SITUATION DE LA ROÏAUTÉ A PARIS
taient avec une véritable furie comme le plus enviable des sièges royaux, et au Parisis, on ne les y voit que rarement. Ils semblent éviter cette ville comme l’évita, au xvne siècle, le plus grand des rois de la maison de Bourbon. Bien qu’ils y eussent cependant un palais, celui-là même qu’a remplacé l’édifice qu’aujourd’hui on appelle communément le Palais, c’est-à-dire le Palais de Justice, ils n’y paraissent que de loin en lpin, comme le prouve le nombre des diplômes royaux du xie siècle datés de Paris: six diplômes du roi Robert sur quatre-vingt-douze parvenus jusqu’à nous; huit sur une quarantaine d’actes signalés de Henri Ier; enfin une vingtaine environ pour les quarante-huit années du long règne de Philippe Ier. Ce n’est pas que les dispositions du peuple de Paris effrayassent nos rois du xie siècle : à cette heure on ne connaît pas encore les terribles émotions populaires, ces insurrections pour la commune qu’Augustin Thierry a racontées avec un incomparable talent ; mais ils ne se sentent pas les maîtres dans cette ville que leur ont si généreusement octroyée nos historiens modernes. Non seulement ils ne possèdent, dans le territoire parisien, aucun château qui leur appartienne en propre, mais les barons de la région, pour la plupart du moins, ne sont pas leurs vassaux immédiats. C’est l’évêque de Paris qui, au xie siècle, et sans doute dès 1016, après la mort de l’évêque Renaud, fils et successeur du comte Bouchard, paraît avoir recueilli le comté de Paris, fait qui d’ailleurs expliquerait parfaitement l'étendue des droits de l’évêque à Paris. Celle-ci était telle qu’on en donnait, au xive siècle, cette explication fabuleuse : un roi de France ayant, disait-on, délaissé le trône à son frère puîné, avait fondé et doté avec son patrimoine l’église de Paris, dont il était ensuite devenu évêque : « Et pour ce, ajoutait-on , ledit evesque est viconte do Paris et de la visconté ». C’est donc l’évêque de Paris qui était le haut seigneur de la majeure partie du pays parisien, le suzerain du plus grand nombre des barons de son diocèse. Ainsi dans la partie du diocèse de Paris située au nord de cette ville et que limitent, vers le sud, la Marne d’abord, puis la Seine à partir du point où la Marne joint ses eaux à celles de ce fleuve, dans cette partie du diocèse de Paris qu’on appelait vulgairement la France, l’évêque compte au nombre de ses vassaux les seigneurs de Conflans-Sainte-Honorine, de Luzarches et de Montjay ; dans la Brie parisienne qui s’étendait delà rive gauche de la Marne à la rive droite de la Seine, le
PHILIPPE 1er ET LOUIS VI LE GROS
prélat est le suzerain des seigneurs de Gournay-sur-Marne, de Tournan et qui plus est, sur l’autre rive, du comte de Corbeil ; dans le Hurepois parisien et dans le Josas — on nommait ainsi la partie du diocèse de Pai'is située à gauche de la Seine — le seigneur de Chevreuse et le turbulent baron de Montlhéry portaient, ainsi que le voisin de ce dernier, le seigneur de la Ferté-Baudouin, aujourd'hui la Ferté-AIais, au diocèse de Sens, leur hommage au prélat parisien.
Le morcellement féodal du pa3rs parisien n’aurait rien eu de bien redoutable si les vassaux de l’évêque n’avaient tous été que de loyaux chevaliers ; mais il n’en était pas ainsi. Lecomte de Corbeil, et particulièrement cet orgueilleux Bouchard II qui, en 1073, prétendait arracher à Philippe la couronne royale, et le seigneur de Montlhéry, par exemple, étaient le plus souvent des félons barons qui, maîtres de la route de Paris à Orléans, pouvaient à volonté empêcher les communications royales entre Orléans et Etampes, d’une part, Paris, de l’autre, isoler en un mot les possessions roj'ales du nord, c’est-à-dire Poissy et Senlis, des domaines royaux de l’Etampois et de l’Orléanais. On conçoit dès lors combien la possession de Corbeil et de Montlhéry était désirable au point de vue de la monarchie capétienne.
Mais ce n’était pas seulement, semble-t-il, la félonie du seigneur de Montlhérj7 et du comte de Corbeil qui causait la répugnance bien réelle des premiers successeurs de Hugues Capet pour le séjour à Paris. La ville de Paris, qui consistait alors dans l’île de la Cité, ne communiquait avec la terre ferme que par deux ponts que fermait et défendaità leur extrémité une forteresse, une tète de pont désignée sous le nom de Châtelet : le Grand Châtelet sur la rive droite du fleuve, à l’extrémité septentrionale du Grand Pont, le Petit Châtelet sur la rive gauche de la Seine, à l’extrémité méridionale du Petit Pont; or le Grand et le Petit Châtelet demeurèrent l’un et l’autre, pendant un assez long temps, la propriété de seigneurs particuliers. Le Petit Châtelet, par exemple, fut uni au domaine royal sous Philippe Auguste, paraît-il, mais dans des circonstances que nous ignorons : on sait, en effet, d’une manière positive, qu’au début du règne de ce prince, un certain Hugues de Chaumont tenait cette forteresse de l’abbaye de Saint-Germain des Prés sur le fisc duquel ou l’avait élevée. On est moins bien renseigné au sujet du Grand Châtelet, qui était déjà au pouvoir de la royauté