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Guillaume de Newburgh, édition citée, t. I, p

LOUIS VII

il court s’enfermer dans Toulouse pour défendre cette ville contre le roi d'Angleterre qui revendiquait le comté toulousain. Vers 1160, il intervient dans une querelle entre les deux co-seigneurs de Mouchy-le-Châtel, en Beauvaisis, et s’empare de cette forteresse afin de rendre à Dreux de Mello la part que lui avait ravie Névelon de Pierrefonds. En 1162, il se rend en Auvergne, pour châtier le comte d’Auvergne, le comte de Velay, neveu du comte d'Auvergne, et le vicomte de Polignac qui molestaient indignement les églises de Clermont et du Pujr ; il emmène les trois oppresseurs prisonniers et ne leur rend la liberté qu’après engagement prix par eux de satisfaire les parties plaignantes. Enfin il dirige, en 1164, une expédition jusque dans la Bourgogne méridionale, contre le comte Guillaume de Chalon-sur-Saône qui opprimait l’abbaye et les bourgeois de Cluny et auquel il enlève la formidable forteresse du Mont-Saint-Vincent.

Ce bref résumé d’une partie de l’activité guerrière de Louis le Jeune — car j’ai omis à dessein de parler de quelques expéditions militaires importantes, mais ayant un caractère exclusivement politique — prouve bien que le successeur de Louis le Gros n’était pas un roi dégénéré, indigne de l’illustre race à laquelle il appartenait ; mais quelques-uns de ses contemporains et les historiens modernes lui savent mauvais gré de n’avoir pas su retenir le vaste héritage dont son mariage avec Aliénor de Guyenne semblait assurer l’union définitive au domaine de la couronne, et cette pensée a obscurci le jugement de plus d’un écrivain.

Aliénor de Guyenne, que le roi Louis le Jeune épousait à Bordeaux, neuf jours seulement avant la mort du roi Louis le Gros, était déjà maîtresse, depuis quelques semaines, du vaste héritage que lui avait laissé son père, le duc Guillaume VIII et qui consistait dans le duché de Guyenne ou d’Aquitaine (Guyenne, par aphérèse d ’Aguyenne, étant la forme vulgaire de l’ancien nom Aquitania). Ce duché, le plus étendu de tous les fiefs relevant de la royauté française et dont le duc Guillaume VIII avait préparé, en quelque sorte, l’union à la couronne en destinant sa fille aînée pour épouse à Louis le Jeune, réalisait un progrès inespéré pour la puissance des rois capétiens et qui semblait devoir leur assurer

DOMAINE d'aLIÉNOR DE GUYENNE

désormais la paisible possession du trône de France. Grâce à ce mariage, l’autorité ro}7ale était en effet directement reconnue dans tout le duché lequel répondait, à peu près, à dix-neuf de nos départements actuels : l’Indre représentant la fraction du Berry qui relevait du duché aquitain ; la Vienne, les Deux-Sèvres, la Vendée, la Charente-Inférieure, la Charente, la Haute-Vienne, la Creuse, la Corrèze, le Puy-de-Dôme, le Cantal, la Haute-Loire, la Dordogne, la Gironde, le Lot-et-Garonne, les Landes, le Gers, les Hautes-Pyrénées et les Basses-Pyrénées ; car, autant par achat que par droit héréditaire, les comtes de Poitiers, ducs de Guyenne, avaient joint à leur duché primitif le duché de Gascogue situé entre la Garonne et les Pyrénées, et cette union datait de 1052. Le domaine ducal, dont les comtés de Poitiers, de Saintes et de Bordeaux étaient les membres les plus importants, venait augmenter le domaine royal, tandis que les vassaux du duché devenaient les vassaux directs de la royauté. C’étaient pour citer seulement les plus puissants d’entre eux, en suivant un ordre géographique, le vicomte de Thouars et de Châtellerault ainsi que les seigneurs de Mauléon (aujourd’hui Châtillon-sur-Sèvre), de Parthenayet de Lusignan, dans le Poitou; les seigneurs deChâteauroux etd’Issoudun, dans le Berry ; les comtes de la Marche et d’Auvergne ; les vicomtes de Limoges, de Turenne et de Ventadour, en Limousin ; les comtes d’Angoulême, de Périgord, de Fézensac, d’Armagnac, d’Astarae et de Pardiac, de Comminges et de Bigorre, ainsi que de nombreux vicomtes gascons.au premier rang desquels figurait le vicomte de Béarn, qui, outre le Béarn proprement dit, possédait les vicomtés d’Oloron et de Gabardan et, au-dessous d’eux, les vicomtes de Bezaume. de Lomagne, de Dax, de Labourd (ou de Bayonne) et de Soûle. Tels étaient les plus puissants des barons dont le mariagedu roi Louis le Jeune faisait des vassaux immédiats de la couronne, Cet accroissement de puissance paraît avoir exalté l’ardeur de Louis le Jeune et, quatre années après son mariage et son avènement, ce prince qui dominait sur toute l’ancienne Aquitaine, menait, à 150 lieues au sud de Paris, l’expédition la plus lointaine qu’aucun roi de France eût entreprise depuis près de trois siècles. Au nom de sa femme, descendante directe par son aïeule paternelle Philippe de Toulouse, duchesse de Guyenne, du comte toulousain Guillaume IV, mort en 1091 et auquel avait succédé son frère cadet Raimond de Saint Gilles, il revendiqua le comté de Toulouse, ou plus exactement l’héritage de Guillaume IV, qui

