‹ La Formation de L'unité FrançaiseChapitre 41 sur 188 · PUISSANCE DU KOI D ANGLETERRE · texte numérisé non relu

PUISSANCE DU KOI D ANGLETERRE

Ainsi Louis et Aliénor étaient parents au neuvième degré civil, soit au quatrième ou cinquième degré canonique, ce qui est conforme au texte trop peu remarqué de Guillaume de Nangis, dans lequel il est parlé d’une parenté au quatrième degré L Dès lors, la consanguinité étant attestée, le mariage, aux termes de la loi canonique, devait être dissous ; et il devait l’être d’autant plus fatalement qu’au cas même où l’on eût pu décider Louis le Jeune à ne pas réclamer le divorce, la reine ne semblait pas d’humeur à vouloir y échapper.

Par l’avènement de Henri Plantegenèt au trône d’Angleterre, la rivalité du duc de Normandie et du roi de France, qui remontait précisément à un siècle, prenait un caractère plus dangereux que jamais pour la monarchie capétienne. Celle-ci avait pu éviter jusqu’ici les périls dont la menaçait le considérable accroissement que la conquête de l’Angleterre avait, en 1066, apporté à la puissance normande. A la vérité, on avait pu espérer pendant quelque temps qu’il serait possible de les écarter pour toujours. Le conquérant devait d’abord songer à organiser sa conquête et, pour que la présence d’un roi normand sur le trône d’Angleterre lût véritablement menaçante pour les successeurs de Hugues Capet, il fallait encore que l'union de la Normandie et de l’Angleterre survécût au conquérant. Le partage del’héritage de Guillaume le Bâtard, en 1087, rassura un moment la royauté française. Malheureusement le nouveau duc, Robert Courte-Heuse, ayant engagé son duché, en 1096, au roi d’Angleterre Guillaume le Roux, afin de pouvoir subvenir aux frais qu’entraînait sa participation à la Croisade, l’Angleterre et la Normandie se trouvèrent de nouveau réunies dans la même main, et le roi Guillaume II, digne héritier des traditions paternelles, réclama en 1097 le comté de Vexin, ce Vexin français qu’avait déjà revendiqué Guillaume le Bâtard dix ans auparavant, ce comté de Vexin dont Henri Ier avait cédé la suzeraineté au duc Robert en 1032 et dont le domaine direct avait été uni à la couronne de France en 1077, par suite de

1. Chronique de Guillaume deNangis, sub anno 1149, éd. Géraud, t.I, p. 44.

LOUIS VU

l’entrée en religion du comte Simon de Valois. Mais la guerre qu’il entreprit à cette occasion ne servit qu’à rendre plus étroite l’union du Vexin vaillamment défendu par Louis le Gros, alors adolescent, et par des chevaliers du comté.

Je n’ai pas à retracer ici les péripéties de la lutte des rois anglo-normands contre la royauté française, tant qu’elles n’amenèrent pas de changements dans la composition du domaine des rois capétiens. Je me contenterai de remarquer que Louis le Gros, après avoir consenti au rétablissement de l’union anglo-normande par le roi Henri Ier, successeur de Guillaume le Roux, et cela au détriment du duc Robert Courte-Heuse, comprit bientôt, et Philippe Ier l’avait compris avant lui, combien cette union était contraire aux intérêts capétiens. Toutefois Philippe ne put, à la fin de son règne, refuser l’investiture de la Normandie au nouveau roi d’Angleterre, Etienne de Blois, neveu maternel de Henri Ier et frère cadet de Thibaut le Grand, comte de Blois et de Troyes. Mais, en 1044, Louis le Jeune, pour consommer la rupture du lien qui unissait la Normandie et l’Angleterre, appuya Geoffroy Plantegenêt, gendre du feu roi Henri Ier, qui disputait la Normandie au roi Etienne, et cinq années plus tard, en 1149, il lui donnait de nouveau son concours pour achever la réduction du duché, sous la promesse que le Vexin normand lui serait cédé. Vous savez déjà que l’union de la Normandie et de l’Angleterre fut rétablie en 1154 au profit du fils de Geoffroy, Henri Plantegenêt, dont la domination, par suite de son mariage avec l’épouse répudiée de Louis VII, s’étendit jusqu’aux Pyrénées, embrassant trente département français de la région occidentale.

Dans toutes ces menées qui avaient eu pour objectif la rupture de l’union anglo-normande, le domaine royal avait acquis, en 1149, le Vexin normand, c’est-à-direle pays compris entre l’Epte, la Seine et l’Andelle et qui comprenait la châtellenie ducale de Gisors. Mais il ne le garda guère plus de dix années, carie roi Henri II, faussant en 1160 les clauses d’un traité conclu l’année précédente, maria sur-le-champ son fils aîné, Henri, avec Marguerite de France, fille de Louis VII, moyennant une dispense d’âge accordée par les légats du pape, (Henri avait cinq ans et Marguerite, fiancée à six mois, n’avait alors guère plus de deux ans) et se fitlivrer la dot de la princesse, c’est-à-dire le Vexin normand que le roi de France avait confié aux chevaliers de l’ordre du Temple pour le tenir en garde jusqu’à ce que Marguerite fût

Page 1