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ACQUISITION DES COMTÉS DE MACON, DE CLERMONT, ETC

qui avait été détaché du domaine royal en 1223, et l’y réunir ; mais les comtes de Poitiers et d’Anjou, ses frères, s’y opposèrent, soutenant que le comté devait être partagé par tiers entre le roi et chacun d’eux. La contestation dura plus de sept ans et fut enfin terminée au mois de septembre 1258, par un arrêt du Parlement qui débouta les deux comtes de leurs prétentions. Quelques mois plus tard, en janvier 1259, Mahaut de Boulogne, veuve de Philippe Hurepel, mourait à son tour, et c’est seulement à sa mort, paraît-il, que les comtés de Clermont et de Mortain, ainsi que la châtellenie de Domfront, dont on lui avait laissé l’usufruit, furent réellement unis au domaine de la couronne ; le comté de Dammartin resta aux mains du roi jusqu’en 1267, où saint Louis le rendit à Mathieu de Trie, cousin germain de Mahaut. Quant au comté de Boulogne, il passa dès 1259 à des collatéraux.

Ces diverses acquisitions de saint Louis furent à peu près contrebalancées par l’aliénation des terres que ce prince détacha du domaine, en mars 1269, pour apanager ses trois fils puînés. Cette constitution d’apanages permet de constater chez ce roi un sens politique plus profond que celui dont son père Louis VIII avait fait preuve en assignant à trois de ses enfants de magnifiques apanages. En dotant ses fils cadets d’une façon beaucoup plus modeste, saint Louis prouva qu’il n’entendait pas appauvrir la couronne de France pour établir des enfants qui lui étaient chers. Jean Tristan, le second de ses fils, reçut le comté de Valois, qui ne comprenait alors que les châtellenies de Crépy, de la Ferté-Milon, de Villers-Cotterets, de Vivières et de Pierrefonds ; Pierre, le troisième, avait le comté d’Alençon et celui du Perche ; enfin Robert, le plus jeune, eut le comté de Clermonten-Beauvaisis. Mais chacun de ces princes contracta une riche alliance qui le fit l’égal des plus hauts barons français. Dès 1265 Jean Tristan avait épousé la jeune comtesse de Nevers, Yolande de Bourgogne ; malheureusement il mourut sans postérité, devant Tunis, un peu avant son père, de sorte que le comté de Nevers échappa à la maison de France, tandis que le Valois fit retour à la couronne, en droit, du vivant même de saint Louis puisque

SAINT LOUIS

celui-ci survécut vingt-deux jours à son fils. Quant aux deux derniers fils du roi, ils se marièrent l’un et l’autre en 1272, Pierre, avec la future héritière des comtés de Blois et de Chartres et des seigneuries d’Avesnes, de Guise, etc. ; Robert, avec Béatrix de Bourgogne, la future héritière de l’importante seigneurie de Bourbon-l’Archambault, qui répondait déjà au gouvernement de Bourbonnais des derniers siècles.

En somme, le règne de saint Louis fut extrêmement profitable à la France et son rôle dans l’agrandissement territorial du royaume fut surtout de consolider les conquêtes de ses prédécesseurs. Grâce aux traités avec les rois d’Aragon et d'Angleterre, la frontière méridionale du royaume, assez vague depuis plus d’un-demi siècle, était nettement fixée et ne donnait plus lieu de redouter, de ce chef, aucune complication. Le roi d’Angleterre était rentré, pour le duché de Guyenne, au nombre des vassaux du monarque français et devait abandonner les prétentions qu’il avait sur la Normandie, l’Anjou, le Maine, la Touraine, le Poitou, l’Aunis etla Saintonge septentrionale.

Grâce aussi aux arrangements pris, en 1247, avec Raymond Trencavel et, en 1257, avec Jacques de Château-Gontier, la couronne fut prémunie contre toute revendication au sujet de l’Albigeois, du Carcassès, du Razès, de la vicomtéde Béziers et du comté du Perche.

D’autre part, le comté de Bretagne et le Poitou avaient fait un pas de plus dans la voie de l’assimilation aprèsque saint Louis eut réduit à merci le comte Pierre Mauclerc, en 1234, et les barons poitevins, en 1242, et plusieurs fiefs, mouvants jadis médiatement de la couronne, avaient été placés sous la suzeraineté directe du roi : tels les comtés de Blois, de Chartres et de Sancerre, ainsi que la vicomté de Châteaudun, dont la mouvance fut vendue au roi en 1234, par le comte de Champagne; tel aussi le comté de Foix qui, ayant la révolte du comte de Toulouse en 1242, relevait de ce dernier.

Enfin le domaine de la couronne s’était accru, par le traité de 1229, de tout le Bas-Languedoc, sans compter quelques terres enclavées dans le Rouergue et dans le Gévaudan ; en 1239, du comté de Mâcon vendu par Jean de Braine ; en 1259, des comtés de Clermont et de Mortain, ainsi que de la châtellenie de Domfront, unis au domaine après la mort de la comtesse Mahaut de Boulogne, veuve de Philippe Hurepel.

SAINT LOUIS ET l’uNITÉ FRANÇAISE

Dans la première moitié du règne, l’Artois, l’Anjou et le Maine, le Poitou et l’Auvergne avaient été démembrés du domaine royal en exécution du testament de Louis VIII ; mais ces diverses provinces, ainsi que le comté d’Alençon, le comté du Perche et celui de Clermont-en-Beauvaisis, aliénés en 1269, étaient aux mains de fils de France issus de Philippe Auguste qui y poursuivaient cette œuvre d'assimilation sans laquelle l’unité française serait un vain mot. Et en même temps l’un de ces fils de France, Alphonse de Poitiers, successeur de Raymond VII dans le comté de Toulouse, préparait, pour un avenir très prochain, l’union déhnitive du midi etdu nord commencée sous de si sanglants auspices, pendant que, de l’autre côté du Rhône, son frère Charles d’Anjou prenait possession du comté de Provence que sa femme lui avait apporté et l’accoutumait au gouvernement d’un prince français.

Par ce résumé peut-être trop succinct, j’ai tenté de vous faire connaître la part qui, dans l’œuvre de la formation de l’unité française, revient à saint Louis, à ce monarque si exceptionnellement honorable que les princes étrangers, rendant ainsi un hommage mérité à sa sagesse et à son esprit d’équité, prirent souvent pour arbitre de leurs différends. Et vous savez maintenant que cette part est digne en tous points de ce roi chrétien, soucieux à la fois de son renom d’honnête homme et delà grandeur de la couronne reçue de ses ancêtres qu’il sut concilier avec les scrupules d’une conscience délicate au point de se croire responsable des abus commis dans ses états, non seulement par ses agents, mais par ceux de son père, Louis VIII, et de son aïeul, Philippe Auguste, et d’accueillir, par ses enquêteurs, des plaintes remontant à une date très ancienne et dont les auteurs ne pouvaient plus invoquer d’autre témoignage que la notoriété publique, testis famapatriæ. Le monde entier l’entourait d’une estime déférente et un historien de la seconde moitié du xvi' siècle, de qui je ne saurais assez louer le sens toujours droit, Claude Fauchet, a pu dire de lui que, depuis Charlemagne, la France n’avait pas eu de roi aussi puissant ni aussi honoré des étrangers.

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