HÉRITAGE D’ALPHONSE DE POITIERS
beaux fiefs relevant de la monarchie capétienne. Mesurant alors, de l’ouest à l’est, près de 70 lieues de longueur sur environ 50 lieues de largeur du nord au sud, il répondait approximativement à cinq de nos départements. Il comprenait en effet le Lot-et- Garonne, sauf la partie de ce département située à gauche du cours de la Garonne, à l’ouest de Condom, qui obéissait au comte Toulousain, le département du Gers, celui de Tarn-et-Garonne, l’extrémité méridionale (un quart environ) du département du Lot, le département de l’Aveyron tout entier, la portion du département du Tarn (le tiers environ) située au nord de la rivière de ce nom, le département de la Haute-Garonne, l’extrémité sud-ouest du département de l’Ariège et l’arrondissement de Castelnaudary au département de l’Aude.
Toutefois, dans ce vaste comté, la domination directe du comte de Toulouse ne s’étendait pas également sur toutes les régions. Le comte de Toulouse, comme tous les princes féodaux, n’était, dans certaines parties du territoire qui lui était soumis nominalement, que le suzerain de barons puissants. C’était presque exclusivement le cas, au milieu du xm® siècle, pour le tiers sud-ouest du comté de Toulouse, c’est-à-dire la partie de ce fief située au delà de la Garonne. Là se trouvaient entre les comtés d’Armagnac et d’Astarac, la vicomté de Brulhois située entre Agen et Condom, la vicomté de Lomagne dont Lectoure était la ville principale, les vicomtés de Fezensaguet et de Gimoès, à l’est de l’Armagnac, qui toutes semblent être entrées dans la mouvance du comté de Toulouse avec le domaine de l’Agenais cédé, vous le savez, au comte Raymond VI parle roi d’Angleterre, Richard, en
On y voyait encore l’important comté de Comminges pour lequel le comte Bernard VI, déjà vassal du comte de Toulouse pour les châtellenies toulousaines de Muret et de Samatan, fit hommage en 1244 au comte Raymond VII, bien que, de temps immémorial, dit l’acte rédigé à cette occasion, Bernard et ses prédécesseurs eussent tenu le tout en alleu ; le comté de Comminges et la vicomté de Couserans, son annexe, qui, en dépit des allégations du comte Bernard VI, devaient avoir été originairement un fief du duché de Gascogne uni depuis le xie siècle au duché de Guyenne.
Mais, dans les deux autres tiers du comté toulousain, les deux derniers comtes de Toulouse n’avaient sous eux aucun vassal
PHILIPPE LE HARDI
d’une réelle puissance territoriale, et le comte de Rodez, dont les possessions, formées de petites châtellenies disséminées dans le Rouergue central, étaient alors fort peu étendues, paraît seul mériter d’être mentionné ici. Par contre, les châtellenies et les baylies comtales y étaient riches et nombreuses.
On comptait dans le Toulousain, au temps d’Alphonse, dixhuit baylies comtales : Avignon, aujourd’hui Avignonnet, en Lauraguais; Buzet, Caraman (ou comme on disait alors en français Carmaing), Montesquieu, Montgiscard, Rieux, Saint-Félix de Caraman, Saint-Rome, les Vaux, Toulouse et Villemur au département de la Haute-Garonne, — Castelnaudary, Fanjeaux et Laurac au département de l’Aude, — Lavaur et Puylaurens au département du Tarn, — enfin Bonnac, Castelsarrasin etVerdunsur-Garonne, au département de Tarn-et-Garonne.
Dans 1 Albigeois toulousain, les baylies comtales étaient au nombre de six : Cahuzac, Castelnau de Montmiral, Cordes, Gailîac, Penne et Rabastens dont les six chefs-lieux sont tous compris aujourd’hui dans le département du Tarn.
Dans le Rouergue, on en comptait huit dont les sièges appartiennent aujourd’hui, sans exception, au département de l’Aveyron : Cassagnes-Royaux, la Guiole, Milhau, Najac, Peyrusse, Saint-Geniès, Villefranche et Villeneuve.
Les seize baylies comtales du Quercy toulousain, partie méridionale du Quercy, appartiennent, pour la plupart, au département actuel de Tarn-et-Garonne : ce sont celles d’Aumont, de Castelsagrat, de Caussade, de Caylus, de Mirabel, de Moissac, de Molières, de Montauban, de Mondenard, de Montjoi, de Sauveterre et de Septfonds ; et quatre seulement, les baylies de Castelnau-de-Montratier, de Lauzerte, de Montcuq et d’Outre-Lot (ce dernier nom est une expression géographique), au département actuel du Lot.
Quant aux seize baylies comtales de l’Agenais, celles d’Agen, de Castel-Seigneuret, de Castillonnès, de Grandcastel (aujourd’hui Puymirol), de Marmande, de Monclar, de Monflanquin, d’Outre-Garonne,dePenne, de Port-Sainte-Marie, de Sainte-Foyla-Grande, de Sainte-Livrade, de Saint-Pastour, de Tournon, de Villeneuve-sur-Lot et de Villeréal, elles avaient toutes leur siège au département actuel de Lot-et-Garonne.
Le comté de Toulouse, quoique formant encore, vous le voyez, un fort bel état, ne constituait pas cependant toute la succession