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ANNEXION DU GATINAIS

années du règne de Philippe Ier, fut en somme presque aussi favorable à l’accroissement du domaine royal que les longues guerres qui avaient signalé le règne de Robert le Pieux. C’est en effet à Philippe Ier doué, il faut bien le reconnaître, d’un certain sens politique, que le domaine de la couronne fut redevable du comté de Gâtinais, de Corbie et de son territoire recouvrés sur le comte de Flandre, du comté de Vexin et de cette moitié nordest du Berry qui formait l'importante vicomté de Bourges, c’est-àdire d’acquisitions qui, toutes, venaient renforcer ou reconstituer le domaine des premiers rois capétiens.

Le comté de Gâtinais, dont la petite ville de Chàteau-Landon (aujourd’hui chef-lieu de canton de l’arrondissement de Fontainebleau) était le lieu le plus considérable, comprenait toute cette portion de l’ancien diocèse sénonais qui sépare le comté de Sens, uni à la couronne depuis 1055, de l’Etampois ou pays d’Etampes qui faisait partie du patrimoine des premiers rois capétiens, et il confinait, vers le sud-ouest, à cette' autre partie du domaine royal qu’on appelait l’Orléanais. Aucun comté n’était donc plus à la convenance des successeurs de Hugues Capet. Possédé à la fin du x* et au commencement du xie siècle par des comtes particuliers, sur lesquels on ne connaît presque rien en dehors des noms de Geoffroy ou d’Aubry, sous lesquels les désignent les rares chartes où ils figurent, le Gâtinais n’avait pas d’histoire sous ces dynastes peu connus et semblait destiné à échapper à l’action directe du roi, tant que se perpétuerait la famille comtale qui le gouvernait paisiblement et obscurément. Mais l’un de ces comtes, Aubry le Tors — c’est du moins ainsi que semble devoir être traduit le nom Albericus Contractus delà Chronique de Saint- Maixent — ayant épousé une fille du fameux Foulques Nerra, comte d’Anjou, contemporain du roi Robert, il en résulta que les deux fils issus de son mariage, Geoffroy le Barbé et Foulques le Réchin, étaient en 1060 seuls héritiersde leur oncle maternel, le puissant comte Geoffroy Martel qui, outre son comté d’Anjou, possédait la Touraine, qu’il tenait en fief du comte de Blois sur qui il l’avait conquise en partie, et la Saintonge pour laquelle il était le vassal du comte de Poitiers, duc d’Aquitaine. Geoffroy Martel, en mourant sans postérité en 1060, laissa l’Anjou et la Saintonge à l’aîné de ses neveux Geoffroy le Barbé, sous la condition que celui-ci abandonnerait à son plus jeune frère, Foulques le Réchin, le Gâtinais et la Touraine. Les deux nouveaux comtes ayant

PHILIPPE Ier ET LOUIS VI LE GROS

pris chacun possession de son lot, Foulques ne tarda pas à se montrer mécontent du sien et à conspirer pour déposséder Geoffroy de l’Anjou. La lutte entre les deux frères dura huit années. Enfin, en 1068, Geoffroy le Barbé tomba pour la seconde fois aux mains de Foulques, qui le tint captif jusqu’à la fin de ses jours ou tout au moins jusqu’en 1096. C’est après la capture de Geoffroy, c’est-àdire vers 1069, que le roi Philippe, faisant mine d’intervenir à main armée contre Foulques, parvint à se faire céder le comté de Gâtinais qui, au xme siècle, était représenté dans le domaine royal par les châtellenies de Château-Landon, de la Chapelle-la-Reine, de Lorrez-le-Bocage et de Lorris.

C’est environ cinq ans plus tard, c’est-à-dire en 1074, que Philippe enleva au comte de Flandre, Robert le Frison, la ville et le territoire de Corbie donnés en dot, une quarantaine d’années auparavant, à la mère de ce puissant vassal, Adèle de France. Il entra en grande pompe dans la ville abbatiale et se fit jurer fidélité par les habitants, qui furent exposés pendant quelque temps aux déprédations du comte de Flandre.

Bientôt après s’ouvrait la succession de Simon, comte de Valois, de Vexin, d’Amiens, de Montdidier, de Vitry-en-Perthois et de Bar-sur-Aube. Trois années auparavant, ce baron avait recueilli l’héritage de son père, le comte Raoul III, qui, par une rare fortune, avait pu unir au petit comté de Valois, le seul que lui eût laissé son père, les cinq autres comtés que je viens de nommer ; mais, impressionné par la vue du cadavre de Raoul qu’il faisait exhumer de Montdidier pour le transporter à Saint- Arnoul de Crépy, Simon prit l’habit religieux au monastère de Saint-Oyand ou de Saint-Claude, dans le Jura. Le comte Simon laissait des sœurs, dont l’une était l’épouse du comte Herbert IV de Vermandois, tandis que l’autre avait pour mari Barthélemj^ comte de Bro3œs, d’une illustre maison champenoise. Cette dernière ne paraît pas avoir eu part dans l’héritage de son frère, tandis cjue la comtesse de Vermandois apportait à son mari les comtés de Valois et de Montdidier. Les comtés de Vitry-en- Perthois et de Bar-sur-Aube, situés à l’orient ducomtéde Troyes, passèrent, — on ne sait pourquel motif, la raison de convenance n’étant pas suffisante — au comte de Troyes et de Meaux, Thibaud III, fils et héritier du fameux Eudes II, qui avait disputé à Conrad le Salique les couronnes de Bourgogne et de Lorraine. Le comté d’Amiens devint la propriété d’un nouveau comte du

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