‹ La Formation de L'unité FrançaiseChapitre 33 sur 188 · ANNEXION DU VEXIN FRANÇAIS · texte numérisé non relu

ANNEXION DU VEXIN FRANÇAIS

nom d’Yvon. Enfin le comté de Vexin fut joint par Philippe au domaine royal, j’ignore en vertu de quels arrangements. Le comté de Vexin, c’est-à-dire le Vexin français, situé à l’ouest de la châtellenie royale de Poissy, s’étendait alors, entre l’Epte et l’Oise, sur les deux rives de la Seine, beaucoup plus toutefois sur la rive droite ou septentrionale du fleuve que sur la rive gauche. Mantes et Pontoise, toutes deux aujourd’hui sièges de souspréfectures du département de Seine-et-Oise, étaient alors les chefs-lieux de deux châtellenies comtales, et c’est à la possession de la première de ces villes que les comtes de Vexin devaient la qualification de comtes de Mantes, sous laquelle ils sont fréquemment désignés au xie siècle. Clermont-en-Vexin, aujourd’hui chef-lieu d’un canton de l’arrondissement de Beauvais (Oise), était alors le centre d’une importante seigneurie particulière qui mouvait du comté de Vexin. Les rois de France succédèrent, en 1077, à tous les droits du comte de Vexin, entre autres à celui d’avoué — c’est à dire de représentant féodal — de l’abbaye de Saint- Denis, et c’est à ce titre qu’ils portèrent l’Oriflamme comme l’avaient portée les comtes leurs devanciers : c'est du moins ce que reconnut, par un acte authentique de l’an 1124, le roi Louis le Gros. Suivant le diplôme royal, d’accord en cela avec la Vita Ludovici grossi regis écrite par l’abbé Sug'er, le comté de Vexin aurait relevé de l’abbaye de Saint-Denis ‘, affirmation fort respectable sans doute, mais qui empêche l’historien de comprendre en quoi consistait la suzeraineté du Vexin français cédée, en 1032, au duc Robert de Normandie et reprise quelques années plus tard par le roi Henri. Le Vexin français n’avait pas été réclamé par Guillaume le Bâtard devenu roi d’Angleterre, tant qu'il s’agissait seulement d’une suzeraineté qui, sans doute, ne rapportait que peu de chose au seigneur dominant. Il en fut autrement lorsque le comté eut été uni au domaine de la couronne, et c’est, au dire d’Orderic Vital, pour se mettre en possession du Vexin français que le roi Guillaume entreprit, en 1087, la campagne dans laquelle il incendia Mantes et qui lui coûta la vie 1 2. Revendiqué par Guillaume le Bâtard, le Vexin le fut aussi dix ans plus tard,

1. Luchaire, Louis VI le Gros, Annales de sa vie et de son règne, p. 160, n° 348

2. Orderic Vital, Historia ecclesiastica, livre VII, chap. xtv, éd. Le Prévost, III, p. 223.

PHILIPPE Ier ET LOUIS VI LE GROS

en 1097, parle fils de ce prince, Guillaume le Roux, qui lui avait succédé sur le trône d’Angleterre.

Ce fut seulement dans la dernière partie de son règne que Philippe Ier acquit la vicomté de Bourges, qui, je l’ai déjà dit, représente la moitié nord-est de l’ancienne province de Berry . La vicomté de Bourges était située au sud de l’Orléanais et, si elle n’était point contiguë au domaine royal, n’en était séparée que par une bande de territoire de trois ou quatre lieues seulement faisant partie des possessions de la maison de Blois. Elle appartenait depuis peu au seigneur de Dun, Eudes Arpin, du chef de sa femme Mahaut de Sully, et Arpin, qui se disposait à rejoindre en Terre Sainte les héros de la première Croisade, la vendit, en l’an 1100, au roi Philippe moyennant 60.000 sous d’or. Antérieurement à cet achat, qui donna au domaine royal les deux importantes châtellenies de Bourges et de Dun (aujourd’hui Dun-le- Roi), celle-ci située sur les confins de la puissante seigneurie de Bourbon, le roi de France ne possédait aucun château au delà de la Loire, région où, jusque là, son autorité avait été purement nominale.

