LA. BRETAGNE DANS LA FAMILLE FRANÇAISE
Cornouailles, frère du roi d’Angleterre Henri III et son lieutenant en Guyenne, fut bientôt dissoute grâce à l’habileté de Blanche, et les principaux conjurés, le comte de Bretagne et celui de la Marche, vinrent faire hommage au jeune roi à Vendôme, le 16 mars 1227. On décida alors le mariage de Jean, second frère du roi — à qui le testament de Louis VIII assignait l’Anjou et le Maine à titre d’apanages, — on décida le mariage de Jean de France avec Yolande de Bretagne, fille de Pierre Mauclerc, et le roi, ou plutôt la régente, gratifia Pierre à cette occasion de la châtellenie de Saint-James de Beuvron, située dans l’Avranchin, sur les confins de la Bretagne, ainsi que de celles de Bellême et de la Perrière, au comté du Perche, en stipulant que ces terres seraient transmissibles à la postérité du donataire.
Malgré ces nouveaux bienfaits, Pierre Mauclerc patronnait l’année suivante une seconde coalition et entrait en campagne en berçant le roi d’Angleterre de l’espoir du recouvrement de la Normandie ; mais cette fois, en mars 1229, le jeune roi s’emparait, après quelques jours de siège, de Bellême, la plus importante des forteresses du Perche dont Pierre qui, deux ans auparavant, l’avait reçue de la libéralité royale, pensait sans doute faire sa base d’opérations pour enlever la Normandie au roi. Le comte de Bretagne, déçu une seconde fois, commit alors un acte odieux : oubliant ce qu’il devait aux héritiers de Philippe Auguste, son bienfaiteur, il se rendit à Portsmouth en octobre 1229, excita le roi d’Angleterre à faire une descente en France et fit hommage à ce prince du comté de Bretagne. Henri III étant débarqué à Saint-Malo, le 3 mai, avec une armée formidable, le comte Pierre lui livra ses meilleures places et obligea un certain nombre de barons bretons à faire hommage au monarque anglais ; toutefois plusieurs d’entre eux refusèrent d’y consentir et fortifièrent leurs châteaux dans la résolution de s’opposer de toutes leurs forces aux Anglais. Cependant le jeune roi de France marchait avec une armée contre le comte félon et, à Ancenis, c’est-à-dire sur le sol même de la Bretagne, il déclarait, dans une assemblée de barons bretons, Pierre Mauclerc déchu de tous ses droits et reçut d’eux le serment de ne faire ni paix ni trêve, soit avec les Anglais, soit avec leur comte, sans qu’il y consentît. Ceci se passait en juin 1230 et, quelques mois plus tard, le roi Henri se rembarquait après que saint Louis eût chassé de la Champagne, qu elle avait envahie, l’armée
SAINT LOUIS
des barons coalisés. Mauclerc put alors mesurer toute l’étendue du péril où l’avait jeté sa politique remuante. Le monarque étranger dont il s’était constitué le vassal était parti et il se voyait de plus en plus délaissé par les barons bretons qui, dégagés par sa félonie, faisaient hommage au roi de France, en attendant que le fils de Pierre, c’est-à-dire leur vrai comte, eût accompli sa vingtième année. Heureusement pour Pierre, des efforts de pacification se produisirent de toutes parts et, grâce à la médiation de spn frère aîné, le comte de Dreux, demeuré fidèle de tout temps à la cause royale, il obtint, en juillet 1231, une trêve de trois ans. A l’expiration de la trêve, le roi entra derechef en Bretagne, se rendit maître de Chateauceaux — aujourd’hui Chantoceaux, chef-lieu de canton de l’arrondissement de Chollet, Maine-et- Loire — ainsi que d’Oudon et, après une nouvelle trêve de quatre mois, Pierre Mauclerc, ne trouvant pas le roi d’Angleterre disposé à le secourir, dut se soumettre. Il conserva la régence du comté de Bretagne jusqu’en novembre 1237, où son fils, le comte Jean, atteignit l’âge de la majorité.
Le domaine royal ne gagna que peu de choses au traité conclu, en 1234, entre le roi et Pierre Mauclerc, qui abandonna à saint Louis la place normande de Saint-James de Beuvron et les places percheronnes de Bellême et de la Perrière dont, sept années auparavant, il avait été gratifié par le traité de Vendôme. Cependant la soumission de Pierre Mauclerc, définitive cette fois, fut pour la royauté un succès de premier ordre. En effet la Bretagne qui, presque étrangère de fait jusqu’en 1204 à la couronne de France, était soumise, depuis 1213, à un comte de race française, lequel se montra le pire ennemi de la royauté pendant huit ans, de 1227 à 1234, la Bretagne entra définitivement dans la grande famille française et. jusqu’à la guerre de succession qui s’alluma en 1341, plus d’un siècle après les événements que je viens de raconter, rien ne vint troubler la bonne harmonie entre cette province et la monarchie capétienne.
C’est au cours des événements que je viens de rappeler et quelques jours après la prise de Bellême sur Pierre de Dreux qu’était signé à Paris, le 12 avril 1229, le traité qui mit fin à la grande guerre du midi que l’histoire connaît sous le nom de guerre des Albigeois, traité dont je vous ai exposé les conditions en vous parlant du règne de Louis VIII, car il peut être considéré comme l’achèvement de l’œuvre de ce roi. Je vous rappel-