LA FRANCE ET L’EMPIRE
contigu à l’Empire que de l’embouchure de l'Escaut aux Monts Faucilles. C’était en vain que celui que je vous ai déjà désigné comme le plus remuant, et le plus audacieux des vassaux du roi capétien, le puissant Eudes II, comte de Blois et de Troyes, avait à deux reprises difféi'entes disputé l’héritage de son oncle maternel, le roi Rodolphe III, à Conrad le Salique : devenu maître, en 103(5, de la plus grande partie du royaume de Bourgogne, Eudes pensa pouvoir y joindre le royaume de Lorraine et domina ainsi sur toute cette partie de la Gaule qui, après le traité de Verdun, avait obéi à l’empereur Lothaire ; mais la fortune lui fut contraire et il périt le 15 novembre 1037, non loin de Verdun, dans une bataille contre le duc de Lorraine, Gothelon.
En assurant pour longtemps aux Césars allemands la suprématie sur la partie orientale de l’ancienne Gaule, l’échec du comte Eudes de Blois fut sans doute un désastre au point de vue de la domination des races latines sur cette région. Pourtant ce fut peut-être le salut pour la nouvelle dynastie française. Par le fait même qu’il aurait eu pour souverain l’un des plus puissants vassaux du roi de France et celui dont les liefs français enserraient de toutes parts le domaine royal, l’état que le comte Eudes essaya de former par l’union des anciens royaumes de Lorraine et de Bourgogne, aurait constitué, pour la monarchie capétienne, alors que le pouvoir royal était encore assez peu assuré, un danger qui l’eût menacée jusque dans son existence ; car la guerre qui n’aurait probablement pas tardé à éclater entre le nouveau roi de Lorraine et de Bourgogne et le roi de France, aurait pu favoriser un retour offensif des Allemands sur le territoire de la Gaule et faciliter Tabsorption du royaume capétien par l’Empire germanique.
J’ai rappelé, aussi complètement que le permettent les textes historiques très fragmentaires du xie siècle, les vicissitudes territoriales du royaume de France sous les trois premiers rois capétiens. Le court règne de Hugues Capet avait été employé tout entier à consolider le trône en le défendant contre un compétiteur, le dernier héritier mâle de la race carolingienne et en combattant les barons hostiles au nouvel état de choses. Mais pendant les soixante-quatre années que durèrent les deux règnes suivants, ses successeurs qui n’avaient plus à lutter contre des prétendants furent plus libres que lui de fortifier le pouvoir royal en augmentant le domaine de la couronne. Celui-ci s’accroît et se renforce
64 FORMATION DE l’uNITÉ FRANÇAISE SOIJS LES PREMIERS CAPÉTIENS
lentement aux environs de Paris et d’Orléans. Dans les remaniements territoriaux qui se sont opérés, le comté de Melun est venu grossir le groupe principal du domaine primitivement composé de l’Orléanais et de l’Etampois. Le comté de Dreux et le comté de Sens sont venus former deux nouveaux îlots dont le premier était situé à peu de distance à l’ouest du château de Poissy, tandis que le second, le comté de Sens, était presque contigu au comté de Melun dont le séparait seulement la châtellenie de Montereau-faut-Yonne rattachée au comté de Troyes. Mais à ces accroissements s’oppose la perte de ce que, à la fin du siècle suivant, on appelait le comté de Corbie, c’est-à-dire Corbie et son territoire donnés en dot à Adèle, fille du roi Robert, lors de son mariage avec le comte de Flandre. En outre les rois capétiens doivent abandonner pour un temps le rêve d’annexer des contrées qui, comme la Bourgogne si voisine maintenant du centre politique de la France, en paraissaient alors fort éloignées par suite du triste état des grandes routes.
Enfin, même en ce qui concernait les pays avoisinant Paris et Orléans, il y avait beaucoup à faire pour que la royauté en devînt maîtresse incontestée. Ce sera l’œuvre des deux successeurs de Henri Ier, l’œuvre de Philippe Ier et surtout de Louis le Gros.