VI* LEÇON LOUIS VII
Véritable caractère de Louis VII.
Sou mariage. — Domaine d’Aliénor de Guyenne. — Divorce. — Mariage d'Aliénor avec Henri Plantegenêt.
Péril résultant de l’accroissement de puissance du duc de Normandie, roi d'Angleterre.
Le comte de Barcelone, devenu roi d’Aragon, rend la Marche d’Espagne indépendante de la France et prétend étendre sa domination au nord des Pyrénées.
Entrée du comté de Forez dans la mouvance du royaume. — Aliénation du comté de Dreux. — Le comté de Velav passe à l’évêque du P113' et celui de Gévaudan à l’évéque de Mende.
J’ai consacré la dernière leçon aux deux règnes de Philippe Ier et de Louis le Gros ; je ne vous entretiendrai aujourd’hui que d’un seul règne, celui de Louis VII, et cela bien que, au point de vue de l’histoire de la formation territoriale de la France, il soit l’un des plus inféconds parmi ceux des prédécesseurs de Philippe Auguste. C’est qu’on vit, pendant les quarante-trois années qu’il dura.se produire, dans la distribution des grands fiefs et dans les limites extrêmes du royaume, des changements de la plus haute importance dont les conséquences influèrent sur nombre des événements qui signalèrent les règnes de ses successeurs.
Le caractère du nouveau roi qui, associé depuis sept ans au trône, n’avait encore que dix-neuf ans à la mort de son père, offrait plus d’un trait de ressemblance avec celui de son trisaïeul, le roi Robert le Pieux. Comme lui, c’était un prince d’une grande
LOUIS Vil
dévotion, d’une grande douceur, d’une grande humilité, mais, suivant un historien anglais contemporain, Guillaume de Newburgh1 2, il aurait été plus simple qu’il ne convenait à un prince. Aussi les historiens modernes l’ont-ils jugé comme ils ont généralement jugé le roi Robert, comme quelques-uns d’entre eux ont jugé saint Louis : — un roi saint ; plusieurs en effet des chroniqueurs du xne et du xme siècle attestent, de la manière la plus formelle, sa sainteté qu’éclipsa complètement, un siècle plus tard, celle de son arrière-petit-fils le roi saint Louis. Un roi saint ! C’était assez pour que certains auteurs, incapables de se dégager complètement des idées modernes en parlant des hommes et des choses de l’époque féodale, ne vissent plus en Louis VII qu’une sorte de moine couronné. Tout compte fait, en laissant de côté le plus grave reproche que plusieurs écrivains du xiic siècle et la plupart des historiens modernes aient pu faire à Louis le Jeune, — la répudiation de la reine Aliénor, qui fut certainement une faute au point de vue politique — les contemporains de ce prince ne blâment guère chez lui que deux choses qui tendraient plutôt à lui concilier les sympathies modernes ; car elles paraissent montrer que ce prince était animé, comme on dirait aujourd’hui, d’un certain libéralisme. En effet, un chroniqueur qui le qualifie roi très pieux, rex piissimus, et reconnaît qu’il demeura le guide et le protecteur de l’Eglise, prétend qu’il offensa gravement la divinité, non seulement en élevant outre mesure, dans le royaume, les Juifs auxquels il accorda de nombreux privilèges contraires, selon cet écrivain, à la religion et à l’Etat, mais encore en édifiant de nombreuses villes-neuves par lesquelles les églises et les seigneurs voisins étaient frustrés de ceux de leurs hommes qui venaient y chercher un refuge On pourrait facilement passer sous silence un troisième grief du même auteur portant sur le faste excessif qu’il déploya lors de son départ pour la croisade et qui, d’après le chroniqueur, aurait déplu à Dieu 3.
Ces divers traits n’ont rien de commun avec ce qu’on pourrait attendre d’un roi que certains écrivains, influencés sans
1. Guillaume de Newburgh, Chronicles of tlie reigns of Stephen, Henry II and Richard I, edited by Richard Howlett, II, p. 223 (Collection du Mallre des Rôles.)
2. Livre de l’abbé Gilles, extrait publié dans les Historiens des Gaules et de la France, t. XII, p 286 D.
3 Ibidem, p. 286 A.