frontière du Rhin qui le limitait au nord-est, et il projeta un moment, en 1047, de marcher avec une armée sur Aix-la-Chapelle, tandis que le roi teuton Henri III allait réclamer en Italie la couronne impériale. Neuf années plus tard, en 1056, dans une entrevue qui eut lieu à Ivoy (aujourd’hui Carignan) avec ce même Henri III, il l’accusa publiquement de détenir une partie du royaume de France «enlevée par ruse, disait-il, à ses ancêtres » : c’est ainsi qu’il parlait du royaume lorrain. Toutefois le pauvre roi français ne se sentait pas la force de tenter une action militaire contre le puissant souverain qui régnait à la fois sur l’Allemagne, sur le royaume de Lorraine, sur le royaume d’Arles et sur l’Italie. Il fit bien sans doute dans l’intérêt du pays qu’il gouvernait, mais la crainte que lui inspirait une entreprise aussi aventureuse qu’une guerre avec la puissante Allemagne d’alors fut peut-être pour quelque chose dans le mépris que professait pour lui l’auteur de la chronique angevine dont je parlais tout à l’heure.

La situation de la France vis-à-vis delà dynastie franconienne était plus précaire qu’elle ne l’était naguère en face de la puissante maison de Saxe. En effet, par suite de la prise de possession du royaume d’Arles et de Bourgogne par Conrad le Salique après la mort de Rodolphe III, le royaume de France confinait désormais, du nord au sud, aux pays dépendant de l’Empire, alors que, sous les empereurs de la maison de Saxe, il n’était

1. Le texte qui contient ces expressions a été reconnu, depuis lors, pour être un recueil d’Annales de Vendôme et publié par M. Louis Halphen, Recueil d' Annales angevines et vendômoises, p. 58. (Collection de textes pour servir à l’étude et à l’enseignement de l’histoire.)

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