LOUIS YII

répondait à nos départements actuels du Lot, du Tarn, de Tarnet-Garonne, de la Haute-Garonne, de l’Ariège et à partie de celui de l’Aude ; il le revendiqua contre Alphonse Jourdain, fils et successeur de Raimond de Saint-Gilles, et, à cet effet, il assiégea Toulouse en 1141 ; mais il ne paraît avoir tiré aucun profit de cette expédition, sur laquelle on ne possède d’ailleurs aucun détail précis.

La bonne harmonie entre Louis VII et Aliénor ne semble pas avoir été troublée au cours des dix premières années de leur mariage. C’est seulement en Palestine, où Aliénor avait suivi son mari, qu’on saisit les premiers symptômes de désaccord entre les époux. A leur retour, quelques-uns des parents du roi le vinrent trouver et lui dirent qu’il y avait entre lui et la reine un degré de parenté qui nécessitait le divorce. Louis VII avait, paraît-il, à se plaindre de la conduite d’Aliénor ; des bruits fâcheux circulaient sur les rapports qu’aurait eus la reine avec Raymond de Poitiers, prince d’Antioche, son oncle paternel, et une légende ne tarda pas à se former sur la passion qu’elle aurait ressentie pour un musulman, le fameux Saladin. On saisit avec empressement, de part et d’autre, le prétexte de parenté qui, au dire de certains, aurait été soulevé, dès 1148, par la reine elle-même, et le divorce fut prononcé, le 18 mars 1152, par le concile de Beaugency.

Le divorce prononcé, le duché de Guyenne, après quinze ans de domination française, était perdu pour la royauté, ou du moins ce n’était plus qu’un fief mouvant de la couronne. Le désastre était certes bien grand ; il fut encore augmenté par la conduite delà reine répudiée qui, deux mois plus tard, convolait en secondes noces avec un des plus puissants vassaux de la couronne, Henri Plantegenêt. Par le duché de Normandie et le comté d’Anjou, ainsi que par sa suzeraineté sur la Bretagne, le nouvel époux dominait sur les quatorze départements de la région nordouest : les départementsdela Seine-Inférieure, del’Eure, du Calvados, de la Manche et de l’Orne répondant au duché de Normandie; les départements de la Sarthe, de la Mayenne, de Maine-et-Loire et d’Indre et-Loire, répondant au comté d’Anjou et à ses annexes; et enfin les départements d’Ille-et-Vilaine, des Côtes-du-Nord, du Finistère, du Morbihan et de la Loire-Inférieure, répondant au comté de Bretagne alors vassal du duché normand. Les pays soumis à Henri Plantegenêt formaient, au nord de la Loire, la contre-partie du duché de Guyenne, auquel ils confinaient et qui s’étendait de la limite méridionale de laBretagne et de l’Anjou jusqu’aux Pyrénées,

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