ACCESSION DU COMTÉ DE CHAMPAGNE
directs, au triple point de vue du développement du pouvoir central, de l’accroissement du domaine de la couronne, de la régularisation de la frontière orientale du royaume, et je vais m’attachera vous le prouver d’une manière toutà fait particulière en ce qui concerne ces deux derniers points.
Par son accession même au trône de France, Philippe le Bel joignit, dès 1285, le comté de Champagne et de Brie à la couronne. Ce comté de Champagne et de Brie qu’il tenait, je vous l’ai dit, depuis quatorze mois, ainsi que le rojmume de Navarre, du chef de sa femme Jeanne de Navarre, fille et unique héritière du dernier représentant mâle de la branche aînée de l’illustre maison de Blois, ce comté de Champagne et de Brie, dont le titulaire avait le rang de pair de France, était, avant 1284, un des quatre plus grands fiefs du royaume. Commençant à moins de dix lieues à l’est de Paris, au delà de Lagny-sur-Marne, il s’étendait, de l’ouest à l’est, sur quarante-cinq lieues environ dans sa plus grande largeur contre près de cinquante lieuesde longueur du nord au sud. Le comté épiscopal de Châlons-sur- Marne était entièrement enclavé dans le comté de Champagne qui s’étendait, vers le sud-est, jusqu’au comté épiscopal de Langres; un troisième comté épiscopal, celui de Reims, y était en quelque sorte encastré.
A l’avènement de Philippe IV, le comté de Champagne et de Brie — c’est ainsi qu’on le désignait officiellement depuis un demisiècle environ — était beaucoup plus étendu qu’au temps où, vers 1020, le comte Eudes II de Blois en avait pris possession au grand déplaisir du roi Robert ; alors on l’appelait simplement comté de Troyes ou comté de Troyes et Meaux. Les comtes de Champagne n étaient pas, comme les autres pairs laïques, héritiers d’un duc ou d’un marquis carolingien, et on le voyait à la composition de leur comté puisque, au xme siècle, il devait hommage à une dizaine de suzerains, reconnaissant ainsi tenir d’un seigneur différent chacune des dix parties de leurs possessions. Trois de ces suzerains étaient laïques : le roi de France, le duc de Bourgogne et l’empereur d’Allemagne ; les sept autres appartenaient au clergé, savoir les archevêques de Reims et de Sens, les évêques de Châlons-sur-Marne, de Langres, d’Auxerre et d’Autuu, enfin l’abbé de Saint-Denis. Le comté de Champagne est un des exemples les plus complets qu’on puisse offrir des complications de la géographie féodale.
1 64 PHILIPPE LE BEI.. - LES PREMIERS PROGRÈS VERS l’eST
En réalité — comme je l’ai déjà dit dans une de mes premières leçons — le comté de Troyes proprement dit et quelques châtellenies, Evry, Saint-Florentin et Maligny, situées au sud-est du pays troiesin — par cç mot on traduisait alors l’adjectif latin Iricassinus — relevaient du duché de Bourgogne Ceci ne doit pas étonner les érudits qui savent que, tant que dura la Bourgogne carolingienne, Troyes ne cessa pas d’en faire partie et qu’au xme siècle encore, le populaire disait : « Troyes en Bourgogne », comme on dit encore à présent « Sens en Bourgogne ».
On ne sait pas aussi exactement quelles parties du comté de Champagne et de Brie relevaient directement du roi de France ; les hommages rendus par les comtes de Champagne aux monarques capétiens nous le laissent ignorer ; mais, comme on sait à peu près exactement ce qui mouvait des autres suzerains, on arrive à supposer avec une quasi-certitude que le comte de Champagne était vassal immédiat du roi pour le comté de Meaux, autrement dit pour le comté de Brie qui, au xme siècle, formait au moins les trois châtellenies comtales de Meaux, Coulommiers et Sézanne, ainsi que pour les châtellenies de Château-Thierry, d’Oulchy-le-Château, de Provins et, sans doute encore, pour quelques châtellenies moins importantes.
C’est naturellement pour des terres situées hors du royaume de France quoique contiguës à cet état, que le comte de Champagne était vassal de l’Empereur. Une enquête, faite vers l’an 1201, semble prouver que les fiefs tenus par le comte de Champagne dans l’Empire étaient les châteaux de Baucourt et de Cornay, au diocèse de Beims (aujourd’hui situés dans la partie orientale du département des Ardennes) ; les châteaux de Dampierre-en- Atenois, aujourd’hui Dampierre-le-Château, et de Possesse, au diocèse de Châlons, vers l’extrémité orientale du département de la Marne ; les châteaux de Belrain et de Gondrecourt (Meuse), de Reynel et de la Fauche (Haute-Marne), et de Bourmont (Vosges), tous cinq dépendant au point de vue ecclésiastique du diocèse de Toul ; cependant le fait est douteux pour Dampierre-en-Atenois et pour Possesse, anciennes dépendance de l’Atenois ( pagas Stadunensis ), dont le territoire n’a jamais cessé, selon toute apparence, d’appartenir au royaume de France. Quoi qu’il en soit, la possession du comté de Champagne par le roi de France donna à celuici, en suzeraineté seulement pour l’instant, toutes les châtellenies susnommées qui étaient possédées sous la mouvance du comté de