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DOMAINE ROYAL A LA MORT DE LOL'IS VIII

L’autre groupe territorial composé de la province d’Auvergue ne reçut aucun accroissement ; mais un troisième groupe domanial se forma, plus au sud, des pays enlevés par Louis VIII aux Albigeois. C’est ce groupe domanial dont le traité de 1229 confirma l’existence et qui, alors composé des diocèses de Nîmes, d’Uzès, de Lodève, de Maguelonne, d’Agde, de Béziers, de Narbonne, de Carcassonne et d’une importante partie de l’Albigeois, avait pour annexe, vers le nord-est, la châtellenie auvergnate de Saint- Antonin (aujourd’hui chef-lieu de canton de l’arrondissement de Montauban, dans le Tarn-et-Garonne) enclavée dans les états laissés au comte de Toulouse, et, vers le nord, la châtellenie de Grèzes-le-Château en Gévaudan.

A ne considérer, parmi les faits qui modifièrent la composition du domaine royal, que ceux qui se produisirent pendant la durée même du court règne de Louis VIII, aucun historien ne serait tenté de refuser à ce prince une belle place parmi les monarques qui ont utilement travaillé au développement du domaine de la couronne ; mais il est juste d’ajouter que c’est à Louis VIII que revient la responsabilité d’avoir créé les apanages de ses trois fils puînés.

Jusque-là, les fils de France n’avaient pas reçu d’apanages territoriaux, ou n’en avaient eu que de fort médiocres. Si le second fils survivant du roi Robert reçut, en 1032, le duché de Bourgogne, ce ne fut pas là, à proprement parler, une constitution d’apanage. L’abandon du duché de Bourgogne avait été, en quelque sorte, une nécessité imposée à Henri Ier pour apaiser le compétiteur que sa mère, la reine Constance, avait voulu placer sur le trône à son détriment. La meilleure preuve qu’on en puisse donner, c’est que le troisième des fils du roi Robert, Eudes, ne reçut aucune dotation et traîna, pendant plus d'un quart de siècle, une existence misérable. Le second fils de Henri Ier, Hugues le Maine ou le Grand, ne reçut non plus aucune dotation territoriale ; mais son frère, le roi Philippe Ier, lui procura, en le mariant avec l’héritière du comte de Vermandois, un brillant établissement. Des deux fils nés de l’union adultérine du roi Philippe Ier avec Bertrade de Montfort, l’aîné seul, Philippe, eut une petite part de l’héritage paternel, la châtellenie de Mantes que lui fit perdre, dès 1109, sa conduite, ou plutôt celle de sa mère, envers le nouveau roi Louis le Gros. Quant à son plus jeune frère, Floire, il n’eut d’autre seigneurie que celle que lui apporta l’héritière de Nangis-en-Brie.

LOUIS VIII

A la génération suivante, un des fils puînés de Louis le Gros, Robert, eut pour apanage territorial le minuscule comté de Dreux, et, si son frère cadet, Pieri-e, tint plus tard quelques fiefs, il les tint du chef de sa femme, héritière de l’ancienne maison de Courtenav. Enfin l’apanage de Philippe Hurepel, second fils de Philippe Auguste, constitué au début du règne de Louis VIII, fut formé presque exclusivement du patrimoine de sa femme.

Ainsi que je l’ai dit dans la précédente leçon, Philippe Hurepel, né vers 1201, avait été fiancé dès le berceau à Mahaut, fille unique du félon Renaud de Dammartin sur qui Philippe Auguste confisqua, en 1212, les comtés de Boulogne, de Dammartin et de Mortain avec plusieurs autres terres de moindre importance. Bien qu’en principe tousces biens fussent destinés à Philippe Hurepel et à Mahaut de qui le mariage avait été célébré en 1216, ils demeurèrent unis au domaine de la couronne jusqu’au début du règne de Louis VIII qui les fit enfin délivrer à son frère et à sa belle-sœur. On réserva seulement pour la couronne ce qu’on appelait la terre de Cotentin, c’est-à-dire la partie cotentinoise du comté de Mortain composée, si je ne me trompe, des châtellenies de Cérences et de Gavray, en échange desquelles Philippe reçut le comté de Clermont en Beauvaisis acheté, en 1218, par Philippe Auguste des parents du dernier comte, et un quart de Dammartin — il s’agit toujours de Dammartin-en-Goële, entre Meauxet Senlis — ce quart de Dammartin également acquis par le feu roi. Mais toutes les terres données à Philippe Hurepel, sauf le comté de Boulogne, étaient réversibles à la couronne, au cas où ce prince mourrait sans héritier direct. L’apanage de Philippe Hurepel pris en totalité sur les biens de Renaud de Dammartin (on peut dire en totalité puisque le comté de Clermont, qui n’en provenait pas, fut donné en échange de la terre de Cotentin), l’apanage de Philippe n’avait donc point grevé le domaine royal ; il entrava seulement la réunion à ce domaine de terres mises, dès 1212, sous la main du roi.

Ainsi les premiers rois capétiens, assez peu riches pour la plupart, avaient aliéné le moins possible du domaine de la couronne pour établir leurs enfants, et leur fortune territoriale ne leur permettait guère d’agir autrement, sans risquer de compromettre leur prestige et la puissance royale que chacun d’eux avait à cœur d’accroître dans la mesure de ses forces. Sans doute, il fallait bien, de temps à autre, doter une fille de France que l’on

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