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ŒUVRE DE LA RACE CAPÉTIENNE

état ne différaient pas sensiblement de celles de la France actuelle, si ce n’est vers l’est ; du côté de la Lorraine, en effet, il n’atteignait pas toujours la Meuse et, plus au sud. il ne dépassait sur aucun point la Saône, ni le Rhône, dont la rive droite ne lui appartenait pas exclusivement.

Lors de la substitution de la maison capétienne à la dynastie issue de Charlemagne, le pouvoir royal était bien précaire. La royauté française ne pouvait alors prétendre à une figure bien brillante dans le monde. La puissance royale ne s’exercait directement que sur une infime partie du territoire français, et surtout dans le pays entre Seine et Loire, de Paris à Orléans. Partout ailleurs, hormis dans les seigneuries ecclésiastiques, comme celles de l’archevêque de Reims et des évêques de Beauvais, de Noyon, de Laon, de Châlons-sur-Marne et de Langres, que l’exercice du droit de régale replaçait momentanément, à chaque vacance du siège épiscopal, sous l’autorité du roi, le pouvoir royal était presque nul. Aussi les premiers rois capétiens usèrentils leur vie dans des luttes obscures et sans gloire : leur œuvre particulière, en cette grande œuvre de la formation de l’unité française, fut de consolider la royauté dans le Parisiset dans les pays voisins, en assurant les communications entre Orléans et Etampes, d une part, Paris de l’autre. La réalisation de cet idéal, qui aujourd’hui nous semble bien mesquin, exigea près d’un siècle et demi de sérieux efforts, et ce fut Louis le Gros, le quatrième successeur de Hugues Capet, qui y mit la dernière main. Les diverses parties de la France avaient, d’ailleurs, depuis l’intronisation définitive des Capétiens, beaucoup gagné en cohésion et en solidarité : on le vit bien lorsque, en 1125, toute la France féodale se leva, frémissante et armée, à la menace d’une invasion allemande.

La lutte contre la monarchie anglo-normande, aux xne et xme siècles, peut être considérée comme la seconde phase du développement de l’unité française. Le roi d’Angleterre Henri II, joignant par son mariage avec Aliénor de Guyenne, épouse répudiée de Louis le Jeune, l’héritage de la maison de Poitiers à ceux des maisons d’Anjou et de Normandie, domine sur un tiers environ de la France, dont le littoral septentrional et occidental lui appartient tout entier, depuis l’embouchure de la Bresle, qui limite la Normandie du côté de la Picardie, jusqu'à la frontière espagnole au delà de Bayonne. La royauté française mena

LES FACTEURS DE l'ukITÉ FRANÇAISE

résolument cette lutte : elle y gagna la Normandie, le Maine, l’Anjou, la Touraine, le Poitou, la Saintonge et l’Aunis, sans compter l’hommage direct de la Bretagne, des comtés de la Marche et d’Angoulême, des vicomtés de Thouars et de Limoges, des seigneuries de Chàteauroux et d’Issoudun, du comté d’Auvergne qui, lui-même, fut bientôt confisqué et réuni au domaine, et de beaucoup d’autres fiefs importants. L’œuvre de Philippe Auguste, œuvre que saint Louis consolida, en 1258, par un traité avec le roi d’Angleterre, ne se borna pas là. Sous Philippe Auguste, ou peu de temps après lui, grâce aux conséquences de sa politique, le domaine royal reçut de sérieux accroissements au nord, au nord-est et au sud, par suite de l’affaiblissement ou de la suppression de plusieurs grands fiefs : l’Artois, l’Amiénois, le Vermandois, le Valois et l’ancien marquisat de Gothie, qu’on désignait alors sous le nom de duché de Narbonne, furent joints au domaine royal.

Vers la fin du xme siècle, Philippe le Bel, le quatrième des successeurs de Philippe Auguste, devient maître, par mariage, du comté de Champagne situé à la limite orientale du royaume, que ce fief dépassait même sur quelques points. C’est alors que le regard de nos rois commence à se porter vers le Rhin. Les rois de France semblent vouloir reconstituer, sous leur sceptre, l’unité de l’ancienne Gaule ; mais leurs efforts sont entravés, arrêtés par la guerre de Cent Ans, c’est-à-dire par les Anglais qui menacent l’indépendance française.

Le danger écarté, l’on sait au prix de quels efforts, — et nous atteignons alors le milieu du xve siècle, — nos rois tournent de nouveau leur regard vers l’extrémité orientale de l’ancienne Gaule. Au Dauphiné, qu’ils ont acquis un siècle auparavant, ils joignent bientôt la Provence que leur a léguée le dernier représentant mâle de la seconde maison d’Anjou, et ils unissent momentanément la Franche-Comté à la couronne.

La lutte contre la maison d’Autriche, héritière de la maison de Bourgogne, semble arrêter un moment l’essor de la royauté. La frontière septentrionale rétrograde: le royaume de France perd la rive gauche de l’Escaut, c’est-à-dire la Flandre; il perd aussi l’Artois, et ces deux provinces, naguère tenues en fief du roi deFrance par le duc de Bourgogne, deviennent indépendantes sous le gouvernement du roi d’Espagne, dès lors maître de tous les Pays- Bas. Mais le xvic siècle n’est pas complètement stérile pour

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