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HÉRITAGE D ALPHONSE DE POITIERS

n’eurent que l’honneur d’en faciliter l’exécution complète.

Les deux faits qui dominent ce règne, au point de vue spécial de la formation de l’unité française, sont : 1° la prise de possession de l’héritage du frère de saint Louis, Alphonse de Poitiers, c’està-dire du Poitou, de l’Aunis, de la Saintonge septentrionale, de l’Auvergne et du comté de Toulouse ; 2° le mariage du fils aîné du roi, le futur Philippe le Bel, avec Jeanne, héritière du comté de Champagne et du roj^aume de Navarre.

Alphonse de Poitiers et sa femme, la comtesse Jeanne de Toulouse, avaient suivi saint Louis à l’expédition contre Tunis, où le pieux monarque trouva la mort. Plus heureux que celui-ci, ils échappèrent à la peste qui décimait l'armée des croisés et passèrent en Sicile l’hiver de 1270-71. Au printemps, ils gagnèrent l’Italie et s’embarquèrent à Naples. On les débarqua à Savone où, malades tous deux, ils moururent, Alphonse le 21 août 1271, Jeanne le 24 du même mois, c’est-à-dire un an après la mort de saint Louis.

Les deux époux, qui l’un et l’autre mouraient à l’âge de cinquante et un ans, ne laissaient pas de postérité, de sorte que leur héritage — par l’exécution du traité de 1229 en ce qui concerne le comté de Toulouse — faisait retour à la couronne. Cela n’eut pas lieu cependant sans quelque opposition : le roi de Sicile, Charles d’Anjou, dernier survivant des fils de Louis VIII, prétendait à la succession de son frère, alléguant qu’il était plus proche parent « du comte Alphonse que le roi son neveu et que le Poitou et « l’Auvergne avaient été en quelque sorte la part de son dit frère « dans la succession de leur père ». Mais le procureur du roi, se plaçant sur le même terrain qu’en 1258, lorsqu’il s’était agi de la succession au comté de Clermont-en-Beauvaisis, rétablit devant le Parlement la vraie théorie juridique en s’appuyant sur le principe de l’indivisibilité de l’héritage royal et sur celui de la réversibilité des apanages à la couronne en cas d’extinction de la postérité du prince apanagiste. Cependant l’arrêt ne fut rendu que le 1er mars 1284 : dans une séance solennelle à laquelle assistaient le roi de France et le roi de Sicile, la cour débouta Charles d’Anjou de ses audacieuses réclamations et cet arrêt a fait depuis jurisprudence sur un point très important du droit public de la monarchie.

Les prétentions de Charles ne portaient naturellement que sur les domaines personnels d’Alphonse ; mais il y eut des difficul-

PHILIPPE LE HARDI

tés analogues au sujet de la succession de Jeanne de Toulouse. Celle-ci, en effet, s’en tenant à la lettre du traité de 1229, avait essayé, par un testament en date du 23 juin 1270, de sauver l’indépendance del’Agenais, et des portions du Quercy, de l’Albigeois et du Rouergue que ce traité avait laissées à son père le comte Raymond VII. En conséquence, elle avait légué ces différentes terres à sa nièce à la mode de Bretagne, la jeune vicomtesse Philippe de Lomagne qui n’était encore qu’une enfant, et elle lui avait attribué, en outre, les acquêts que son père Raymond VII aussi bien qu’elle-même, Jeanne, avaient pu faire dans toute l’étendue de leurs domaines. Mais ces diverses volontés qui, évidemment, étaient en contradiction avec les intentions tout au moins de l'une des parties contractantes du traité de 1229, ne furent point exécutées : un arrêt, rendu en 1274, débouta de ses prétentions la jeune Philippe, alors représentée par son tuteur, Guy de Châtillon, comte de Saint-Pol.

Tout l’héritage des deux époux revint donc à la couronne, tout, à l’exception cependant de la partie méridionale de la Saintonge, dont le traité conclu en 1258 avec le roi d’Angleterre, prévoyant le cas où Alphonse mourrait sans postérité, avait stipulé le retour au souverain anglais considéré comme duc de Guyenne. La Saintonge méridionale, c’est-à-dire la partie de cette province située entre la Charente et l’estuaire de la Gironde, fut donc rattachée sans grande difficulté au fief pour lequel le roi d’Angleterre devait hommage au roi de France. C’était, au point de vue du domaine royal, la perte des châtellenies de Saintes et de Marennes formant deux seulement des neuf prévôtés dont se composait le domaine comtal en Saintonge.

La description de l’apanage du comte de Poitiers ayant figuré dans l’avant-dernière leçon, je ne vous répéterai pas ici l’énumération des prévôtés comtales du Poitou et des baylies comtales de la terre d’Auvergne ; mais je dois vous faire connaître la composition au point de vue domanial de l’héritage de Jeanne de Toulouse, ou, pour me servir de l’expression de Dante, de « la grande dot provençale 1 » qui fut alors unie à la couronne.

Quoique diminué de moitié par les traités de 1229 et de 1242, le comté de Toulouse était encore, au temps de Raymond VII et de son gendre, après son démembrement, au nombre des six plus

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