TRAITÉ AVEC RAIMOND VU EN I2 2Q
baronnies. Castres et Mirepoix, je crois devoir rappeler que Simon de Montfort, afin de hâter leur assimilation à la France du nord, les avait soumises à la coutume de Paris par laquelle elles furent régies pendant plusieurs générations.
Le traité de 1229, désigné ordinairement sous le nom de traité de Meaux, bien que son instrument final soit daté de Paris, laissait à Raymond VII le surplus des possessions paternelles, à savoir le Toulousain, l’Albigeois septentrional, c’est-à-dire la partie de ce territoire située au nord du Tarn, le Rouergue, le Quercy méridional et l’Agenais, avec la suzeraineté des comtés de Foix, d’Armagnac et d’Astarac. C’était certainement un fort beau fief; mais on n’en laissait la jouissance à Raymond VII qu’à des conditions assez humiliantes qui lui enlevaient l’espoir de voir se relever l’antique renom de la maison de Saint-Gilles. Le traité stipulait le démembrement éventuel des domaines de Raymond VII, et ce démembrement ne pouvait être évité qu’au cas où ce prince n’aurait d’autre héritier direct que Jeanne, l’unique enfant qu’il eût alors : en effet, Toulouse et le Toulousain devaient passer, à la mort de Raymond VII, à celui des fils de Louis VIII qui épouserait Jeanne de Toulouse, tandis que l’Agenais, le Rouergue, le Quercy méridional et l’Albigeois septentrional seraient dévolus aux autres enfants de Raymond. Or celui-ci, le dernier mâle de sa race, n'ayant point eu d'autre enfant que Jeanne et celle-ci étant morte elle-même sans postérité quarante-deux ans après le traité de Meaux, l’héritage presque entier de la maison de Toulouse fut alors uni à la couronne.
Le traité de 1229, fort habilement conçu d’ailleurs, fut donc aussi avantageux à la couronne qu’il était permis de l’espérer, et bien que ce traité n’eût été conclu que deux ans et demi après la mort de Louis VIII, sous la régence de Blanche de Castille, il doit être considéré comme le fruit de la politique de ce monarque et comme la digne récompense d’une vie sacrifiée aux intérêts de la maison royale dont il était le chef.
Ce règne trop court fut donc extrêmement favorable à l'accroissement du domaine. Le Poitou définitivement arraché au roi d’Angleterre, ainsi que la Saintonge et l’Aunis, le Languedoc en partie soumis ne sont pas le seul apport du fils de Philippe Auguste. On lui doit également l’annexion de quelques terres picardes et du comté du Perche réunis dans les circonstances que je vais indiquer.
LOUIS VIII
Le comté de Ponthieu avait été mis en 1214 sous la main du roi en punition de la révolte de Simon de Dammartin, époux de la comtesse Marie, nièce de Philippe Auguste ; celle-ci ne put recouvrer son héritage en 1225 qu’en en sacrifiant une partie. Les châtellenies de Saint-Riquier et de Doullens, celle-ci isolée du comté de Ponthieu, celle-là ancienne châtellenie donnée en dot, dès 1195, à Alix de France, mère de Marie, furent alors cédées à la couronne avec quelques autres terres moins importantes.
Quant au comté du Perche, c’était, vous le savez, un ancien fief du duché de Normandie situé à l’est du cours supérieur de la Sarthe : Mortagne, Bellême, la Perrière — compris aujourd’hui dans le département de l’Orne — et Nogent-le-Rotrou, qui dépend maintenant d’Eure-et-Loir, en étaient les principales forteresses comtales. Son jeune comte, Thomas, l’espoir de la vieille famille féodale qui l’avait possédé depuis plus dedeux siècles, avait perdu la vie en 1217, à la bataille de Lincoln où il combattait dans l’armée que commandait le prince Louis. Il avait eu pour successeur le dernier représentant mâle de la famille comtale, Guillaume du Perche, évêque de Châlons-sur-Marne. Or, ce prélat étant mort en janvier 1226, le comté du Perche fut revendiqué à la fois par la comtesse douairière de Champagne, Blanche de Navarre, et par Jacques de Château-Gontier, l’un et l’autre descendant par les femmes des anciens comtes. Mais Louis VIII qui y avait également des prétentions, le mit sous sa main par provision et confia la garde de Bellême à Pierre de Dreux, comte de Bretagne, lorsqu’il partit pour la guerre contre les Albigeois. C’était là une véritable prise de possession que saint Louis régularisa trente et un an plus tard, au moyen d’un arrangement avec Jacques de Château-Gontier.
La soumission définitive du Poitou, de l’Aunis et de la Saintonge par les armes victorieuses de Louis VIII était venue renforcer, vers son extrémité sud-ouest, le principal, le plus important des groupes territoriaux que formait, à l’avènement de ce monarque, le domaine de la couronne ; c’est aussi à ce groupe territorial que vinrent s’ajouter, d’une part, les châtellenies de Saint-Riquier eide Doullens en 1225, d’autre part, le comté du Perche en 1226.