En regard de ces acquisitions qui augmentaient le domaine dans une proportion considérable, l’histoire ne peut signaler que des aliénations sans importance ou d’un caractère éphémère, et cependant le roi Henri Ier avait laissé deux fils. Mais Philippe sut procurer à son frère puîné un établissement digne de lui sans grever aucunement le patrimoine des rois de France. Ce frère qu’on nommait Hugues le Maine, c’est-à-dire Hugues le Grand (Hugo Maçjnus), épousa Alix, fille et héritière du comte Herbert IV de Vermandois qui possédait, du chef de sa femme Alix, sœur du comte Simon de Crépy, les comtés de Valois et de Montdidier, et la mort de son beau-père, survenue en 1080, le rendit maître des trois comtés de Vermandois, de Montdidier, et de Valois transmis depuis à son fils Raoul le Vaillant, l’un des auxiliaires les plus dévoués du roi Louis le Gros, son cousin germain.

A sa fille Constance, Philippe Ier donna en dot la seigneurie d’Attigny qui, située sur le cours antérieur de l’Aisne, vers la frontière de Lorraine, répondait à six ou huit de nos communes actuelles et ne mesurait guère que cinq lieues carrées. Attigny lut sans doute choisi préférablement à tout autre membre du domaine ro37al, parce que cette terre avoisinait les possessions du comte Hugues deTroyes, époux de Constance. Quoi qu’il en soit,

ALIÉNATION d’aTTIGNY

Attigny ne demeura point uni au comté de Troyes dès lors communément appelé « comté de Champagne » ; il resta sans doute à Constance après que son mariage avec Hugues eut été rompu pour cause de parenté et qu’elle se fut remariée en 1106 à l’un des héros de la première Croisade, Boémond de Tarente, prince d’Antioche, et il passa plus tard, sans qu’on sache quand ni comment, à l’archevêché de Reims.

On ne peut considérer comme une aliénation l’attribution du Vexin à Louis le Gros, héritier présomptif delà couronne: c’était là un simple avancement d’hoirie. Toutefois une portion de ce comté, la châtellenie de Mantes, c’est-à-dire la ville de Mantes et son territoire, fut réellement démembrée du domaine en 1104, lorsque Louis le Gros, qui n’était alors que roi désigné, en gratifia, sur la prière de son père, le jeune Philippe, fils adultérin de Philippe Ier et de Bertrade de Montfort. Mais, comme vous leverrez tout à l’heure, pour se défendre contre les intrigues de Bertrade qui méditait de lui enlever le trône de France, il la reprit en 1130 et dès lors le jeune Philippe, qui reparaît en 1130 à la cour de son frère, semble avoir été privé de toute dotation territoriale. Quitte à anticiper sur le règne de Louis le Gros, j’ajouterai que le comté de Vexin tout entier fut concédé, en janvier 1127, par ce roi à Guillaume de Normandie, autrement dit Guillaume Cliton, et je le fais seulement pour mémoire, car le Vexin fut retiré deux mois plus tard au nouveau prince, qui fut alors investi du puissant comté de Flandre devenu vacant par la mort de Charles le Bon.

Le rôle de Louis le Gros dans la formation territoriale de la France paraîtrait, si l’on considérait seulement la superficie des territoires rattachés au domaine de la couronne, inférieur au rôle de son père, tandis qu’en l’éalité, son œuvre fut, à ce point de vue, plus féconde que celle d’aucun des souverains qui l’avaient précédé. Ce prince, de beaucoup le plus énergique des premiers rois capétiens, que son activité extraordinaire aussi bien que sa vaillance firent désigner, dès sa jeunesse, sous le nom de Louis qui ne dort et de Louis le Batailleur, passa la plus grande partie de sa vie en armes, soit à réprimer les brigandages des farouches

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