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MARIAGE AVEC ISABELLE DE HAINAUT

vive bienveillance, s’employant même à pacifier les différends qui surgissaient de temps à autre entre lui et le baronnage français. Ce fut seulement en 1187 que la guerre éclata pour la première fois entre les deux rois et, avant qu’elle éclatât, Philippe Auguste avait déjà apporté au domaine royal un réel accroissement et de sérieuses espérances.

Un des premiers actes de ce prince, son mariage avec Isabelle de Hainaut conclu du vivant de son père et sous l’inspiration du comte Philippe de Flandre dont il était le filleul, fut des plus profitables à l’accroissement du domaine. Isabelle de Hainaut était, par sa mère, la nièce du comte de Flandre qui, n’ayant pas d’enfants, lui assurait, en faveur de ce mariage, la partie occidentale du comté flamand, c’est-à-dire la partie de ce comté située à l’ouest de l’Aa, représentant trois anciens pctcji de l’époque carolingienne : le Boulenois, le Ternois et l’Artois, et qui répondait à peu près à notre département du Pas-de-Calais, c’est-à-dire le pays auquel on étendit dès lors le nom d’Artois originairement réservé à son extrémité sud-est ; toutefois le comte se réserva la possession viagère de ce territoire. Grâce à cette convention, Philippe Auguste faisait coup double : il augmentait d’une manière importante le domaine de ses pères et affaiblissait d’autant l’un de ses plus puissants vassaux.

Trois ans après son mariage, c’est-à-dire en 1183, Philippe Auguste fit preuve d’une non moins grande habileté, en intervenant à main armée dans le différend qui partageait Philippe d’Alsace, comte de Flandre, et Aénor de Vermandois. Il s’agissait de la succession d’Isabelle, comtesse de Vermandois, que Philippe d’Alsace, époux de la défunte, prétendait retenir en vertu d’une donation viagère, donation attaquée par la sœur d’Isabelle, Aénor, et cette succession se composait de deux groupes distincts, dont le plus considérable, formé du comté d’Amiens, de Montdidier et du comté de Vermandois proprement dit, s’étendait sur les départements de l’Aisne, de la Somme et de l’Oise, et non loin duquel était situé, vers le sud-est, le petit comté de Valois, dont le territoire est aujourd’hui partagé entre le département de l’Aisne et celui de l’Oise. L’héritage disputé occupait, par conséquent, une position intermédiaire entre le gros du domaine royal et l’Artoisdont Philippe d’Alsace lui-même avait préparé le retour éventuel à la couronne, Réunir au domaine royal l’héritage de la comtesse de Vermandois, c’était, dans un

102 PHILIPPE AUGUSTE, LE PLUS GRAND OUVRIER DE l’üNITÉ FRANÇAISE

avenir prochain, ce domaine se prolongeant depuis la limite septentrionale de la seigneurie de Bourbonnais, au sud de Dun le roi i^Cher), jusque vers Calais, sur une longueur de 115 lieues. Si l’on en croit Rigord, l’historiographe officiel de cette partie du règne de Philippe Auguste, le roi réclamait la succession d’Isabelle par droit héréditaire ; il était effectivement parent de la défunte au septième degré civil et, bien qu’il subsistât des représentants mâles de la maison de Vermandois, le droit était alors si peu fixé en matière collatérale que les prétentions royales ne paraissent avoir été l’objet d’aucune contestation. Parmi les prétendants, Aénor seule, sœur d’Isabelle, était plus proche héritière de la défunte ; mais cette princesse, qui n’avait pas d’enfants, bien qu’elle eût déjà été mariée quatre fois, s’était naguère encore contentée du Valois au débutde son différend avec Philippe d’Alsace. Après une trêve d’une année, la guerre recommença : le comte de Flandre s’avança jusqu’à 33 kilomètres au nord de Paris, à Dammartin, chef-lieu du comté de ce nom entre Meaux et Senlis, et, après avoir saccagé cette ville, menaçait de planter son étendard au milieu de l’île de la Cité à Paris ; mais il rebroussa chemin pour défendre ses domaines attaqués par le roi. C’est alors qu’effrayé parla contenance de l’armée royale qui assiégeait un château del’Amiénois, Boves, situé sur la Somme, il implora la paix, en suppliant le roi de lui accorder la possession viagère d’une partie des fiefs en litige. La guerre se termina en 1185 par la cession immédiate au roi du comté d’Amiens, de celui de Montdidier, qu’on nommait aussi le Santerre, et des châtellenies de Roye, de Choisy et deThourotte, territoires qui reliaient la plus lointaine des châtellenies de la couronne, Montreuil-sur-Mer, au groupe principal du domaine royal. Le surplus de la succession vermandisienne fut laissé aux deux contendants : le Vermandois proprement dit à Philippe d’Alsace, le Valois à Aénor.

