XI» LEÇON
PHILIPPE LE BEL. — LES PREMIERS PROGRÈS DE LA FRANGE SUR SA FRONTIÈRE ORIENTALE.
Accessions au domaine royal. Comté de Champagne et de Brie ; ©e qu'était alors le comté de Champagne. — Guerres de Guyenne et de Flan dre. — Acquisition des châtellenies de Lille, Douai et Béthune, cette dernière plus tard échangée contre celle d’Orchie. — Acquisition du comté de Chartres, de la seigneurie de Beaugency, du comté de Bigorre, des comtés de la Marche et d’Angoulême, et de la vicomté de Soûle. — Partages avec les évêques de Cahors, de Mende et du Puy.
Progrès sur la frontière orientale du royaume. — Rattachement des châtellenies lorraines relevant du cointé de Champagne. — Suzeraineté royale sur Valenciennes, le Barrois mouvant, l’évêché de Viviers, et pariage du Vivarais. — Réunion à la France de Lyon et de son comté.
Constitution ou accroissement d'apanages. — Abandon de la moitié d'Avignon au roi de Sicile beau-père de Charles de Valois. — Abandon des comtés d’Alençon etduPerche des châtellenies duThimerais et du coin éde Chartresà Charles de Valois. — Abandon du comté d’Evreux, de Beaumont-le Roger, Meulant, Etarapes, Dourdan, la Ferté-Alais et Gien à Louis d'Evreux. — Constitution en apanage à Philippe le Long d une partie de l'héritage d'Alphonse de Poitiers.
Importance du rôle de Philippe le Bel dans la fondation de la France. — Expansion de la maison de France hors du royaume.— Situation de sa rivale, la maison d'Angleterre, en Grande-Bretagne et sur le continent
Le fils aîné de Philippe le Hardi, Philippe le Bel, qui, depuis quatorze mois déjà, était, du chef de sa femme, roi de Navarre et comte palatin de Champagne, fut, à la mort de son père, proclamé roi de France sans aucune difficulté.
Le nouveau roi devait occuper le trône durant vingt-neuf années, de 1285 à 1314. Il n’était encore âgé que de dix-sept ans, mais, déjà émancipé par la possession du royaume espagnol de Na-
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varre et du comté de Champagne, au gouvernement duquel Thibaud II n’avait été admis, un tiers de siècle auparavant, qu’à l’âge de vingt et un ans, il régna par lui-même dès son avènement.
Le fils de Philippe III a été diversement jugé par les historiens. Suivant les uns, Philippe le Bel fut un prince faible qui, négligeant le soin de ses états, les laissait à la merci de conseillers qui doivent être responsables de la plupart des événements survenus pendant son règne. Tel n’est pas l’avis de l’auteur qui a donné un tableau d’ensemble du règne de ce prince, Edgar Boutaric. Suivant cet érudit, on n’aperçoit pas, dans l’histoire de Philippe IV, au point de vue de la politique et de l’administration des finances, les variations et les revirements qui signalent d’ordinaire le règne d’un monarque faible, gouverné par des favoris éphémères. « Loin de là, dit-il, on trouve une « série d’actes qui dénotent une direction ferme et unique qui ne « peut venir que du roi L » Ce qui semble distinguer, en effet, le caractère de Philippe le Bel, c'est la persévérance et la ténacité sans bornes dont il donna des preuves dès sa jeunesse et que j’ai déjà signalées chez son trisaïeul le roi Philippe Auguste. En somme, la conclusion de Boutaric est que le règne de Philippe IV a été un grand règne et que son nom doit être inscrit parmi ceux des fondateurs de la France.
Toutefois Boutaric ne se dissimule pas que Philippe le Bel est loin de réaliser l’idéal de la royauté, et son gouvernement, le type d’unbongouvernement. Ceprince « manqua souvent de droiture, il « préféra trop souventses intérêtsà la justice et commit des fautes « qui rendirent sa mémoire si détestée que son successeur fut obligé « de forcer les églises à lui accorder des prières 1 2. » Mais, venu à une époque de transition, il fut, en quelque sorte, révolutionnaire ; il rompit avec le passé et avec les traditions de sa race en luttant, d’une part, contre la domination de l’Eglise avec l’âpreté que l’on sait, en terrassant, d’autre part, la féodalité, dépouillée par lui de la plupart de ses prérogatives.
Quoi qu’il en soit de la capacité personnelle de Philippe le Bel et des moyens qu’il employa, on ne peut contester que son règne soit un des plus brillants de l’histoire des Capétiens