COUP DQE1L SUR LE COMTÉ UE TOULOUSE
comte de Toulouse, déjà fort puissant, dominait sur le Toulousain, l'Albigeois, le Quercy, le Carcassès et le Razès. Ses états étaient bornés au nord-est et à l’est par le comté de Rouergue et le marquisat de Gothie possédé par un de ses proches, le chef d’une branche cadette de la maison toulousaine. Le Rouergue et le marquisat de Gothie furent joints au comté de Toulouse en 1088, lorsque le comte Raimond de Saint-Gilles, qui en avait hérité vingt-deux ans auparavant, succéda dans le comté de Toulouse à son frère Guillaume IV. Dans la seconde moitié du xne siècle, les descendants de Raimond de Saint-Gilles furent troublés dans la possession de l’héritage de Guillaume IV par les rois d’Angleterre Henri Plantegenêt et Richard Cœur-de Lion qui étaient en même temps ducs de Guyenne, et ce dernier monarque s’empara même du Quercy en 1188 ; mais, huit ans plus tard, il accordait au comte Raimond VI une paix des plusavantageuses. Renonçant à ses prétentions sur le comté de Toulouse, le roi Richard restituait le Quercy et donnait en mariage à Raymond VI, sa sœur Jeanne Plantegenêt, veuve du roi de Sicile, avec l’Agenais pour dot, l’Agenais qui jusque-là avait fait partie du duché de Guyenne, et, avec l’Agenais, semble-t-il, l’hommage de plusieurs fiefs gascons, parmi lesquels les comtés d’Armagnac et d Astarac. Ce fut là l’apogée de la maison comtale de Toulouse qui, douze années plus tard, voyait prêcher contre elle une croisade ayant pour mission d’extirper du midi de la France l’hérésie albigeoise dont on prétendait que le comte Raimond VI était un des adeptes.
Le comté de Toulouse et ses annexes, dont la plus importante était le duché de Narbonne — on donnait alors ce nom à l’ancien marquisat de Gothie — répondait à peu près à onze de nos départements actuels : ceux du Gard, de l’Hérault, de l’Aude, de l’Ariège, delà Haute-Garonne, du Tarn, de l’Aveyron, du Lot, de Tarn-et- Garonne, de Lot-et-Garonne et du Gers. Dans cette vaste étendue de territoire le comte de Toulouse avait de puissants vassaux, au premier rang desquels il convient de citer les comtes d’Armagnac, d’Astarac, de Comminges, de Foix et de Rodez, l’évêque de Lodève, depuis 1187 possesseur du comté de ce nom; le vicomte de Carcassonne et de Razès, qui tenait encore les vicomtés d’Albi et de Béziers, ainsi que le Lauraguais; le vicomte de Nîmes et d’Agde ; le vicomte de Narbonne et le vicomte de Lautrec.
La croisade contre les Albigeois, c’était, sous couleur de religion, la France du Nord se ruant sur la France du Midi. La
LOUIS VIII
guerre la plus terrible qui se soit abattue sur une région de la France, durant la période féodale, se prolongea durant près de vingt années, et une nouvelle dynastie comtale sembla un moment devoir prendre la place de l’antique maison de Saint-Gilles. Ce fut un baron des environs de Paris, Simon de Montfort, seigneur de Montfort l’Amaury, le généralissime de l’armée croisée déjà gratifié en 1209 de tous les domaines conquis sur le riche vicomte de Carcassonne, qui reçut, en 1215, de l’autorité pontificale le comté de Toulouse et le duché de Narbonne partiellement conquis sur Raimond VI, et lorsque ce vaillant homme de guerre eut trouvé la mort, en 1218, devant Toulouse, son fils aîné, Amaury de Montfort, lui succéda avec les titres de comte de Toulouse et de duc de Narbonne.
La fortune se lassa enfin de poursuivre le comte légitime de Toulouse : vers la fin de sa vie, Raimond VI eut la chance de recouvrer la plus grande partie de ses états et il les transmit à Raimond VII, qui ne put jamais obtenir pour son père, mort en 1222, les honneurs d’une sépulture ecclésiastique. Mais le pape, promoteur de la croisade, et les croisés eux-mêmes n’entendaient point qu’on leur ravît des conquêtes aussi chèrement achetées. Amaurjr de Montfort, réduit à l’extrémité et désespérant de rétablir ses affaires, envoya les évêques de Nîmes et de Béziers vers Philippe Auguste, pour lui proposer la cession du pays conquis. Le pape Honorius III lui-même, touché des disgrâces d’ Amaury, écrivit en mai 1222 au roi de France ; mais celui-ci refusa les offres du comte catholique de Toulouse, l’éventualité d’une nouvelle guerre avec l’Angleterre lui interdisant de s’engager dans une affaire aussi importante et, au mois de décembre suivant, de nouvelles tentatives faites auprès de lui n’eurent pas plus de succès. Toutefois, Philippe Auguste, alors arrivé au déclin de la vie, prévoyait que, lui mort, son successeur céderait sans doute aux offres instantes qu’on ne manquerait pas de renouveler : « Je sais, « disait-il, qu’après ma mort les clercs feront tous leurs efforts « pour que mon fils Louis se mêle de l’affaire des Albigeois ; « mais, faible et délicat comme il l’est, il succombera bien vite, et « alors le royaume tombera entre les mains d’une femme et d’un « enfant, si bien qu’il ne chômera pas de dangers1. » L’événement ne vérifia que trop ses conjectures.
Guillaume de Puylaurens, dans les Historiens de France, t. XIX, p. 216 B.