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V° LEÇON

PHILIPPE Ie>- ET LOUIS VI LE GROS.

La grande féodalité et la jeune royauté capétienne.

Essor pris par le nom français dans le monde au xis siècle. — Conquête de l’Angleterre, de l’Italie méridionale et de la Sicile par les Normands. — Conquête du Portugal, par Henri de Bourgogne. — Fondation du royaume de Jérusalem, du comté de Tripoli, de la principauté d’Antioche, du comté d’Edesse. — Rayonnement de la littérature française à l'étranger. — Tranquillité relative du règne de Philippe Ier. — Modifications du domaine royal sous Philippe Ier : annexions du Gûtinais, de Corbie, du Vexin français et de la vicomté de Bourges; aliénation d’Attigny donné en dot à Constance de France ; concessions passagères de la châtellenie de Mantes à Philippe, fils adultérin de Philippe Ier, et du Vexin à Guillaume Clilon.

Luttes de Louis le Gros contre les barons de la France propre et de l’Aquitaine et défense du royaume contre Guillaume le Roux et Henri Beauclerc.

Singulière situation de la royauté à Paris. — Prise et réunion au domaine royal de Montlhéryet du comté de Corbeil. — Accroissement du Gûtinais et de l’Orléanais par l’achat des châtellenies de Moret, du Châtelet, de Boësses, d’Yèvre et de Chambon. — Etablissement de la suprématie de l'autorité royale.

Lorsque à peine âgé de huit ans, Philippe Ier succède, le 4 août 1060, sous la régence du comte de Flandre, au roi Henri son père, qui l’avait fait sacrer à Reims quatorze mois auparavant, la royauté française commençait à être assez solidement assise pour n’avoir pas trop à redouter les dangers que la présence d’un roi mineur sur le trône pouvait lui faire courir. Le jeune roi avait pour protecteur officiel son oncle par alliance, le puissant marquis de Flandre, Baudouin V, petit-fils de cet Arnoul II que Hugues Capet avait dû combattre au début de son règne, et personne, parmi les barons français, ne semble avoir protesté, ni contre l’avènement du jeune prince, ni contre la tutelle exercée par le comte de Flandre : il ne paraît même

PHILIPPE Ier ET LOUIS VI LE GROS

pas que le duc de Bourgogne, Robert, oncle paternel du jeune roi et le dernier survivant des fils de Robert le Pieux, ail songé un instant à réclamer la régence.

Tout danger fut donc écarté, et cependant la maison capétienne avait des ennemis redoutables ; mais, sans doute empêchés alors, ils ne tentèrent pas de profiter de la minorité du jeune roi pour attaquer la royauté. Ce n’était pas d’ailleurs du côté de la maison de Blois, comme à la fin du règne de Robert et au début du règne de Henri Ier, qu’était le plus grand péril pour la monarchie. La mort tragique de l’ambitieux comte Eudes II en 1037 avait porté un terrible coup à la puissance de cette maison ; ses deux fils, dont l’aîné Thibaud III vivait encore lors de l’avènement de Philippe Ier, moins brillants à coup sûr que leur devancier, avaient été vaincus par Henri Ier, dans une lutte désastreuse pour leur fortune féodale, après laquelle Thibaud III avait dû abandonner le comté de Tours, à charge d’hommage, il est vrai, à son ennemi héréditaire, le comte d’Anjou. Le péril pour la monarchie résidait surtout dans l’hostilité, toute récente à la vérité, qui existait entre la royauté française et le duc de Normandie.

Les ducs de Normandie avaient été, durant les soixante premières années de la dynastie capétienne, les alliés les plus sûrs, les soutiens les plus dévoués de la nouvelle royauté. Lors de l’élévation de Hugues Capet au trône, le duc Richard Ier, que Louis d’Outremer avait jadis voulu dépouiller de l’héritage paternel et qui n’avait guère eu non plus à se louer de la conduite du roi Lothaire à son égard, le duc Richard vivait encore,, et le souvenir des rudes épreuves de son enfance contribua sans doute à lui faire accepter plus rapidement qu’à la plupart des autres marquis français lâ nouvelle dynastie dont il fut dès lors le plus ferme appui, notamment en 992, lorsque Hugues Capet et Robert voulurent reprendre la ville de Melun sur le comte de Blois, Eudes Ier, auquel un traître l’avait livrée. Richard II, Richard le Bon, qui succéda à Richard Ier en 996, c’est-à-dire l’année même de la mort de Hugues Capet, fut aussi dévoué à Robert que son père l’avait été au roi Hugues, et il seconda son royal suzerain, en 1003, dans l’expédition de Bourgogne et, en 1006, au siège de Valenciennes. A son tour, le duc Robert, second fils et second successeur de Richard II, montra, au début du règne suivant, le

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