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INDÉPENDANCE DE LA MARCHE D’ESPAGNE

nubile. Cet acte de mauvaise foi fut le signal de nouvelles hostilités, comme il s’en produisit encore plus d’une fois entre les deux rois au moins jusqu’à l’été de 1174, alors que, la vieillesse commençant pour lui, Louis VII assiégeait de nouveau, mais inutilement; la ville de Rouen.

Tandis qu’un vassal français, dominant sur les deux cinquièmes environ du royaume de France pour lesquels il ne cessa de se reconnaître vassal de Louis le Jeune, occupait le trône royal d’Angleterre, un autre vassal du roi français, dont le fief était situé au delà des Pyrénées, ceignait la couronne d’Aragon. Cet autre vassal était le comte de Barcelone, le digne descendant et le successeur de ces valeureux comtes de la Marche d’Espagne qui, éloignés de 220 lieues de Paris et pressés parles dangers des invasions musulmanes, avaient vainement fait appel à Hugues Capet,en 987, et à Louis le Gros, en 1119, bien que ces deux princes eussent promis de venir secourir, celui-ci, Raymond-Bérenger, celui-là, le comte Borrel ; mais Borrel et plus tard Raymond- BérengerlII avaient pu, l’un et l’autre, honorer par leurs succès le nom respecté delà nation franque qu’ils continuèrent à porter orgueilleusement au delà des Pyrénées. C’est à la mort de Raymond-Bérenger IV, comte de Barcelone de 1131 à 1162, qu’Alphonse II, l’aîné des fils issus de son mariage avec la reine Pétronille d’Aragon, unit la couronne royale d’Aragon au comté de Barcelone, et c’est à partir de leur intronisation en Aragon que les comtes de Barcelone s’efforcèrent d’effacer tout souvenir de la suzeraineté que le roi de France avait sur leur comté. Le concile qui se tint àTarragone en 1181 couronna leurs efforts en ordonnant que les actes rédigés en Catalogne qui, jusque-là avaient porté dans leur date le nom et les années du roi de France, ne seraient plus datés que de l’an de l’incarnation du Christ. Par suite decette décision le roi de France cessa d’être reconnu non seulement dans la Catalogne, mais aussi dans le Roussillon alors possédé par les comtes de Barcelone. Ce ne fut toutefois que par le traité de Corbeil, conclu en 1258, que l’indépendance de ces pays fut sanctionnée par le roi saint Louis.

LOUIS VII

Louis VII n’eut pas à se préoccuper de cette déclaration formelle d’indépendance, puisqu’elle se produisit seulement en 1181, l’année qui suivit sa mort ; j’ajouterai qu’elle semble être passée presque inaperçue au centre de la royauté française et il ne pouvait guère en être autrement. Comment s’étonner que le comte de Barcelone, devenu roi d’Aragon, se déclarât indépendant alors que, depuis deux siècles, il n’y avait eu aucune relation personnelle entre le vassal et le suzerain, alors que ce dernier n’avait pu prêter, même dans les circonstances les plus critiques, le concours de ses armes au vaillant marquis qui, jusque vers les bords de l’Ebre, défendait la Chrétienté même et l’honneur du nom français contre les Musulmans? Parle courage de ses comtes, la Catalogne, c’est-à-dire l’ancienne Marche d’Espagne, avait bien gagné l’indépendance absolue que proclama, en 1181, le concile de Tarragone.

Toutefois le comte de Barcelone ou, pour parler conformément au nouvel état de choses, le roi d’Aragon, conserva quelques liens avec le royaume de France, grâce à la possession directe de certaines terres, comme par exemple la vicomté de Gévaudan, qui avait pour chef-lieu de château de Grèzes, (Grèzes-le-Château, à six kilomètres de Marvéjols, Lozère) et grâce aussi à la suzeraineté qu’il exerçait sur les comtés de Carcassonne et de Razès, sur le Lauraguais, situé vers l’extrémité sud-est du Toulousain, et sur le Termenès, au sud-ouest de la vicomté de Narbonne. Cette suzeraineté lui fut souvent contestée par le comte de Toulouse, ce qui causa diverses guerres entre eux, et ils en jouissaient tour à tour, selon que les vicomtes ou les autres seigneurs qui possédaient le domaine utile de ces pays voulurent bien reconnaître les uns ou les autres. Le comte de Barcelone s’efforça encore d’étendre sa domination en deçà des Pyrénées en s’assujettissant le vicomte de Narbonne et le comte de Foix qui le reconnurent en effet pour leur suzerain pendant une partie du xiic siècle, au préjudice des droits anciens et légitimes du comte de Toulouse. Il prétendait aussi à la suzeraineté du comté de Commingeset de la vicomté de Couserans, parties pyrénéennes des départements de la Haute-Garonne et de l’Ariège qui formaient alors, à l’occident du comté de Foix, l’extrémité sud-est delà Gascogne et de la province ecclésiastiqued’Auch. Il étendit encore sa domination, au temps même de Louis le Jeune, plus à l’ouest, dans les contrées pyrénéennes, sur le comté de Bigorre et l’importante

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