ALIÉNOR ET HENRI PLANTEGENÊT
desorte que la domination d’Henri et d’Aliénor embrassait le tiers occidental de la France actuelle, comprenant tout le littoral français de la Manche et de l’Océan Atlantique, depuis l’embouchure de la Bresle jusqu’aux rives de la Bidassoa, au delà de Bayonne.
En face d’un vassal aussi puissamment fort, la royauté capétienne était de nouveau en péril. Louis le Jeune le comprit; le second mariage d’Aliénor avait été célébré en violation du principe du droit féodal d’après lequel la femme en possession d’un fief devait, à peine de confiscation de ce fief, obtenir, avant de se marier, l’agrément du suzerain. Cet agrément n’ayant été ni demandé ni obtenu, le roi, suzerain du duché de Guyenne, était fondé à faire déclarer par sa cour Henri Plantegenêt et sa femme déchus de tous leurs droits sur la Guyenne. Il fit citer le jeune duc et, celui-ci aj^ant refusé de se présenter, une sentence rendue par défaut déclara confisqués tous les fiefs qu’il tenait du roi de France. Malheureusement Louis VII n’était pas assez puissant pour faire exécuter une telle décision, et les deux campagnes qu’il fit vers les confins orientaux de la Normandie, en 1152 et 1153, n’aboutirent qu’à la capture de deux châteaux ducaux, Vernon et Neufmarché, qui, en 1154, furent rendus au duc Henri lors de la paix. Cette même année, la mort du roi Etienne faisait monter Henri Plantegenêt sur le trône d’Angleterre et préparait à la France plusieurs siècles de douloureuses épreuves.
Cette fois il n’y avait plus qu’à subir patiemment les conséquences du divorce royal ; mais tous ceux qui avaient quelque souci de la grandeur et de la puissance de la monarchie capétienne dans laquelle s’incarnait alors la France, gardèrent rancune au roi Louis le Jeune de la rupture de son union avec Aliénor de Guyenne. Suger, l’abbé de Saint-Denis, le précieux conseiller de Louis VI, était mort une année avant ce dernier événement et l’on se plaisait à croire que, vivant, il l’eût conjuré. «A peine Suger « fut-il enlevé du milieu des vivants, dit-le moine de Saint-Denis « auquel on doit sa Vie, à peine Suger fut-il enlevé du milieu des « vivants que la couronne de France ressentit vivement les consé- « quences d’une telle perte. Aussi la voit-on aujourd’hui, par « l’absence d’un tel conseiller, privée du duché de Guyenne, l’une « de ses plus importantes provinces L »
1. Vie de Suger par le moine Guillaume, dans Lecoy de la Marche, Œuvres complètes de Suger, p. 382.
LOUIS VII
Un chroniqueur contemporain, après avoir fait l’éloge de Louis le Jeune, ajoute brièvement qu’il ne lit rien de mal, nihil tnrpc « gessil , sinon lorsqu’il chassa de son lit Aliénor, sa femme répu- « diée b » Pour tous ces bons Français, il semble que le roi eût dû refouler au plus profond de son être la jalousie qui le mordait au cœur et supporter les dérèglements de la reine ; Ils ne font aucune allusion à la parenté, qui motiva la décision du concile de Beaugency, et les modernes semblent assez portés à croire que la parenté alléguée était un simple prétexte. Les érudits, qui jusqu’ici ont essayé de la prouver, y ont mal réussi, puisque la parenté qu’ils ont imaginée pour justifier le divorce n’est plus maintenant qu’une hypothèse contredite par des recherches plus approfondies. On avait supposé qu’ Adélaïde ou Alix, la mère du roi Robert le Pieux, trisaïeule de Louis VII, était la sœur de Guillaume Fièrebrace, quadrisaïeul d’Aliénor de Guyenne, de sorte que Louis et Aliénor auraient été parents au douzième degré civil, autrement dit au sixième degré canonique : or rien au monde ne corrobore l’origine poitevine de la mère du roi Robert, qu’une interprétation plus rigoureuse d’un passage de Helgaud autorise à considérer comme une princesse italienne 2. Toutefois la parenté de Louis et d’Aliénor n’est pas une invention : les membres du lignage royal qui l’affirmèrent sous serment au concile de Beaugency ne se parjurèrent point et, chose étrange, cette parenté est plus rapprochée de trois degrés civils qu’on ne l’avait conjecturé. En effet, Aliénor était l’arrière-petite-fille d’Haudiard de Bourgogne, duchesse de Guyenne, laquelle avait pour aïeul paternel le roi Robert. C’est ce que rendra plus sensible le tableau suivant :
Guillaume II Fièrebrace
Robert le Pieux fils de Guillaume Tète d’Etoupe
duc de Guyenne
Henri Iar roi de France
Philippe Ier
Louis VI
Louis VII
Robert duc de Guillaume III le Grand
Bourgogne
Haudiard ép. Guillaume VI
Guillaume VII le Jeune
Guillaume VIII . !
Aliénor