TRAITÉ DE 12 39, AVEC L^, COMTE DE TOULOUSE
lerai seulement que ce traité attribuait au roi le duché de Narbonne, c’est-à-dire la partie orientale des états du comte de Toulouse et de la province qu’on appela plus tard le Languedoc. Le pays cédé au roi fut dès lors divisé au point de vue administratif en deux sénéchaussées ; la sénéchaussée de Beaucaire et celle de Carcassonne. Le domaine royal y fut formé de la vicomté de Nîmes, unie au domaine des comtes toulousains depuis l’an 1185, et des vicomtés de Béziers et de Carcassonne, sur lesquels l’héritier légitime de ces fiefs, Raymond Trencavel, céda solennellement ses droits au roi dix-huit ans plus tard. La petite vicomté de Grèzes (Grèzes-le-Château. à deux lieues sud-sud-est de Marvejols, Lozère), qu’un espace de quelques lieues seulement séparait de la partie septentrionale du duché de Narbonne, et la petite vicomté de Saint-Antonin, située à l’extrémité sud-ouestduRouergue, furent également jointes au domaine royal en vertu du traité de 1229. Enfin vous n’avez pas oublié que ce traité, tout en laissant au comte de Toulouse, Raymond VII, le surplus de ses possessions héréditaires, stipulait le mariage de Jeanne, son unique enfant, avec un des frères du roi qui, après la mort de Raymond VII et lors même que ce comte laisserait d’autres enfants, devait entrer en possession de Toulouse et du Toulousain, tandis que les autres domaines du comte Raymond seraient dévolus à ses autres héritiers directs. Le traité de 1229 ne désignait pas encore celui des frères de saint Louis qui devait épouser Jeanne de Toulouse ; mais le choix de la reine Blanche se porta bientôt sur Alphonse, celui d’entre eux qui, par son apanage (le Poitou et l’ Auvergne), serait le plus à même de surveiller plus tard l’héritage de Raymond VII que, le comte n’ayant pas laissé d’autre héritier direct que Jeanne, le destin lui fit recueillir en 1249.
La plupart des historiens attribuent encore au temps de la régence de la reine Blanche un prétendu accroissement du domaine dont il est bon que je parle afin de vous prémunir, Messieurs, contre l’interprétation erronée des textes. A entendre ces historiens, parmi lesquels M. Henri Wallon, auteur d’un livre fort connu sur saint Louis, les comtés de Blois, de Chartres, de Sancerre et la vicomté de Châteaudun, auraient été unis au domaine de la couronne par suite de la vente que le comte de Champagne, ThibautIV, en avait faite à saint Louis moyennant 40,000 livres tournois. Mais c’est là une erreur : le roi n’acquit que la suzeraineté et non le domaine utile de ces divers fiefs qui, de la mou-
saint louis
vance du comte de Champagne, chef de la maison de Blois, passèrent dans la mouvance directe de la couronne.
La minorité de Louis IX et, par suite, la régence de Blanche de Castille ayant pris fin vers l’an 1235, c’est maintenant du règne personnel de saint Louis que nous allons parler .
Une chose domine surtout, au point de vue spécial que j’étudie ici, le règne de ce prince et le distingue de celui de son aïeul : c’est le scrupule poussé jusqu'à sa dernière limite et qui l’empêche de jouir tranquillement des domaines qui, à l’ouest comme au midi, sont venus enrichir le patrimoine royal et que les deux rois conquérants qui l’ont précédé sur le trône pensaient avoir légitimement acquis. La conscience délicate de saint Louis ne lui permet pas, d’autre part, de modérer la libéralité avec laquelle son père a désigné les apanages dont trois de ses fils puînés devaient être pourvus. L’un d’eux, Jean, auquel le père avait assigné l’Anjou et le Maine, était mort avant d’atteindre l’âge d’homme : un roi honnête toutefois, mais moins scrupuleux que Louis IX, eût gardé l’Anjou et le Maine. Louis ne l’entend pas ainsi et il croit interpréter fidèlement les intentions paternelles en substituant à Jean Charles, son plus jeune frère, que le testament paternel destinait à l’Eglise. Ainsi à l’époque de leur majorité, chacun des trois frères puînés de saint Louis, les seuls qui survécussent des cinq fils cadets de Louis VIII, est-il mis en possession d’un apanage constitué par son père : Robert, de l’Artois en 1237 ; Alphonse, du Poitou, de la Saintonge et de l’Auvergne en 1241 ; Charles, de l’Anjou et du Maine en 1246. L’une de ces investitures, celle d’Alphonse de Poitiers, fut le signal d’une levée de boucliers des ennemis de la royauté dans l’ouest et dans le midi de la France, révolte qui, appuyée cependant par le roi d’Angleterre, fut bientôt comprimée et réprimée par les armes.
Lorsque, en 1241. saint Louis mit son frère Alphonse en possession de l’apanage qui lui était destiné, il se crut obligé en conscience de lui délivrer, dans son intégrité, le legs paternel. Or l’Aunis, — conquis par le roi Louis VIII et qui ainsi que la Saintonge faisait partie de ce qu’on nommait alors le Poitou —