ŒUVRE DE LA RACE CAPÉTIENNE
l’accroissement territorial de la France : la conquête des Trois- Evêchés, c’est-à-dire la conquête sur l’empire germanique du temporel des évêques de Metz, de Toul et de Verdun qui enserre en quelque sorte les duchés de Lorraine et de Bar, par Henri II ; l’acquisition définitive des possessions territoriales du duc de Savoie, situées sur la rive droite du Rhône, par Henri IV, constituent une marche en avant qui présage des conquêtes ultérieures. 11 convient encore de ne pas oublier que l’avènement de Henri IV compléta notre frontière pyrénéenne, vers le sud-ouest, par la réunion de la Basse-Navarre et du Béarn sur lesquels régnait le chef de la maison de Bourbon.
La politique et les conquêtes des successeurs de Henri IV donnèrent à la France une partie de la ligne du Rhin, c’est-à-dire l’Alsace à laquelle vinrent se joindre la Franche-Comté d’abord, la Lorraine ensuite, tandis que la conquête de l’Artois, de la Flandre occidentale et d’une portion du Hainaut effaçait une partie des funestes résultats des traités de Madrid et de Cambrai. La conquête du Roussillon et de ses annexes compléta, vers le midi, les frontières naturelles de la France. Enfin, en 1768, la Corse entra dans la famille française.
Notre pays atteignit ainsi peu à peu les limites qu’il a gardées de 1815 à 1860, après que deux invasions successives lui eurent ravi les conquêtes des armées républicaines qui avaient rattaché à la France toutes les contrées comprises entre le Rhin, les Alpes, la Méditerranée, les Pyrénées et l’Océan, c’est-à-dire la totalité de l ancienne Gaule, exception faite de la Suisse. On n’eut garde toutefois de lui enlever en 1815 deux territoires enclavés dans la France d’avant 1789, le Comtat Venaissin demeuré au pouvoir du pape jusqu’en 1791, et le comté de Montbéliard.
Lorsqu’on considère cette merveilleuse histoire de la formation de l’unité française, la pensée se reporte involontairement sur les deux tronçons orientaux de l’empire de Charlemagne, et l’on se demande pourquoi le royaume assigné en 843 par le traité de Verdun à Charles le Chauve a pu, de si bonne heure, former un état fortement uni, alors que l’Allemagne et l’Italie, détachées comme lui du vaste empire carolingien, n’ont pu réaliser que de nos jours l’unité à laquelle les patriotes de l’un et de l’autre paj's aspiraient depuis si longtemps.
La réponse est facile. L’unité de la France est l’œuvre de la dynastie capétienne, de cette dynastie qu’une loi successorale,
LES FACTEURS DE l’üNITÉ FRANÇAISE
écartant du trône les femmes et leur descendance, a maintenue à la tète de notre pays jusqu’à la Révolution. « Cette transmission « invariable de la couronne dans la ligne masculine, dit Michèle let, a donné plus de suite à la politique de nos rois. Elle a « balancé utilement la légèreté de notre oublieuse nation. » Au contraire, l’Allemagne, à laquelle ses souverains avaient uni les royaumes de Lorraine, d'Arles et même celui d’Italie, vit s’éteindre successivement trois dynasties impériales. Chacune d’elles avait gardé lepouvoir durant un siècle environ et le principe héréditaire semblait l’emporter sur le principe électif auquel toutes trois avaient dû leur élévation ; mais les deuxième et troisième dynasties impériales, c’est-à-dire les empereurs franconiens et les empereurs souabes, usèrent leur forces dans la lutte contre la Papauté, et la chute des derniers fut le point de départ’du Grand Interrègne, crise redoutable qui se prolongea durant vingt ans. Toutefois, l’unité morale de l’Allemagne empêcha sa dissolution complète, et la royauté allemande, restaurée en 1272 parRodolphede Habsbourgetdorénavant appuyée principalement sur la fortune territoriale des empereurs, fut maintenue comme clef de voûte de l’édifice complexe que formaient les membres du Saint Empire. Moins heureuse encore que l’Allemagne, l’Italie, constamment tiraillée d’une part par les empereurs allemands qui ne veulent pas que le nom de Saint Empire Romain soit un vain titre, de l’autre par la Papauté qui entend maintenir son indépendance, l’Italie demeure morcelée, impuissante et, malgré ses aspirations continuelles vers la liberté et vers l’unité, voit, sans espoir de salut, se perpétuer ce déplorable morcellement jusqu’à la Révolution, ou, pour mieux parler, jusqu’à nos jours.
Il est incontestable que la fixité de la dynastie est une des choses qui ont le plus contribué, en France, par la perpétuité des traditions politiques, à former et à sauvegarder l’unité française. Mais cette régularité dans l’ordre successoral, cette fixité, cette netteté à laquelle nos esprits sont habitués, n’existaient pas dans le droit du xie et du xne siècle. Grâce à la reculée des temps, il nous semble que cette belle lignée des Capétiens se succéda le plus naturellement du monde. Rien, cependant, n’était à l’origine aussi imparfaitement réglé que la succession au trône de France.
Tout d’abord, le principe de l’hérédité n’était même pas com-