En 1191, la mort de Philippe d’Alsace, que la peste enleva au siège d’Acre, en Palestine, permit au roi de réaliser la plupart des annexions stipulées par son contrat de mariage et par le traité de 1185. La partie occidentale du comté de Flandre, désignée à partir de ce moment sous le nom de « terre d’Artois » parce qu’Arras en était la ville la plus importante, fut définitivement adjugée par le traité d’Arras, en 1191, à Louis, fils uniquedu roi, âgé de quatre ans, comme héritier de sa mère Isabelle de Hainaut décédée l’année précédente : c’était en fait la réunion à la couronne des châ-

ACQUISITION DE l’aRTOIS, DU VERMA NDOIS ET DU VALOIS I o3

tellenies comtales d’Arras, de Bapaunie, d’Aire, de Saint-Omer, de Lens et de Hesdin et l’acquisition de la mouvance directe des comtés de Boulogne, de Guines et de Saint-Pol en Ternois. Toutefois, par un traité postérieur conclu à Péronne le 2 janvier de l’an 1200, Philippe dut rendre au comte deFlandre, Baudouin IX, alors allié de l’Angleterre, à ce comte Baudouin qui, cinq ans plus tard devait être couronné empereur de Constantinople, Philippe, dis-je, dut rendre les châtellenies de Saint-Omer et d’Aire ainsi que la mouvance du comté de Guines et celles des fiefs d’Ardres, de Lilliers et de Richebourg. Les effets de ce dernier traité cessèrent en 1212 lorsque, par une convention en date du 25 février, le roi de France, plus puissant que jamais, se fit restituer par la comtesse Jeanne et par le comte Ferrand de Flandre les territoires que je viens de nommer.

Quant au comté de Vermandois, ou plutôt à la majeure partie de ce comté dont Philippe d’Alsace avait continué de jouir de 1185 à 1191, un nouvel arrangement conclu à la fin de cette dernière année laissa à la comtesse de Valois, Aénor (qui, en échange, assura à Philippe Auguste la succession au comté de Valois), l’usufruit de la partie orientale de ce fief, c’est-à-dire la partie composée des châtellenies de Saint-Quentin, de Ribemont, d’Origny, de Chauny, de Ressons-sur-Matz et de Lassigny, tandis que le roi entrait immédiatement en possession de Péronne et de ses dépendances.

Enlin, pour en finir avec toutes les variations territoriales qui résultèrent plus ou moins directement de la mort de Philippe d’Alsace, je rappellerai qu’à la mort de la comtesse Aénor, arrivée le 12 juin 1214, six semaines environ avant la journée de' Bouvines, le roi entra enfin en possession du comté de Valois, situé entre Senlis, Meaux, Soissons et Compiègne, et qui comprenait cinq châtellenies comtales : Crépy, la Ferté-Milon, Villers-Cotterets, Vivières et Pierrefonds. ainsi que du surplus du comté de Vermandois. C’est à dater de ce moment que l’importante seigneurie de Guise (Aisne, arrondissement de Vervins), qui relevait antérieurement du comté de Vermandois, entra dans la mouvance directe de la couronne.

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