LE COMTÉ DE TOULOUSE ATTRIBUÉ AU ROI
Le pape, qui avait paru un moment favorable au jeune comte de Toulouse, Raimond VII, refusa finalement sa soumission. Enfin, au concile tenu à Paris, le 28 janvier 1226, le légat pontifical excommunia de nouveau Raimond VII et ses complices et, le traitant comme un hérétique reconnu, confirma pour toujours à Louis VIII et à ses successeurs les terres de ce malheureux baron, Amaury de Montfort cédant de nouveau au roi tout le droit qu’il y avait, abandonnant même désormais les titres de comte de Toulouse et de duc de Narbonne qu’il avait pris à la mort de Simon. Mais le roi, à qui le légat avait publiquement promis 100.000 livres par an à prendre sur les décimes ecclésiastiques cinq années durant, ne voulait point s’exposer dans une telle entreprise sans être garanti du côté de l’Angleterre, et il obtint que le pape défendît au roi Henri III, sous peine d’excommunication, de l’inquiéter tandis qu’il combattrait, au nom de l’Eglise romaine, les hérétiques albigeois et leur complice, le comte Raimond, cousin germain du monarque anglais. En même temps il se fit donner acte, par le légat et par seize évêques de France, que son engagement ne l’obligeait de demeurer en Languedoc qu’autant qu’il lui plairait, et que cet engagement, au cas où la mort en empêcherait l’accomplissement, ne lierait point ses héritiers, mesures de prudence que Philippe Auguste n’eût point désavouées.
Louis VIII manda à tous ceux de ses vassaux qui lui devaient le service militaire de se trouver en armes à Bourges, le 17 mai suivant, et la terreur que répandit dans le Midi la nouvelle de ces préparatifs lui amena, dès le mois d’avril, la soumission de nombreux barons et de nombreuses places du Languedoc. Il s’achemina ensuite par la rive droite du Rhône, en terre d’Empire, à la tête d’une formidable armée, posa son camp devant Avignon le 7 juin et, sur le refus que les habitants firent de livrer passage à son armée, commença le siège de cette ville, qui appartenait à Raimond VII, et s’en rendit maître le 12 septembre ; mais il se garda bien de prendre possession d’une cité, que le comte de Toulouse tenait, ainsi que le marquisat de Provence, de l’empereur d’Allemagne.
Le Rhône traversé après la prise d’Avignon, la marche du roi ne fut plus qu’une promenade militaire, par Béziers, Carcassonne, Pamiers, Belpech, Castelnaudary, Puylaurens, Lavaur et Albi. De cette ville le roi reprit le chemin de ses domaines, pour revoir la reine Blanche et ses enfants, pensant revenir le printemps
LOUIS VIU
suivant en Languedoc où il laissait comme lieutenant Humbert de Beaujeu avec un corps de troupes. Mais la maladie l’arrêta quelques jours après, à Montpensier, en Auvergne, où il expira le 8 novembre 1226.
Toutefois, l’expédition de Louis VIII en Languedoc ne tarda pas à produire ses fruits. Tout d’abord Humbert de Beaujeu continua les hostilités, au nom du jeune roi Louis IX, contre le comte de Toulouse, et celui-ci s’estima heureux d’accepter les propositions de paix qu’on lui fit en décembre 1228 et qui aboutirent, le 12 avril 1229, à un règlement définitif de la question albigeoise extrêmement profitable à la couronne de France.
Parce traité du 12 avril 1229, Raymond VII abandonnait à la couronne la moitié environ du beau fief qu’avait possédé son père le comte Raymond VI. Tout le duché de Narbonne, à peu près représenté aujourd’hui par les départements du Gard, de l’Hérault et de l’Aude, fut cédé au roi, ainsi que le territoire de Saint- Antonin, châtellenie comtale située à l’extrémité sud-ouest du Rouergue et la vicomté de Grèzes en Gévaudan. En dehors du Quercy septentrional, composé du temporel de l’évêché de Cahors et de la seigneurie de Gourdon, rattachés à la mouvance directe de la couronne dès l’an 1211, dès le début de la guerre albigeoise, on abandonna aussi au roi la suzeraineté immédiate de la partie de l’Albigeois comprise entre le Tarn et l’Agout et celle de la seigneurie de Mirepoix formée d’un démembrement du comté de Foix, à l’orient duquel elle étaitsituée. Le vicomte de Narbonne, l’évèque-comte de Lodève et l’évêque de Maguelonne, suzerain des seigneurs de Montpellier, entrèrent ainsi dans la mouvance directe de la couronne, ainsi que le vicomte de Lautrec en Albigeois et deux chevaliers du pays environnant Paris qui, marchant à la conquête du Midi à la suite de Simon de Montfort, avaient été gratifiés de terres importantes enlevées aux hérétiques : je veux parler de Philippe de Montfort, fils et héritier de Guy de Montfort auquel son frère, le fameux Simon, avait donné toute la partie de l’Albigeois située entre le Tarn et l’Agout et qui, privée, par suite du traité de 1229, de la vicomté de Lautrec, constitua la seigneurie de Castres, plus tard qualifiée de comté ; je veux parler aussi de Guy de Lévis, maréchal de l’armée de la foi, c’est-à-dire de l’armée , des croisés, que Simon de Montfort avait mis en possession de l’importante baronnie de Mirepoix dépendant jusque-là du comté de Foix, à l’est duquel elle était située ; et à l’occasion de ces deux