X« LEÇON
PHILIPPE LE HARDI
Le domaine royal à la mort de saint Louis. — Pays gouvernés par des princes de la maison royale.
Héritage d’Alphonse de Poitiers et de Jeanne de Toulouse.
Mariage de l’héritier du trône avec l’héritière de Champagne et de Navarre.
Achat du comté de Guines. — Pariages et fondations de villes neuves.
Charles, second fils du roi, est apanage, sous le titre de comte d’Artois, des châtellenies de Crépy, la Ferté-Milon et Pierrefonds provenant de l’ancien comté de Valois, et de celle de Bèthisy et Verberie détachée du domaine de la couronne.
Tendance du roi de France à introduire son autorité sur des terres d’Empire. — En Lorraine : pariage de Montfaucon, l’évêché de Toul mis sous la sauvegarde royale. — Dans l’ancien royaume d'Arles : immixtion royale à Lyon et à Viviers, création d’une ville neuve dans le Vivarais.
A la mort de saint Louis, le domaine de la couronne formait trois groupes principaux d’importance inégale et qu’on peut appeler groupe français proprement dit, groupe bourguignon et groupe provençal.
Le groupe français , de beaucoup le plus considérable, avait Paris pour centre : c’était le domaine des premiers rois capétiens déjà sérieusement augmenté par Philippe Ier, qui y avait joint une partie du Berry, et définitivement constitué par les conquêtes de Philippe Auguste. Il comprenait la majeure partie de l’Ile-de- France, de la Picardie, de la Normandie, de l’Orléanais et du Berry et s’étendait depuis la limite méridionale de l’Artois jusqu’à l’extrémité septentrionale du Bourbonnais. Les seigneuries ou comtés épiscopaux de Tournai, de Beauvais, de Laon, de Reims, de Châlons et même celui de Langres que l’important comté de Champagne séparait du domaine de la couronne, pouvaient en être considérés comme les annexes.
Le second groupe du domaine, au point de vue de l’importance, était le groupe provençal, formé du Bas-Languedoc, c’est-à-dire du
DOMAINE ROYAL A LA MORT DE SAINT LOUIS l!\"]
pays compris entre les Cévennes et la Méditerranée. Il se divisait lui-même en deux sous-groupes principaux : le plus septentrional était composé des diocèses d’Uzès et de Nîmes, tandis que le plus méridional comprenait la plus grande partie des diocèses de Béziers, de Narbonne et de Carcassonne et comptait deux annexes principales : la vicomté deGrèzes en Gévaudan, sur les confins du Rouergue, et la vicomté de Saint-Antonin, à l’extrémité sud-ouest du Rouergue, aux confins duQuercyet de l’Albigeois. Dans les pays d’outre-Loire, le roi, défenseur-né des églises, exerçait une sorte de protectorat sur les comtés épiscopaux de Clermont en Auvergne, du Puy*en Velay, de Mende en Gévaudan, de Cahors et d’Albi (l’évêque d’Albi s’était rendu maître de sa ville épiscopale à la faveur de la croisade contre les Albigeois), ainsi que sur les comtés épiscopaux de Lodève, de Mauguio(possédé parl’évêque de Maguelonne)etd’Agde, enclavés, en quelque sorte, dans le groupe provençal du domaine royal.
Le troisième groupe, beaucoup moins important, le groupe bourguignon, avait pour centre la ville de Mâcon où le roi, après l’acquisition qu’il avait faite du comté de Mâcon en 1239, avait institué un bailli qui étendait sa juridiction sur les fiefs voisins, c’est-à-dire sur la majeure partie du duché de Bourgogne et sur le comté de Forez. Ce groupe domanial se composait de deux tronçons principaux répondant, au comté de Mâcon que je vous ai décrit dans la dernière leçon, et à la commune de Charlieux (aujourd’hui chef-lieu de canton de la Loire, arrondissement de Roanne) que, dès l’an 1210, Philippe Auguste déclarait inséparable de la couronne.
On ne doit pas oublier qu’en dehors de ces trois groupes, l’action capétienne, sinon l’action de la couronne, s’exerçait directement sur un certain nombre de provinces ou de fiefs démembrés du domaine royal. Sans parler de l’Alençonnais et du Perche, et du comté de Clermont en Beauvaisis que saint Louis venait, dixsept mois auparavant, de donner à son troisième et à son quatrième fils à titre d’apanages, c’étaient : le comté d’Artois, situé au nord du groupe domanial français et gouverné alors par le comte Robert II, neveu paternel de saint Louis ; le comté d’Anjou, formé de l'Anjou et du Maine et qui obéissait au plus jeune frère du roi, le fameux Charles d’Anjou qui, après être devenu, dès 1246, comte de Provence du chef de sa femme Béatrix, avait conquis, en 1265, le royaume de Sicile, lequel, en dehors de l’ile
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de ce nom, s’étendait sur l’Italie méridionale ; c’était encore le comté de Poitiers formé du Poitou, de l’Aunis, de la Saintonge et de l’Auvergne, comté dont le titulaire, Alphonse, deuxième frèrë de saint Louis, avait recueilli, en 1249, du chef de sa femme, Jeanne, l’héritage du comte de Toulouse, Raymond VII, conformément au traité de 1229 ; de sorte que plus de la moitié des pays qui composaient le royaume était administrée d’une manière uniforme, soit directement au nom du roi, soit au nom de princes issus du roi Louis VIII, circonstance éminemment favorable à l’unification de la France.
Je vous ferai remarquer, en outre, que plusieurs autres princes du sang capétien gouvernaient d’autres provinces françaises : ainsi le duc de Bourgogne, Hugues IV, descendait directement par les mâles du roi Robert le Pieux, et le comte de Bretagne, Jean I, était issu de même en ligne masculine du roi Louis VI, comme aussi le comte de Dreux, Robert IV, un baron moins puissant. Mais je le dis seulement pour mémoire, car ces divers seigneurs qui, du reste, avaient pris lors de l’établissement des armoiries, vers 1170, des armoiries distinctes de celles du roi de France, n’avaient pas, ou du moins ne paraissaient pas avoir, dès lors, une conscience bien nette de leur origine royale ; et ils ne furent jamais au même degré que les princes des fleurs de lis, c’est-à-dire que les descendants de Philippe Auguste, les dévoués serviteurs de la monarchie capétienne.
Le successeur de saint Louis sur le trône est le roi Philippe III à qui l’histoire, en raison sans doute de la conduite honorable qu’il tint, après la mort de son père, sous les murs de Tunis, a donné le nom de Hardi. Philippe III, au sentimentde son dernier historien, M. Charles-V. Langlois, eut fort peu de part à la conduite du gouvernement durant les quinze années de son règne, de 1270 à 1285. C’est aux conseillers de ce prince d’un caractère assez effacé, c’est aux légistes de sa curia que reviendrait en grande partie l’honneur des réformes qui signalèrent son règne ; mais il en est autrement des importantes acquisitions territoriales que fit alors la couronne ; la plupart avaient été préparées de longue main par la politique de Louis VIII, et les gens de son conseil
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